Amsterdam ne veut pas ressembler à Venise… de la surfréquentation touristique…

C’est une information que l’on lit de plus en plus souvent : ici, c’est Amsterdam, mais bien d’autres lieux, petits ou grands, célèbres ou moins connus, commencent à se poser des questions. Dans le Canard Enchaîné, une brève raconte que le village de Rochefort-en-Terre, consacré plus beau village de France, n’en peut plus de la submersion par les touristes, la pollution, les crottes de chien…

Pour Amsterdam, c’est ici https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/11/02/le-pire-c-est-le-vomi-dans-les-jardinieres-amsterdam-en-a-assez-des-touristes_5209090_4832693.html?xtmc=amsterdam_venise&xtcr=6

J’ai reçu ces photos prises à Saint-Antonin que je mets en ligne…

Le magasin Bonobois avait un accord avec la municipalité : en échange de la rénovation du magasin et de l’installation de l’artisan, la neutralisation au sol du stationnement permettait de voir le magasin et d’inciter le chaland à s’approcher et découvrir les créations qui, pour une fois, ne viennent pas, de pays exotiques. Les marques de peinture s’effacent, n’ont pas été refaites et les automobilistes se battent pour se poser là, qu’ils soient des habitants de la ville ou des touristes…

La place de la Halle est également un lieu de confrontation – certes soft, mais réel – entre les camions de livraisons dont les moteurs tournent, puisqu’il faut alimenter les frigos, les voitures des fatigués qui vont en auto prendre leur café ou leur apéro, devant le stationnement « minute » et les visiteurs qui cherchent à voir la maison romane et les édifices historiques de la cité.

Elargissons le point de vue : depuis longtemps, à travers différentes études, le problème est posé mais n’est jamais débattu : l’équilibre entre l’économie touristique et la vie urbaine « ordinaire » : commerces, logement, espaces publics… tout est perturbé au risque d’une bascule dans ce que les habitants appellent « disneylandisation ».

Une autre façon de le dire (surtout dans une ville labellisée Cittaslow) : de la place de l’automobile dans une ville médiévale : comment font les villes italiennes pour « vivre » sur leur piton escarpé ? Manifestement, il y a incompatibilité entre les roues motorisées et les ruelles médiévales. Là encore, comment proposer une mobilité efficace aux habitants sans être envahi ? Quelles sont les solutions qui pourraient être transposées dans Saint-Antonin ?

Et les piétons ils passent où ?

Les pollutions sont nombreuses : on se met à la place des agents publics qui doivent gérer l’incivisme (de tous, pas que des touristes) ; mais régulièrement, on nous demande « où sont les poubelles ? » De même que les pisseurs au coin des ruelles sont peut-être des personnes sans gêne mais pourraient être aussi des personnes qui se demandent où sont les toilettes publiques. Quant aux propriétaires de chiens, ils ne trouvent plus les petits sacs plastiques (pour ceux qui voudraient ramasser la crotte de leur animal… Pour les autres, c’est une autre affaire.

On pourrait parler d’autres nuisances : le bruit, la lumière, les odeurs… bref tous les sens sont concernés. Il n’est pas question de revenir sur la fonction historique, culturelle, touristique, accueil de Saint-Antonin, mais c’est une question d’équilibre d’abord (donc de balance entre les fonctions urbaines classiques, au service des habitants, et les fonctions touristiques qui tendent à dénaturer le produit lui-même : Saint-Antonin).

Vous avez dit « règlement » ?

Cela pourrait être surtout une occasion de faire autrement et de se positionner sur des pratiques originales, soucieuses de développement durable, récusant la surexploitation et prônant un séjour, une découverte de la ville et des gorges de l’Aveyron moins massifiée, mais plus intelligente. Autant dire une révolution copernicienne !

Mais ce que nous disions au moment de l’étude FISAC, ce que nous pensions trouver dans la charte Cittaslow qu’a signée Saint-Antonin, nous le relisons ici sous une autre forme dans l’étude bourg-centre

Axe N°2 : REQUALIFICATION DES ESPACES PUBLICS DANS LE DOUBLE INTÉRÊT D’UNE VALORISATION PATRIMONIALE ET D’UNE RECONQUÊTE DES BOURGS

(Re)valoriser la dimension de l’espace public comme appui à la reconquête urbaine

En tant que piliers du projet urbain, les investissements opérés sur l’espace public demandent un temps de prise de recul avec une réflexion davantage ancrée dans une démarche de projet. Aussi et tout en ayant conscience des projets programmés ou en cours (place des moines, …) il n’en demeure pas moins qu’une réflexion globale évitant des agissements au coup par coup nous semble utile à ce moment majeur de la restructuration des bourgs se fait autour de deux programmes régionaux « Bourgs-Centres » et « Grands- Sites » appelant une harmonisation des interventions. Nos recommandations prioritaires, outre l’aspect « bien commun » de l’espace public, vont dans le sens d’une vision globale et d’une mise en cohérence des aménagements pour mieux les faire vivre et les rendre opérationnels. (source : étude MTP juin 2018 – page 15).

Certes, ces préconisations sont pertinentes, utiles voire courageuses. Mais elles ne vont pas assez en amont sur la réflexion* « quel projet pour les bourgs-centres »... et ne vont pas assez loin en suggérant dans les scénarios (qui n’existent pas puisque les préconisations sont un catalogue d’actions, faute de pouvoir s’articuler dans un projet re-fondateur) éventuellement des ruptures qui pourraient faire de Saint-Antonin un bourg à la fois « historique » et « innovateur » au lieu de bricoler des rues piétonnes, pas piétonnes, des stationnements a priodi régulés, mais débordés, de la végétalisation alors qu’on cimente et goudronne encore, du commerce pour tous mais en fait des marchands de pizza à gogo, du logement social, mais surtout du B&B…

*Je reste cependant prudent : n’ayant eu qu’un résumé du travail du bureau d’études (qui écrit une vision des bourgs-centres réaliste), ne connaissant pas le cahier des charges et la demande du comité de pilotage (fermé à la société civile);  il est possible que l’étude aurait pu être plus innovante, le bureau d’études ayant la capacité de faire des préconisations sortant des sentiers battus. Donc, présomption d’innocence. 

A propos de la méthode de travail  AFOM, voir dans ce site web, l’article « AFOM versus scénarios » dans la section « dictionnaire ».


Lire ici une synthèse sur la surfréquentation :  http://veilletourisme.ca/2012/05/16/en-quoi-consiste-la-surfrequentation-touristique-et-comment-la-controler/(extrait)

Lorsque sa capacité d’accueil est dépassée, la destination risque de subir des dommages environnementaux:

  • difficultés pour un milieu naturel à se régénérer, entraînant son éventuelle destruction;
  • surutilisation des ressources en eau et en énergie;
  • pollution d’un milieu;
  • dégradation visuelle des paysages due aux infrastructures touristiques;
  • etc.

Les conséquences peuvent porter sur la dimension socioculturelle et se faire sentir de différentes manières:

  • perte de la qualité de vie pour les résidents;
  • pénurie de logements;
  • problèmes de prostitution et de violence;
  • perte d’identité des résidents;
  • altération de la qualité du séjour des touristes;
  • détérioration des sites historiques;
  • etc.

Enfin, la surexploitation d’un lieu peut aussi avoir des effets sur le plan politico-économique:

  • inflation des prix;
  • hausse des taxes;
  • manque de main-d’œuvre dans les autres secteurs;
  • éviction des activités non touristiques (p. ex.: rachat de champs de cultivateurs pour la construction d’infrastructures, rachat de commerces pour y établir des hôtels et des restaurants);
  • etc.

À qui revient la responsabilité de réguler ce problème?

Un cadre juridique est nécessaire. C’est au gouvernement et aux autorités locales que reviennent le pouvoir et la responsabilité de réguler le tourisme, par la création de lois et de réglementations. Ils se doivent de créer un environnement qui favorise et encourage le secteur privé, les touristes et les autres parties prenantes à mener des actions durables. Cela peut être réalisé en établissant et en appliquant un ensemble de politiques pour le développement durable du tourisme et de sa gestion.