De la saturation touristique…

Dominique Perchet Blog

Dans un article récent du Monde ( 23 novembre 2018), le journaliste pose une question iconoclaste :

« Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ? »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », souligne le défi que posent à la France des flux touristiques qui ne cessent de croître et menacent de saturation certains sites culturels.

« Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ? La question ne se posait pas il y a vingt ans. On disait même qu’il était, par son portefeuille, un soutien précieux aux musées, monuments, salles de spectacle. Il l’est toujours. Mais l’est-il trop ? Ouvrir cette piste, c’était être taxé d’élitisme. Aujourd’hui, on ne compte plus les études et les voix qui posent la question. »

De fait dans l’article qui rend compte d’échanges entre grandes villes touristiques il est surtout question de visiteurs qui, en grandes cohortes, vont en bus de leur hôtel aux musées pour ensuite faire le plein dans les centres commerciaux, encadrés par des guides montre en main pour tenir le programme… Une fréquentation de plus en plus forte dans les grands sites (les autres sont à la peine) mais une manne financière pour les institutions par ailleurs à la diète, pour cause de subventions à la baisse… un déséquilibre entre le nombre d’habitants permanents et les flux de visiteurs. Les participants aux rencontres du 20 novembre (Rencontres du tourisme culturel, organisées par le ministère de la culture, au Louvre-Lens (Pas-de-Calais) ne veulent pas tuer la poule aux oeufs d’or, mais ajoutent : « On rêve d’un touriste de proximité, qui tisse des liens avec la population ».

De l’absence : (photo prise en 2008)

Saint-Antonin-Noble-Val n’en est pas là : le nombre de touristes n’a pas encore fait disjoncter les compteurs, les files d’attente devant les richesses touristiques n’atteint pas le kilomètre comme devant les grands sites tels que le Louvre, les Offices à Florence… Mais il y a un effet induit, plus sournois, qui se déroule sous nos yeux, comme dans le centre ancien de ces capitales touristiques. Déjà évoqué plusieurs fois, il se poursuit sans qu’apparemment on n’y puisse rien. Peu à peu, les commerces et les services qui se sont créés pour servir la population sont remplacés par des activités qui ne visent plus les ‘habitants » (ceux qui sont là de façon  permanente – l’habitant est celui qui a des habitudes – mais qui cherchent à capter des clients de passage, les touristes, qu’ils viennent pour voir le bourg ou pour fréquenter une animation touristique, le marché du dimanche matin.

Tant que l’équilibre tient, avec dans le centre l’essentiel de ce qui est nécessaire à la vie de tous les jours (boulangerie, boucherie, épicerie, café-restaurant, journaux, pharmacie, coiffure, librairie… et services publics…) ce qui ouvre tous les jours de l’année… pas de problème. Mais quand, peu à peu, ces commerces qui structurent la vie urbaine cèdent la place à des activités dites « culturelles »,  « artistiques », « artisanales » (les guillemets sont là pour marquer le doute – parfois injustifié, mais pas toujours) qui se multiplient, on peut être inquiet. D’autant que nombre de ces galeries, de ces magasins sont fermés en basse saison, rideaux baissés, ajoutant la déprime à la morosité commerciale.

A Paris comme dans les autres capitales, les hyper-centres se structurent en « malls », pompes à fric avec commerces de luxe (avec vigiles à l’entrée). Dans les petites villes touristiques, les centres se transforment en pseudo-centres d’art pour visiteurs d’un jour en mal d’exotisme « authentique », « créatif » – ce qui n’empêche pas la pizza de se multiplier.  Un urbanisme fondé sur la séparation entre centre « touristique et culturel », périphérie avec sa moyenne surface, ville voisine avec la grande surface (le tout relié par des voitures individuelles fonctionnant au carbone), un tel urbanisme ne peut que conduire à la catastrophe.

Que faire ? Quelles sont nos responsabilités respectives ? Habitant, consommateur, commerçant, élu… Que pouvons-nous ? Faut-il être fataliste au nom de la liberté économique (qui laisse ensuite à la collectivité le soin de réparer les dégâts ?). La question a déjà  été évoquée dans le cadre du programme cittaslow.

Lire cet article : https://nobilis-vallis.eu/?p=384

Evoqué ne veut pas dire « discuté » bien sûr.

PS : ces rencontres du 20 novembre se sont téléscopées avec l’annonce du déménagement de la boulangerie de Saint-Antonin (qui ne ferme pas, certes) remplacée par une galerie de peinture. Le centre du centre ne peut que s’en trouver affecté. Que restera-t-il sur la place qui ne soit pas tourné vers le touriste ?