En ces temps de dialogue, contributions…

Dominique Perchet Blog

Le mois de décembre est coloré en jaune, et organisé en ronds-points… Une demande d’écoute, de considération a été formulée et reprise par le gouvernement. Comme il n’y a pas d’amour, mais que des preuves d’amour, attendons les preuves…

En attendant, commençons par les constats : à quelque échelon que ce soit, disons T+1 (T comme territoire structuré), T+2; T+3… etc. il y a une tendance à évacuer les procédures de débat.

Quand un élu se permet de dire : « la démocratie participative, cela commence à bien faire » parce qu’effectivement cela prend du temps et cela gêne…, on ne peut qu’être perturbé (pour rester dans le vocabulaire correct).

Alors, revenons à la boîte à outils qui était active au moment s’élaboraient les pays (les pays Pasqua, les pays Voynet) qui avaient pour ambition de recréer des territoires fondés sur le vécu (en remettant en cause les  limites administratives) : à toutes les étapes de construction du projet, il y avait bien sûr un comité de pilotage officiel (avec les élus, les consulaires, les services de l’Etat…) mais il y avait aussi des instances moins formelles mais tout aussi actives, écoutées (du moins dans les dossiers que j’ai connus). Au début des démarches, c’était la réunion de personnes intéressées, soit repérées par le monde associatif, soit en entreprise, soit indiquées par les élus… Soit en réunion de travail thématique (économie, culture, mobilité, services à la personne, communication..;) soit en réunion globale : aider à connaître le territoire, faire des suggestions, éclairer le bureau d’études, critiquer, enrichir… Parole libre mais parole respectée par le comité de pilotage.

Une fois la procédure terminée, cela a donné des conseils de développement (CDT) dans les pays. Dans quelques-uns, la dynamique a été conservée peu ou prou, dans d’autres, elle s’est étiolée, affaiblie : il faut se demande pourquoi : au-delà de la fatigue, du renouvellement des générations, il y a aussi le sentiment de servir à quelque chose ou de ne servir à rien (ou pas grand chose). Les pays sont un cas; dans d’autres domaines, la démarche a pu être similaire. S’adosser à ce qu’on appelle l’expertise ordinaire pour augmenter le sentiment d’adhésion. Est-ce si difficile ? Les participants ne savaient pas tout, mais il était convenu que s’il fallait apporter un point de vue technique, cela se décidait en comité de pilotage.

Concrètement, aujourd’hui, que se passe-t-il ? Les commissions ne fonctionnent plus et, quand une étude est lancée, elles ne sont pas associées au pilotage qui est réservé aux structures officielles. Au moment du rendu, il y a une consultation qui est souvent la mise en avant de la solution unique (There is no alternative, disait Mme Thatcher). Quand nous demandons à être associé à l’écriture du cahier des charges, on nous rétorque qu’on n’y connaît rien…

Les données ne sont pas toutes communiquées, mises sur la table pour qu’on puisse s’approprier la connaissance des choses? C’est ce qu’on appelle une démarche technocratique.  A tous les niveaux, avec de beaux sourires et des discours lénifiants, on nous fait comprendre que la démocratie participative, cela commence à bien faire.


Propositions :

  • Réanimer les commissions en leur donnant un rôle plus actif : en amont (état des lieux, diagnostic), pendant (suivi des démarches) et après un débat sur les choix,  l’évaluation…
  • Quand ces commissions n’existent pas, mettre en place un groupe sur mesure lié à une action précise qui suivra le dossier quitte à se dissoudre (ou à muter) à la fin;
  • Créer des lieux ou des instances où les données, les études, les chiffres, les lois, les circulaires sont mis dans une sorte de bibliothèque numérique à disposition, pour éclairer les discussions;
  • sur des sujets nouveaux, pourquoi ne pas réfléchir à la notion de jury citoyen ?
  •  Sur un plan plus général, rappeler que les décisions sont aussi guidées par des engagements en matière de développement soutenable, de mutation énergétique, climatique… et que la cohérence s’impose : préservation environnementale (investissements, pratiques), choix de société (renforcement des liens locaux, courts, de centralité  – comme les bourgs-centres, les produits locaux-), patrimoine vécu comme à la fois racines et richesse), sans pour autant s’enfermer dans l’identitaire qui n’a rien à voir avec l’identité.

Le bien commun

On le sait : « rien n’est simple et tout se complique » (notamment les règlementations qui augmentent au fur et à mesure que les moyens diminuent) : mais mettons en avant la notion de bien commun. Le territoire est un bien commun et sa gestion en est également un. On ne peut plus accepter que même avec la légitimité de l’élection, les élus se sentent dispensés de débattre de tout ce qui concerne une collectivité, les habitants comme l’espace géographique. Les habitants ne sont plus des sujets… Le niveau de connaissance monte et parallèlement la demande de participation.

La démocratie participative, c’est affaire de procédure (les preuves d’amour) et d’état d’esprit (l’amour). Voyons donc !