A propos du débat sur le tourisme : quel tourisme voulons-nous ?

Dominique Perchet Blog

Je n’avais pas pu être présent à ce débat, étant sous d’autres cieux dans un autre chantier : le patrimoine thermal.

J’avais préparé un document que j’avais souhaité faire lire mais cela n’a pas été possible, le débat ne s’étant déroulé comme imaginé. Mais, même si c’est trop tard et si le débat ne changera pas grand chose, je mets ici en ligne ce que j’avais écrit.

Grand site ? Bien des questions.

Dp 19/05/19

souvenir de saint-antonin

Je me permets d’intervenir à distance : ayant travaillé il y a 10 ans sur le commerce local, ayant porté le label Cittaslow ensuite à une époque où beaucoup n’y croyaient pas, étant impliqué dans le Pays d’art et d’histoire notamment sur le volet patrimoine industriel, dans le pays Midi-Quercy… Bref dans plein d’endroits où on agite les questions dont celles de ce soir… je réagis d’abord et surtout sur le dossier de candidature au Grand Site « Bastides et Gorges de l’Aveyron ».

Le document qui fait 231 pages (nous n’avons pas les annexes) propose un état des lieux (on peut discuter dans le détail, sur la continuité écologique, sur la présentation de ce qu’est CittaSlow), un catalogue d’actions époustouflant (dont certaines sont là par opportunité, d’autres sont intéressantes).

Il convient plutôt de rester dans les grands principes fondateurs :

QUELLE COHÉRENCE ? Le géographe s’inquiète ;

  • le rapprochement entre les deux communautés de communes a-t-il du sens ? Ou est-ce un effet d’opportunité (avoir la masse critique pour entrer dans le cadre régional) ? (voir ci-contre la carte des bassins de vie ; c’est moi qui ajouté en rouge les noms de Caylus et Saint-Antonin, pour aider à se repérer. cette carte de 2002 reste d’actualité).
  • Dans le même registre,les deux pays d’art et d’histoire, celui du pays Midi-Quercy et celui des Bastides du Rouergue – qui sont cités mais sans qu’on démontre en quoi ils ajoutent de la valeur au dossier – deviennent quoi ?

QUELLE FINALITÉ ?

Il est écrit d’emblée :

« Protéger, singulariser et promouvoir la destination « Bastides et Gorges de l’Aveyron » en l’inscrivant dans le cadre d’un label de qualité́ et de notoriété nationale, telle est notre priorité. »En soi, c’est neutre. Pour ce faire, il y a plusieurs voies possibles.

Plus loin page 136 ; la stratégie évoquée tourne autour : des filières touristiques, du rôle des offices du tourisme, de la promotion de la destination, d’une dynamique d’investissement et enfin une gouvernance favorisant l’innovation

POURQUOI JE SUIS FRUSTRÉ

Une stratégie correspond à un projet politique.« Protéger, singulariser et promouvoir » mais les démarches de développement, où le marketing prend beaucoup de place sont-elles compatibles avec deux autres impératifs dont l’importance va grandissant :

protéger(partout on met en cause la surfréquentation touristique où les marchands du temple mettent en péril le cadre naturel et culturel) ;

enfin, la crise écologique n’impose-t-elle pas de revoir toutes les politiques de croissance en revisitant les choix qui avant poussaient au toujours plus.

Dans le cadre du SCOT en cours d’élaboration, le patrimoine et le tourisme étant mis de côté, j’ai proposé une réflexion qui suggère un scénario disruptif (avec le mot à la mode) : abandonner la stratégie marketing (le mot attractivité étant central) pour autre chose : le bien commun de l’Humanité dont nous sommes une partie avec comme idées que :

  • La recherche de valeur ajoutée économique n’est plus centrale.
  • Qu’il faut tenir compte de la crise écologique, donc raisonner en termes d’équilibre.

Le concept de valorisation n’est plus dans son sens monétaire ; la valeur peut être dans la gratuité, l’échange, la participation, dans le « lent » comme dans l’approfondissement des liens.

Le patrimoine, dans sa grande diversité (nature, culture), dans toutes les périodes concernées, dans ses liens locaux comme mondiaux, pourrait être aussi une base d’une valorisation culturelle, intellectuelle, moins dévoreuse de ressources.

« une gouvernance favorisant l’innovation » est-il écrit. Mais seule une page est consacrée à ce volet essentiel : un projet se fait avec les intéressés (le bien commun) et se gouverne et évalue avec eux.

Or les intéressés, ce sont les élus, les professionnels du tourisme, des commissions thématiques et une commission grand site… Ce mode de fonctionnement est périmé : car non seulement le tourisme a un impact sur tout le reste, dont la vie ordinaire (donc les citoyens) mais il est aussi un pan du « bien commun » mis en avant dans le scénario alternatif : donc, la valorisation ne peut être du seul fait des acteurs locaux sans penser que nous avons un héritage à léguer et que la crise écologique qui devient centrale dans la plupart des choix de projet nous impose de raisonner autrement. Donc de revoir ambitions et fiches-actions pour non pas les supprimer, mais les configurer autrement.

De façon annexe, on pourrait se passer de servir la soupe à Google (plusieurs fois cité) alors qu’il existe des solutions open source…