L’automobile à Saint-Antonin : conflit d’usage, conflit sur les fins… Débat

Dominique Perchet Blog

Plaidoyer pour :

  • Un centre ville qui retrouve la dimension humaine
  • des services pour la population et les activités économiques et sociales
  • un cadre urbain qui valorise le patrimoine, le bien commun
  • des innovations  : organisation différente des livraisons, service à la demande pour les habitants, mode « bas carbone ».

Avec les beaux jours qui reviennent, le conflit entre les quatre roues (les deux motorisées aussi)  et les deux pattes que sont les visiteurs (et les habitants permanents) revient aussi.

Le patrimoine se salit rapidement sous l’effet de la pollution, signe visible de ce qui se passe de façon invisible dans les poumons

Quels sont les données du problème (confiné au centre ancien, précisons-le) ?

  • le centre historique est inadapté à la circulation automobile, même s’il est possible de passer entre les pierres. Les initiés et les livreurs y arrivent quitte à faire quelques contorsions…
  • le centre historique est inadapté au stationnement : les places intramuros sont rares, recherchées, voire enjeux de rivalités.
  • la circulation est génératrice de pollution, de bruit (elle n’est pas seule : d’autres moteurs viennent augmenter les effets négatifs, y compris des véhicules de service public). La pollution est visible ou pas, mais elle est là…
  • le stationnement (qui génère de la circulation et de la pollution) a aussi ses effets pervers dont les conséquences les plus visibles sont le conflit entre le patrimoine (la ressource économique majeure de Saint-Antonin) et l’invasion automobile.

Quels sont les avantages de l’automobile dans le centre bourg ?

  • Desservir les habitants qui n’ont pas de capacité physique pour se déplacer (mobilité)
  • Desservir et livrer les commerces qui ont besoin d’être ravitaillés
  • Avoir des services publics plus proches : nettoyage, arrosage, sécurité…

Le moindre espace est l’enjeu d’une compétition. « Struggle for parking »

Pourquoi un débat sans fin ?

  • Parce que l’automobile est sacrée et que beaucoup de personnes valides ne veulent pas marcher, veulent se garer devant le magasin ou le bistrot le temps de l’apéro…
  • Parce que les commerçants à l’ancienne sont encore dans le modèle : no parking, no business. D’autres ont compris qu’une rue telle qu’il y en a à Saint-Antonin est plus attractive si le piéton (et les enfants) sont en sûreté et peuvent marcher et voir les magasins en toute quiétude.
  • Parce qu’électoralement, les élus sont tétanisés par cette injonction de circulation et de stationnement.
  • A l’inverse, l’urgence écologique pousse à trouver des solutions à tous les niveaux, dont celui, local, de Saint-Antonin. Mais entre les annonces et l’action, il y a la dure réalité !

Une placette comme celle-ci mériterait une autre fonction que de servir de parking : un arbre, des bancs, de l’air, de la lumière…

Quelles pistes pour en sortir ?

  • D’abord, rien ne se fait sans concertation. Mais comme la pente est savonneuse, il est important d’aborder le débat avec des réflexions et des exemples de solutions qui aident à sortir du binaire.
  • Et pour sortir du binaire, apporter des solutions forcément complexes : articulées dans le temps (matin et soir, été et hiver, ce n’est pas pareil), dans l’espace (rues étroites, places extérieures)…
  • Ces réponses pourraient se mettre en place avec le programme bourg-centre, l’appel à projet de la région Occitanie.

Réfléchir au rôle de l’automobile et repérer de nouvelles réponses

Desservir  :

  • pour les habitants, démêler les usages et trouver des réponses : le confort (aller à pied sur 100 m, est-ce possible ?), livrer des charges (organiser un service partagé ?), aider à la mobilité des personnes ayant des difficultés à se déplacer (service partagé encore?)
  • pour les entreprises : si la livraison est impérativement du porte à porte, service partagé ? Définir des règles strictes (calendrier, horaires, autorisation, bornes interactives…)

La maison romane est le joyau de Saint-Antonin : trop souvent, c’est un parking pour de bonnes ou mauvaises raisons

De fait, l’usage de l’automobile peut se concevoir mais à condition qu’elle serve à une fonction, réponde à un besoin, puis libère le centre bourg. Du coup, ce qui est appelé « automobile » peut prendre des formes différentes d’un usage privé.

Comme dans certaines villes (notamment du réseau Cittaslow), des solutions alternatives pourraient être réfléchies : service partagé, véhicule non polluant (électrique, hydrogène, cheval), marche à pied… Elles pourraient être couplées à un point de décharge intermédiaire où les livraisons faites par gros porteur pourraient être déchargées, stockées de façon courte et reprises ensuite soit par le destinataire, soit par un service dédié, équipé. Le modèle économique de ce service est à étudier mais il pourrait être conçu comme un service public ou associatif, financé par un stationnement payant hors les murs, équivalent à une taxe carbone destinée à compenser les dégâts environnementaux.

Stationner :

le moindre linéaire est rapidement occupé par des automobiles qui ne bougent pas beaucoup…

Près de chez soi, est-ce utile ? Dans l’urbanisme d’autrefois, il fallait un garage par logement. On s’est aperçu que cette disposition a priori vertueuse avait des effets négatifs car elle appelait la voiture en ville alors que l’urgence générale est de la dissuader en proposant des solutions aussi souples mais économes en tout (carburant, pollution, bruit, encombrement de l’espace)…

De fait, les villes mettent en place des stationnements périphériques et des liaisons vers le centre-bourg. C’est à la fois une facilité, une animation, un plus pour les commerces enfin plus visibles, accessibles et un changement radical dans le mode de vie. La rue redevient un espace collectif, on peut s’y poser, causer, échanger, embelllir. Les façades refaites ne redeviennent pas grisouilles tout de suite  : avez-vous comment la Maison romane commence à perdre de sa beauté, les pierres virent au gris et bientôt au noir sale !

In fine, si Saint-Antonin veut être grand site, assumer que la principale ressource économique dans son centre, c’est le patrimoine (le commerce est une façon de l’exploiter, ce n’est pas la ressource en soi), il faut en tirer les conséquences. En associant les deux impératifs : crise écologique (qui se traduit en crise urbaine aussi) et valorisation patrimoniale, on peut imaginer un projet urbain en rupture qui soit à la fois innovant, attractif et qui garde la notion de service : ce qui compte, c’est pas de rouler jusqu’au pied de chez soi, c’est d’être desservi  sans imposer à tout le monde son paquet de tôle, sa pollution… 

L’automobile est un animal qui occupe toujours plus que l’espace qui lui est attribué. Les régulations douces sont souvent inefficaces car le propriétaire a toujours de bonnes raisons pour ne pas respecter la zone bleue, pour enlever le plot qui barre la rue, pour faire tourner le moteur en continu, pour klaxonner…

Voir aussi cet article : https://nobilis-vallis.eu/archives/725

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