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Démocratie participative : Montréal et les tables de quartier

15 juin 2019 - Blog
Démocratie participative : Montréal et les tables de quartier

Une expérience intéressante : à la fois modeste et ambitieuse… Cet article fait partie d’un dossier plus large qui part de réalités locales qui doivent nous concerner… tout en montrant comment cette démocratie participative devient un marché convoité par des intermédiaires qui font des propositions aux collectivités. Pente dangereuse… Par ailleurs, il y a des outils notamment numériques   ; certains sont payants, verrouillés, d’autres libres (voir ici https://codefor.fr).

capture d’écran d’une présentaation faite à Montréal)

Revue de presse : Le Monde   Claire Legros – Publié le 6 juin 2019

Anne Latendresse : « A Montréal, les “tables de quartier” font vivre la participation citoyenne »

Par ailleurs, c’est expliqué ici aussi : https://slideplayer.fr/slide/12387905/

Dans la métropole québécoise, des dispositifs de participation citoyenne pérennes et indépendants sont les interlocuteurs directs des élus, explique la professeure de géographie sociale à l’UQAM, qui travaille sur les mouvements sociaux au Québec.

Il existe aujourd’hui une trentaine de « tables de quartier », qui font vivre la participation citoyenne de façon pérenne, estime la professeure de l’université du Québec à Montréal. Entretien.

A quoi servent les « tables de quartier » à Montréal ?

Elles ont été créées à la fin des années 1980, dans certains quartiers de Montréal, de la volonté d’associations et d’habitants de se regrouper « autour de la table » pour croiser leur analyse des problématiques du quartier. Il existe une trentaine de « tables » aujourd’hui à Montréal, dont les plus anciennes ont vu passer quatre générations de citoyens. Elles sont devenues les interlocuteurs privilégiés des mairies d’arrondissement qui, depuis la réforme des années 2000, ont une grande autonomie. Les tables de quartier font vivre la participation citoyenne à Montréal de façon stable et permanente. C’est un élément important de la concertation à l’échelle municipale.

Quel est leur champ d’action ?

Les tables sont responsables du développement social local : la lutte contre la pauvreté, l’accès au logement, l’intégration des migrants, des jeunes, des aînés, la mobilisation environnementale… Leurs membres, souvent des représentants d’associations du quartier, jouent le rôle d’animateurs au long cours de la participation. A partir d’un diagnostic de quartier, ils mettent en place une démarche participative avec les habitants pour définir les priorités du quartier en matière de transport, d’habitat, de services de proximité…

Les tables interviennent aussi dans des projets d’aménagement. De quelle façon ?

Dans le quartier populaire de Pointe-Saint-Charles, enclavé entre le fleuve Saint-Laurent et le canal Lachine, la table a mené une démarche participative appelée « Opération populaire d’aménagement », en 2004, autour du processus de gentrification. Elle a appelé les habitants à discuter pendant trois jours de ce qu’ils souhaitaient pour leur quartier : plus de verdissement, de pistes cyclables, de commerce local, de logements sociaux… Quand, l’année suivante, la ville de Montréal a annoncé un projet de développement du quartier avec un casino et des boutiques chics aux abords du port de plaisance, il y a eu une mobilisation incroyable. Les habitants ont vu que ce projet ne correspondait pas à leurs conclusions. Pendant un an, ils ont manifesté leur désaccord et ont réussi à faire échouer le projet. Dans cet arrondissement, la table de quartier est devenue un acteur incontournable.

Comment ces tables sont-elles financées ?

Une trentaine d’entre elles, aujourd’hui, reçoivent des financements de la ville de Montréal, du réseau montréalais de la santé et de l’organisation philanthropique Centraide du Grand Montréal, qui se sont associés pour créer un fonds commun. L’originalité, c’est que la Coalition montréalaise des tables de quartier est à la fois partenaire et récipiendaire de ce fonds. Ce financement récurrent assure leur indépendance et une continuité : dans chaque table de quartier, un employé est payé pour coordonner les projets et chercher d’autres financements. Depuis les années 2000, la ville de Montréal impose en échange la présence de partenaires publics et privés autour de la table : associations, mais aussi institutions (écoles, secteurs de la santé), entreprises et élus. Mais les tables les plus anciennes s’opposent à intégrer des représentants institutionnels, préférant conserver un espace communautaire autonome.