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Crise de l’expertise : défiance… Pourquoi ?

14 juillet 2019 - Blog
Crise de l’expertise : défiance… Pourquoi ?

Les experts, les scientifiques, les « sachants » sont de plus en plus mis en cause. France Stratégie a fait plancher en 2018 une batterie de grandes pointures sur cette crise et l’organisme (qui dépend du Premier Ministre) a produit un rapport qui est accessible en ligne à cette adresse : Télécharger le rapport Expertise et démocratie. Faire avec la défiance

Les quelques image ci-dessous sont extraites de la présentation du rapport ou de sa synthèse. Nous les avons transformées en galerie photo pour en faciliter la lecture. Car sans être défiant vis-à-vis de cette expertise, il faut convenir que d’une part le constat posé est bien réel (il y a toujours une contestation des études, que ce soit le climat, les vaccins, les sondages) et d’autre part, les réponses adoptées ne sont pas toutes à la hauteur et qu’il en manque quelques-unes.

Tout d’abord, il peut y avoir un glissement de vocabulaire entre expertise et étude (ce n’est pas pareil), entre défiance et doute (la pratique scientifique prône le doute – raisonnable), la défiance peut prendre bien des visages dont certains sont légitimes et d’autres sont idéologiquement marqués. Enfin, l’expertise ne se confond pas avec l’étude (l’expert est dit « indépendant », l’étude est englobée dans un cahier des charges, une commande et un comité de pilotage, lieu de. bien des compromis). Et enfin, l’usage qui est fait de tout cela est très politique : « au service de… »

 

Les images (convenons que c’est une simplification) proposent quelques solutions qui, comme souvent, vont dans le registre « vous n’avez pas bien compris, on va vous expliquer encore » : par exemple, être plus lisible, plus clair, plus pédagogue. Répondre aux questions (mais pas forcément en profiter pour se remettre en cause, ce qui est impossible puisqu’on est expert). Bien sûr insister sur la transparence, l’intégrité des experts (ce qui est la moindre des choses).

Il y a en tous cas quelque chose que je n’ai pas bien vu  et qui est fondamental dans toutes les études (avec expert) qui touchent aux sciences sociales : associer en amont (dès le cahier des charges, pendant l’étude, et dans le rendu) les « destinataires » ou les bénéficiaires de l’étude. Ce qui éviterait des incompréhensions, des ruptures, des conflits.

France Stratégie le dit d’emblée : les citoyens sont de plus en plus éduqués et cela impose qu’on ne les traite plus de façon infantile (vous n’y connaissez rien – on vous expliquera). Mais de là à imaginer qu’ils peuvent être experts de leur propre vie ou cadre de vie, le pas n’est pas franchi. Enfin, il semble que les experts ont du mal à prendre en compte les aspects immatériels, les mentalités, les opinions (même si on va chercher des sociologues) parce que les chiffres, les statistiques, les cartes, les graphes sont eux des données « objectives ». Les états d’âme n’ont pas la cote !

 

PS : ayant été très longtemps consultant, ayant conduit moult études, je peux porter un regard rétrospectif. Mais dans le bureau d’études; nous avons toujours associé, à côté d’un comité de pilotage forcément institutionnel, un autre groupe, moins formel, mais très orienté société civile pour avoir en permanence un dialogue : écouter, comprendre… et disons-le aussi crûment, faire passer, diffuser des idées.