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Le retour du territoire : mais lequel ?

14 juillet 2019 - Blog, Dictionnaire
Le retour du territoire : mais lequel ?

Saint-Antonin : 31 mars 2019

La revue « Tous urbains » (PUF –  No 26 – Juin 2019) publie un éditorial de Stéphane Cordobes, géographe, qui pratique et enseigne la prospective territoriale et urbaine au Cnam. Son sujet :  le territoire et le titre « l’éternel retour ».

source : https://www.cairn.info/revue-tous-urbains-2019-2-page-20.htm

Que dit cet article : avec la crise, effet retour de la mondialisation, le mot « territoire », particulièrement polysémique (en termes ordinaires : « fourre-tout »), revient en force comme espace de repli (le chez-soi), ou comme espace où on a prise, un endroit où on peut réinventer  « une manière de vivre ensemble tant au plan écologique que social et économique ».

« Bruno Latour : « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? », Pierre Veltz : « La France des territoires : défis et promesses » ou Michel Lussault avec « Hyperlieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation », tous nous engagent à reconsidérer le « territoire » comme une des réponses possibles aux enjeux du changement climatique et plus largement du monde urbain anthropocène. Au point d’imaginer que l’on assisterait à un tournant local. »

Mais ce mot pose bien des questions : pour le politique, c’est l’espace tenu, contrôlé par le pouvoir (la collectivité locale). Pour l’habitant, cela semblerait être là où on a des racines (dans la version Charles Pasqua des « pays »), là où on vit. Mais chacun sait bien que cet espace de vie change de contours tous les jours : le centre-bourg, la commune, là où on va faire ses courses, se soigner, en vacances. Et, de façon plus invisible, là où sont fabriqués nos habits, nos téléphones, là où poussent les légumes qu’on consomme en contre-saison… Et, à la différence des siècles anciens, nous vivons dans des réseaux. Nos lieux sont souvent des « hyperlieux », à la fois d’ici et d’ailleurs…

La mondialisation provoque le retour du local, la tentation du protectionnisme, de la barrière, de l’identité. Le pouvoir qui a un temps vanté la mondialisation revient au local, cajole les élus locaux, les associations (au moins dans les mots). L’article de Stephane Cordobes explique que le retour ne sera pas le retour au même; mais que c’est un territoire différent qu’il faut désormais envisager.

« Prospectifs et apprenants ».

Présentation des valeurs Cittaslow à Seferihisar (Turquie) quand Saint-Antonin a été labellisée (Photo DP)

« Cette réactivation du territoire-institution pourrait bien incarner le retour du même. Inversement, l’atterrissage défendu par nos essayistes semble renvoyer à une autre intention, marquée par le retour du différent. En effet, pour répondre aux enjeux du monde urbain anthropocène, c’est moins l’acception institutionnelle du terme qui semble convoquée que celles éthologique, écologique et sociale. Atterrir aujourd’hui, c’est moins reconnaître le territoire institué que convoquer un territoire instituant, qui passe par un élargissement du regard et la considération de tous les modes d’existence qui animent nos espaces de cohabitation. Le tournant local désigne ainsi moins un état, une institution, une forme de gou- vernement, un levier de croissance qu’un appel à la mobilisation et à la coopération d’acteurs, humains et non humains, dans des espaces communs, composés de lieux multiples, traversés de liens intenses et ins- crits dans plusieurs échelles. C’est un territoire encore à édifier où pourrait se déployer une politique de la nature susceptible de relever le défi de notre subsistance. »

« Cette utopie a déjà pied dans le présent : des initiatives locales de développement soutenable aux ZAD, du souci de
qualité de vie jusqu’aux valeurs émergentes d’écoresponsabilité, de commun, de soin, de faire par soi-même, du renouveau de
la proximité au partage d’idées porteuses de modèles politiques alternatifs, voilà quelques-uns des signaux faibles d’un vaste réagencement déjà en acte. (…) Ces  nouveaux territoires qui se dessinent sont ainsi éminemment prospectifs et appre-
nants. Prospectifs parce qu’ils résultent d’une volonté de construire les régimes de cohabitation qui permettront de répondre
aux enjeux qui engagent l’avenir du monde urbain anthropocène. Apprenant parce qu’ils ne peuvent se construire qu’au tra-
vers d’un vaste processus d’apprentissage collectif et continu.

Faire territoire, c’est apprendre à vivre ensemble dans la durée, en consolidant ce qui rend possible cette existence.

(…)  On le constate, ce n’est donc pas à un retour du même et à un repli territorial auquel nous sommes conviés. À rebrousse- poil des idées reçues, ce tournant local, en faisant émerger un « territoire » radicalement différent, voit beaucoup grand.