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A propos : Jean-Pierre Charbonneau : « pour un urbanisme du doute »

14 juillet 2019 - Blog
A propos : Jean-Pierre Charbonneau : « pour un urbanisme du doute »
L’article paru dans « Tous urbains » nous rappelle que les décisions prises  – même simples – peuvent avoir des conséquences complexes : chaque objet mis en lumière, on le sait, a une face sombre et projette une ombre. J-P Charbonneau, dans cet article, préconise le doute systématique. Les aménageurs qui travaillent sur le patrimoine savent aussi que la réversibilité est un critère de sagesse.

Presses Universitaires de France | « Tous urbains »2019/2 N° 26 | pages 16 à 17

https://www.cairn.info/revue-tous-urbains-2019-2-page-16.htm

Aucun rapport avec le doute et l’urbanisme, sinon « porter le chapeau » !

Exemples  ils sont très parlants : « au nom de l’emploi », gentrifier, débattre… »

(…) Jadis, je critiquais le manque de détermination à fermer les usines de fabrication des armes dont nous critiquions l’usage, en Afrique notamment. Qui à présent refuserait l’implantation d’une telle usine dans son territoire et les emplois induits ? On parlera pudiquement de développement économique.

Dans les cœurs historiques paupérisés de certaines villes coloniales d’Amérique latine, rénover le patrimoine architectural, les logements, conduit à en chasser les habitants pauvres. Faut-il pour autant consacrer une situation telle qu’elle est, au risque, comme à Marseille récemment, de mettre en péril la vie même des gens ?

Plus près de nous, aménager une place fait monter les prix au bénéfice des propriétaires et au détriment de ceux qui ne le sont pas. Un espace public est censé être au service de tous mais a des conséquences qui en éloignent certains. Faut-il alors le laisser dans son statut de parking et l’empêcher de jouer un rôle urbain, social, culturel ?

Lutter pour le climat implique de diminuer les déplacements en voiture et touche notamment ceux qui, dans les petites villes, ont organisé leur vie autour de ce moyen de locomotion. Doit-on ne pas les écouter au regard de l’urgence climatique ?

Dans une ville accueillante, on doit pouvoir s’asseoir. Un banc est un service pour les personnes âgées, pour le repos. Mais un banc est aussi le lieu où des jeunes discutent la nuit, gênant les résidents. Doit-on supprimer les bancs, oublier que la jeunesse est un âge légitime ?

Chaque réunion publique est l’occasion d’entendre comment des lieux sont utilisés et par qui. Faut-il pour autant consolider les pratiques actuelles ou doit-on permettre une évolutivité qui permettra d’accueillir des usages que l’on ne connaît pas mais qui adviendront ?

“On ne termine pas car aucun territoire, aucun lieu, aucune ville n’est achevé. Tous évoluent, faisant du sujet urbain un sujet en mouvement continu. Il faut juste le savoir et intégrer que nous ne sommes que de passage ».

(…) Les contradictions sont inhérentes à l’action urbaine. Est-ce à dire qu’il ne faut pas agir ? Bien sûr que non car bien des situations sont insatisfaisantes et ne peuvent être laissées en l’état. Ne pas agir doit être décidé et non subi, réfléchi et non le résultat de l’échec d’une société urbaine destinée à s’entendre pour avancer, s’améliorer grâce à des initiatives concrètes.

Alors il ne faudrait pas avoir la prétention de décider et de tirer à vue sur tout ce qui est issu de la démocratie élective ? Laisser faire le naturel conduit souvent à des impasses, à des conflits parfois productifs mais le plus souvent bloquants. De plus, ne pas décider laisse le champ libre au plus fort, au plus puissant, au plus riche et oublie ceux qui ne sont ni l’un, ni l’autre.(…)