Extrait d’une tribune publiée dans le Monde : « Tout tient en effet à la capacité des citoyens de se ressaisir des décisions sur leur propre vie »

Cette tribune parle certes de pandémie, mais aussi d’économie, d’écologie… bref de tout ce qui est du « commun » et qui souvent nous est confisqué au tire de la démocratie représentative : « nous avons été élus, nous sommes donc légitimes à décider »… Mais ce raisonnement devient de plus en plus insupportable car les problèmes sont complexes, engagent beaucoup de choses, bien au-delà de la catégorie initiale (urbanisme, économie, social…) Et de prôner la co-délibération, la co-décision…

Extrait

Quelles sont les voies de sortie possibles afin de construire le cosmopolitisme dont l’humanité a besoin ? Faut-il relocaliser l’économie et faire de la santé un bien commun ?

P. D. et C. L. : L’espoir, le seul, vient de la réinvention d’une « politique du monde », selon la belle formule du philosophe Etienne Tassin. Nous l’appelons « cosmopolitique du commun » pour souligner que cette politique doit viser l’institution du monde comme commun. Tout tient en effet à la capacité des citoyens de se ressaisir des décisions sur leur propre vie.

« La réponse ne pourra venir que de mouvements sociaux capables d’œuvrer à une transnationalisation des pratiques »

Il n’est qu’une voie pour y parvenir, l’expérimentation de la démocratie à tous les échelons, du plus local au plus global, par la création et la multiplication d’institutions nouvelles, celles des communs, qui ont pour caractéristiques de faire prévaloir les droits d’usage, le respect des milieux de vie, les règles les plus strictes de la codélibération et de la codécision. Les ZAD, les fablabs, les Amap, les coopératives de production, de consommation ou d’habitants, enfin les expériences innombrables, souvent liées à des luttes locales, ouvrent la voie à une démocratie délibérative et conflictuelle, mise en œuvre par les acteurs eux-mêmes.

Et la prolifération, aux dernières élections municipales, de listes d’inspiration municipaliste ou communaliste est un autre signe encourageant. « Vivre autrement », « ne pas recommencer comme avant », « penser le monde d’après », autant de formules qui expriment cette imagination aujourd’hui comme jamais. La diminution de l’empreinte écologique, la reviviscence de liens de réciprocité et une vie démocratique plus intense en sont les éléments les plus prometteurs.

Peut-on n’élaborer cette « politique du monde » qu’à partir d’initiatives locales ?

P. D. et C. L. : A l’évidence, le local ne suffit pas pour agir contre toutes les menaces qui pèsent sur l’humanité et contrer la puissance du capital global. La démocratie locale doit donc s’articuler à des échelles politiques plus larges. Non pas uniquement à l’échelon national, qui reste incontournable. Les échelles à construire ou à activer sont plurielles, bassins de vie, réseaux de villes, « biorégions », et ce jusqu’au niveau mondial.

Les auteurs travaillent sur la notion de souveraineté Pierre Dardot et Christian Laval : « Aucune souveraineté d’Etat au monde ne permettra de prévenir les pandémies »

Propos recueillis par Nicolas Truong Publié le 07 mai 2020 à 07h00 – Mis à jour le 08 mai 2020 à 05h54

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/07/pierre-dardot-et-christian-laval-aucune-souverainete-d-etat-au-monde-ne-permettra-de-prevenir-les-pandemies_6038925_3232.html

 

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