A propos d’une tribune du sociologue Jean Viard : haro sur le tourisme ?

La tribune de Jean Viard parue dans le Monde du 17 août fait débat (voir les réactions des lecteurs sur le journal web). D’une part, il défend l’économie touristique comme une conquête dont tout le monde doit bébéficier (aller à la rencontre des autres, les gens, les territoires, les histoires, les vécus…) d’autre part, il déplore que le tourisme de masse  soit destructeur. Bilan, il faut réguler cette économie pour qu’elle ne se transforme pas en cauchemar...

 

Saint-Antonin-Noble-Val est souvent comparé à Cordes (en mieux car Cordes passe pour totalement artificialisé). Dans l’article, l’allusion à Gordes pourrait aussi rappeler ces localités qui ont été sauvées, restaurées et transformées en parc touristique. Saint-Antonin n’en est pas là mais le danger menace : citons Viard : « (…) Localement, on a d’abord le sentiment que la vie revient, l’animation, la foule… Mais ensuite, comment vivre à l’année dans une station touristique avec des hôtels partout, des logements loués quelques mois par an, des résidences secondaires fermées onze mois sur douze ? (…) »

Pour éviter cette dérive, il y a des outils : la charte cittaslow « cité du bien-vivre » que la municipalité a signée, , le futur PLUI (porté par la communauté de communes). Ces textes portent en eux un développement local et une organisation urbanistique maîtrisés. A condition de vouloir les faire vivre.  Un débat citoyen après le boom de l’été ne serait pas inutile pour faire le point sur ce qui fonctionne, ce qui coince, ce qui dérive. Il faut être attentif, dit Viard sinon les habitants à l’année se sentiront dépossédés de leur cadre de vie.

Jean Viard : « Des forces politiques radicales se mettent aussi à contester ce « tourisme de masse ». Ce phénomène est certes aujourd’hui très minoritaire, mais il faut y être attentif car on ne déplace pas des millions d’humains sans conséquences, ni pour eux ni pour les habitants « à l’année » du pays d’accueil. (…) »

« Une société quasi birésidente

De plus en plus, l’humanité va « se visiter ». Car le premier but du voyage, c’est l’autre, son territoire, sa culture, ses paysages, ses œuvres, ses divertissements… La démocratisation en cours du voyage est un enjeu mondial immense pour faire terre commune.

Dans certaines régions, c’est la principale source d’emplois. En France, de 7 % à 8 %. Près de 12 % à Barcelone et dans les grandes régions touristiques. (…) En Europe, nous sommes passés d’une société sédentaire à une société quasi birésidente où plus de 60 % des gens séjournent chaque année hors de leur domicile. On dit alors « partir en vacances ».

Mais comment ce flux considérable est-il vécu par les sociétés d’accueil ? Car, si le tourisme est désir de l’autre, il est aussi pour une part sa caricature et sa submersion.

Envahissement, « colonisation »

Pensons à Gordes, au cœur du Lubéron : quel rapport entre cette station touristique et le village paysan en ruine, « découvert » dans les années 1930 ? Le site, certainement ; les vues, le climat, la végétation, l’architecture (et encore). Certes, sans le tourisme, il ne resterait probablement là qu’un piton en ruine mais, enfin, comment ne pas comprendre un certain sentiment local d’envahissement et de « colonisation » ?

(…) Localement, on a d’abord le sentiment que la vie revient, l’animation, la foule… Mais ensuite, comment vivre à l’année dans une station touristique avec des hôtels partout, des logements loués quelques mois par an, des résidences secondaires fermées onze mois sur douze ? (…) »

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