Bourg-centre et centre bourg

Dominique Perchet Blog, Dictionnaire

Le programme régional lancé fin 2017 pose un problème de vocabulaire* dont l’examen montre une ambiguité certaine (dont on ne sort qu’à ses dépens). Il est donc important de clarifier les deux options

Bourg-centre : en aménagement du territoire, une localité (qui n’a pas la taille ni la structure, ni les fonctions d’une ville) qui « organise » la vie d’un territoire : services privés et publics, loisirs, ressources collectives…

Centre-bourg (par analogie avec le centre ville) : partie centrale où se concentrent les activités, la vie urbaine, les aménités.


Selon le sens de lecture entre les deux mots, on n’agit pas de la même façon, même si les deux actions sont liées : il est difficile d’activer l’attractivité d’un bourg si son centre est en capilotade. Dans un cas, on raisonne sur des équipements qui « attirent » les communes voisines, dans une compétition entre bourgs-centres concurrents.Dans ce cadre là, les villes se sont entre-tuées dans une surenchère de zones commerciales…

Dans l’autre, on investit pour que les rues soient animées, les friches commerciales ravivées, les animations culturelles, sociales, économiques. Que l’envie de venir au centre, d’y habiter soit mise au coeur du projet (et désormais dans le cadre du développement durable, de la cohésion sociale…)

Le dossier Occitanie (accessible ici https://www.laregion.fr/appelsacandidatures-bourgscentres-occitanie ) ne parle pas forcément de la même chose : son texte est un mix entre les deux options…


En 2014, le gouvernement a lancé un programme expérimental :

Alors, dans le Tarn-et-Garonne, trois communes étaient identifiées : Saint-Antonin-Noble-Val, Montech et Lauzerte.

Les critères d’alors : risque de périurbanisation et déclin démographique sont étonnants pour Saint-Antonin qui a une population qui vieillit certes, mais qui ne diminue pas  et qui n’est pas périurbaine. Les problèmes sont ailleurs.

En 2017, le site insiste bien sur la revitalisation du bourg :

« La dévitalisation des centres-villes est un enjeu important pour les politiques d’aménagement. Le Gouvernement souhaite conforter la présence de centres-bourgs dynamiques et animés, dans les campagnes et dans les zones périurbaines. La perte d’attractivité de nombreuses petites communes dans ces territoires est un phénomène qui interpelle la qualité de vie, la cohésion sociale et le développement économique local. »

Nous ne résisterons pas à citer ce paragraphe : http://www.centres-bourgs.logement.gouv.fr/impliquer-la-population-dans-la-demarche-r135.html

Un projet de revitalisation de centre bourg, se construit pour et avec la population. Les acteurs locaux constituent en effet un élément essentiel de la réussite du projet, dès le stade du diagnostic qui inclut les usages et les représentations du territoire. La définition des actions prendra en considération la façon dont les habitants perçoivent et expriment les enjeux de la revitalisation.

Cependant la participation active des habitants, si elle est souhaitable, ne se décrète pas. Ils doivent se sentir associés, responsabilisés pour définir leur cadre de vie et faciliter des changements de pratiques plus en adéquation avec leurs besoins et leurs aspirations. La mise en œuvre du projet de revitalisation dépend directement de l’action d’acteurs locaux, économiques, associatifs, médico-sociaux et de l’implication quotidienne des habitants qui peuvent se mobiliser à divers titres : en créant eux-mêmes de l’activité, à titre professionnel en tant qu’artisans, commerçants, libéraux, agriculteurs, à titre privé en tant que bailleur investisseur dans des logements, en faisant vivre le bourg en tant que client de ces commerces, consommateur et usagers de services publics et privés, promeneur dans les espaces publics du centre-bourg, en promouvant sa commune auprès des visiteurs, de ses relations…

La revitalisation du centre bourg représente donc un processus de transition qui nécessite une adhésion large pour trouver et mettre en œuvre ensemble un modèle alternatif au « tout étalement urbain motorisé ».

Le dossier de candidature demande qu’on explique comment se fera la concertation : il est inutile de dire que le contenu proposé est capital.

68/ Organisation prévue au titre de la concertation locale

Acteurs et partenaires locaux qu’il conviendrait d’associer :

Moyens envisagés pour sensibiliser et mobiliser les acteurs locaux :

Il  est important que les problèmes soient identifiés et ils ne se résument pas tous à des « investissements » classiques et relèvent parfois plus de l’innovation sociale et technique. A Saint-Antonin, comment gérer l’économie touristique qui pèse lourdement sur la vie ordinaire (difficulté d’avoir des commerces de base, prix élevés, logement  difficile…). Par ailleurs, l’urbanisme médiéval appelle des solutions innovantes si l’on veut que le label grand site, le label cité du bien-vivre (cittaslow) soient de réels atouts. Enfin, l’investissement culturel (pays d’art et d’histoire, musée, patrimoine, enseignement) sont de réels atouts. Mais tout ceci ne peut se traiter d’en haut, verticalement. La concertation, le débat participatif (y compris avec les étrangers très attentifs à la notion de qualité de vie) sont la voie royale.


* Le fait que cet article entre dans deux tags : « aménagement du territoire » et « aménagement urbain » montre bien la différence entre les deux concepts.

Documentation : exemples de dossier en Occitanie dans le programme 2014.

http://www.centres-bourgs.logement.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=331