Etude : Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? »,

Une étude évidemment intéressante au moment où la DREAL se propose de protéger l’Aveyron et ses affluents… J’ai surtout remarqué la dernière phrase du résumé ; de l’importance de l’opérateur qui fédère… avec les deux mots « opérateur » et « fédère »…

Résumé de l’étude

Les paysages sont-ils du patrimoine ? Et si oui, en quoi ce patrimoine peut-il être considéré comme européen ? Une première partie fait appel à l’analyse sociosémiotique. Tout d’abord, nous rappellerons la manière dont un lieu devient paysage par une opération de traduction qui fait du paysage une représentation du lieu. Puis, nous examinerons ce que veut dire parler de patrimoine à propos du paysage. La seconde partie est consacrée à la présentation de trois exemples qui illustrent deux modalités différentes de traduction d’un lieu ou d’un paysage en patrimoine. Dans le premier exemple, le paysage est à l’origine du pays et ils font simultanément patrimoine (exemple du Val d’Orcia en Italie). Dans les deux autres exemples, le fonctionnement du pays est la condition de survie du paysage (exemple des Alpujarras en Espagne et des Cinque Terre en Italie). En conclusion, l’accent est mis sur l’impossibilité de détacher le paysage du lieu et sur l’importance de l’opérateur qui fédère les acteurs collectifs participant à leur sauvegarde en tant que patrimoine.

L’article est en ligne et accessible librement par ce lien :

http://journals.openedition.org/culturemusees/2748

 

L’auteurJean Davallon – Université d’Avignon, Centre Norbert Elias
Professeur émérite des universités en sciences de l’information et de la communication, Centre Norbert Elias (UMR 8562), Avignon Université, Jean Davallon travaille sur le rapport entre dimension symbolique et fonctionnement communicationnel dans les musées et le patrimoine. Parmi ses publications récentes, on peut citer : « Les musées, au cœur de la reconfiguration des patrimoines ? », p. 53-75 in Musées, Mutations… / sous la direction de Joëlle Le Marec, Bernard Schiele & Jason Luckerhoff. Dijon : Éditions universitaires de Dijon/Ocim (2019) ;  Référence papier

Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? », Culture & Musées, 33 | 2019, 19-59. – Référence électronique Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? », Culture & Musées [En ligne], 33 | 2019, mis en ligne le 19 novembre 2019, consulté le 21 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/culturemusees/2748 ; DOI : 10.4000/culturemusees.2748

Du côté de Segonzac, des enseignements intéressants sur la charte cittaslow à la manière française

Au moment du renouvellement de la labellisation de la commune charentaise, la mairie a demandé à une géographe de faire un travail sur ce label, sur ce qui s’est passé autour de cette charte dans la commune.

Qu’en dire rapidement et en tirer ?

  • une démarche très intéressante (qui a du mal à prendre en France alors qu’il y a plus de 230 communes dans le monde).
  • Une démarche qui peut être banalisée si elle ne se dote pas de projets phares, mobilisateurs qui tranchent
  • une concurrence : tout le monde se dit « commune durable », « projet de qualité »… avec un discours partout identique. Pour s’en distinguer, la charte offre des possibilités mais encore faut-il s’en saisir…
  • l’importance de la mobilisation des habitants, donc, au-delà d’une communication de base, la construction de projets communs et partagés.
  • un réseau français plutôt atone.

Voici les documents rédigés par Justine Lucas que nous remercions pour nous les avoir confiés…

Etat des lieux et enjeux (document texte format doc) Cittaslow, etat des lieux et enjeux : 

Un article plus général sur la démarche cittaslow  (document pdf) JLUCAS-Article-cittaslow

JustineLucas a également consacré son master à cette démarche/

Revue de presse : et si l’environnement trouvait son efficacité dans la notion de « territoire » (le Monde – Bruno Latour)

Pour le sociologue Bruno Latour, il est urgent de transformer les questions d’écologie en questions de territoire afin de sortir de la crise politique et environnementale.

Nous avons toujours plaidé pour la remise en coïncidence entre le territoire vécu (le bassin de vie) et le territoire politique : c’était le but des pays. Aujourd’hui, cette disjonction entre vécu et géré pose problème. Les échelons qui sont au dessus de la commune sont de plus en plus abstraits : des services, des élus que le commun des mortels ne connaît pas et qui pourtant prennent des décisions importantes. Le papier de Bruno Latour est, à cet égard, important car il montre que pour que les citoyens s’investissent, ils doivent avoir conscience que c’est « leur maison » qui brûlent. Pas une politique – vertueuse mais abstraite – mais leur cadre de vie immédiat. Extrait de l’article paru dans le Monde https://www.lemonde.fr/series-d-ete-2018-long-format/article/2018/07/20/il-faut-faire-coincider-la-notion-de-territoire-avec-celle-de-subsistance_5334260_5325928.html?xtmc=bruno_latour&xtcr=1

Quand on lit en première page du Monde un titre comme celui du 14 novembre 2017 – « Il sera bientôt trop tard » –, dans une police prévue pour le déclenchement d’une guerre atomique, et que dans l’édition du lendemain aucune mobilisation particulière n’est annoncée, cela perturbe gravement.  Dans les pages « Planète », vous multipliez les alertes par les scientifiques. Un jour, ce sont les insectes ; un autre jour, ce sont les sols qui disparaissent ; ensuite, c’est la disparition du trait de côte. Et dans les pages « Politique », il ne se passe rien, ou pas grand-chose.

Jamblusse – 2017 (hameau de Saillac – Lot)

A force, comment voulez-vous que nous réagissions ? Toutes ces nouvelles qui n’entraînent aucune réaction, cela finit par nous miner. Ou bien les pages « Planète » ont raison, mais alors, pourquoi ne pas réagir ? Ou alors, si nous ne réagissons pas, c’est que ces pages racontent n’importe quoi. C’est la raison principale, d’après moi, du scepticisme pratique sur les questions écologiques : des alertes non suivies d’effet entraînent forcément le doute sur leur validité. « A force de crier au loup… »

Autrefois, les scientifiques étaient les gens rassis et les politiques, ou les citoyens, les gens qui s’agitaient en tous sens. Aujourd’hui, c’est le contraire : ce sont les scientifiques qui s’agitent, qui s’angoissent, qui alertent, et ce sont les politiques, vous, moi, qui restent froids comme des concombres. J’exagère évidemment en disant que l’écologie fait bailler d’ennui. Beaucoup de gens se sont mobilisés. En un sens, tout le monde sait parfaitement à quoi s’en tenir. Ce qui mine de l’intérieur, ce qui rend fou, c’est la déconnexion entre l’ampleur des découvertes scientifiques et l’impuissance où nous nous trouvons de les métaboliser et d’en faire de l’action politique à la bonne échelle. C’est une affliction psycho-morale : l’impuissance croit en proportion de l’imminence des catastrophes.

Pourquoi les émotions mises en jeu ne sont-elles pas les mêmes selon que l’on demande à la population de défendre la nature (elle baille d’ennui, dites-vous) ou de défendre son territoire (là, elle se mobilise, assurez-vous) ?

Ma solution est grossière mais elle est à la mesure de l’urgence : arrêtons un moment de parler d’écologie, de nature, de salut de la planète, de protection de la biosphère. Pourquoi ? Parce que cela renvoie toujours à quelque chose d’extérieur, quelque chose que l’on considère comme à travers une vitre, qui nous concerne peut-être, mais à la marge. Vous aurez remarqué qu’il en est tout autrement dès qu’on parle de territoire. Si je vous dis : « Votre territoire est menacé », vous dressez l’oreille. Si je vous dis : « Il est attaqué », vous êtes tout feu tout flamme pour le défendre.

« La différence est énorme dans les réactions suscitées entre défendre la nature et défendre un territoire, et c’est cette différence qui m’intéresse »

La différence est énorme dans les réactions suscitées entre défendre la nature et défendre un territoire, et c’est cette différence qui m’intéresse. Car évidemment, dans la plupart des cas, les deux alertes pointent vers des phénomènes qui sont strictement les mêmes.

Si je dis à un agriculteur : « Votre sol aura disparu dans dix ans », est-ce que je parle de la nature, dont il se fiche comme de sa première récolte, ou de son territoire, qu’il est prêt à défendre bec et ongles ? Des deux, bien sûr. Le problème, évidemment, c’est que nous n’avons à peu près plus aucune idée de ce qu’est le territoire sur lequel nous vivons. Si bien que ce même agriculteur va se rendre malade en détestant les écologistes, qu’il croit être ses ennemis, tout en assistant, impuissant, à la disparition de son sol.

Ma conviction est qu’il faut transformer toutes les questions que l’on attribuait naguère à l’écologie dans des questions de territoire, d’occupation et de défense des sols. Ce qui était extérieur, la nature, il faut la faire passer sous vos pieds, le territoire. Et là, on regarde comment les gens vont réagir. C’est dangereux de dire les choses ainsi, parce que ça flirte un peu avec la pensée dite réactionnaire, mais c’est un passage essentiel.

Pourquoi les « réacs », comme les « progressistes », se trompent-ils ?

Parce que justement, la question du territoire permet de rebattre les cartes des positions, et donc tous les affects politiques. Quand nous avions l’œil sur la globalisation, l’intérêt pour le territoire était considéré comme négatif, comme une preuve d’archaïsme, d’attachement ancestral et, en effet, réactionnaire.

Saint-Antonin – l’Aveyron juillet 2017 (photo do)

Mais maintenant que la globalisation est mise en doute, faute de territoire, je veux dire faute d’une terre assez vaste pour contenir tous les rêves de modernisation, brusquement, dans tous les pays à la fois, voilà que l’on prétend revenir aux frontières des anciens territoires nationaux. C’est vrai aux Etats-Unis comme dans le Royaume-Uni du Brexit, aussi bien qu’en Italie, en Hongrie, etc.

Mais ce retour au territoire est encore plus une fiction que la globalisation. Il est national, il est défini par des frontières étanches, il n’a économiquement aucun sens concret et, évidemment, du point de vue de toutes les choses qui définissent réellement un sol, un terrain, un lieu de vie, il est d’une totale abstraction. Vous n’allez pas faire tenir la question du climat dans les frontières de l’Etat-nation. Pas plus que celle des migrations.

(…) Pourquoi la question de la subsistance viendrait-elle modifier la répartition des affects politiques entre gauche et droite ?

Il faut que vous acceptiez de prendre les choses à l’envers : un territoire, ce n’est pas la circonscription administrative, par exemple la ville d’Avignon, c’est ce qui vous permet de subsister. Etes-vous capables de définir ce qui vous permet, vous, de subsister ?

Si oui, alors je prétends que la liste que vous pouvez dresser de vos conditions de subsistance définit le territoire que vous habitez. Peu importe si vous devez y inclure des éléments répartis sur la Terre entière. Ce n’est pas l’espace qui définit un territoire mais les attachements, les conditions de vie. Et j’ajouterais que vous avez un territoire si vous pouvez le visualiser et, bien sûr, que vous tentez de le faire prospérer et de le défendre avec et contre d’autres qui veulent se l’approprier.

Des questions liées : subsistance, visualisation, protection et défense. Mais supposez que vous n’ayez aucune idée précise de ce qui vous permet de subsister, ou une idée tellement abstraite que vous restiez suspendu en l’air, pratiquement hors sol, quand je vous pose la question : « Qui êtes-vous, que voulez-vous, où habitez-vous ? » Eh bien, je prétends que n’ayant pas de monde concret à décrire, vous êtes devenus incapables de définir vos « intérêts » et qu’ainsi, vous ne pourrez plus articuler aucune position politique vaguement défendable. Je prétends que la situation actuelle de retour général à l’Etat-nation derrière des murs vient directement de cette totale impossibilité de préciser quels intérêts on défend. Comment avoir des intérêts si vous ne pouvez pas décrire votre monde ?

L’exemple du Brexit peut servir d’illustration : vous bénéficiez des crédits européens et vous votez contre l’Europe : pourquoi ? Parce que vous n’avez pas pu décrire concrètement ce qui vous permet de subsister.

Je peux maintenant répondre à votre question sur la politique : si les partis ont quasiment disparu à gauche comme à droite, c’est parce qu’ils sont devenus incapables de décrire les conditions de subsistance, et donc les conflits de subsistance, de leurs mandants. Pas de monde, pas d’intérêt, pas de politique, c’est aussi simple que ça. C’est pourquoi je suis obsédé par cette affaire de description.

Vous allez jusqu’à dire que de nouveaux cahiers de doléances permettraient de sortir de la crise environnementale…

Parce qu’il y a dans l’épisode des cahiers de doléances de janvier à mai 1789 exactement l’opération d’autodescription qui manque aujourd’hui. On demande à des gens de décrire leur territoire de subsistance en même temps que les injustices qu’ils y détectent et les moyens d’y mettre fin, c’est-à-dire la doléance. La doléance, c’est le contraire de la plainte inarticulée. C’est un cahier qui décrit les injustices – les amis et les ennemis si vous voulez – et qui propose des réformes, mais après avoir décrit avec une extrême minutie comment ceux qui le rédigent font pour subsister.

Aussitôt que la description devient précise, les conflits apparaissent, les lignes de front se dessinent, on peut mouliner de la politique, alliances et retournements compris. Cela n’a rien à voir ni avec l’enquête objectivante faite de l’extérieur par des statisticiens de passage – les 60 000 cahiers de 1789 sont autant d’autodescriptions – et cela n’a rien à voir non plus avec de la démocratie participative – « Quelles sont vos idées sur ce qu’il faudrait faire ? ». Sans description préalable des conditions de vie, personne n’a d’idée particulière sur ce qu’il convient de faire. Avoir une position politique, ça dépend d’un travail. Ça ne se communique pas par des tweets.

D’après les historiens de l’époque, l’autoconstitution du peuple français vient en grande partie de cette procédure. C’est la raison de mon intérêt pour elle : peut-on, en période de réaction généralisée, recharger la politique en permettant aux gens de décrire à nouveau ce qui leur permet de subsister, et donc d’avoir des intérêts, et donc des doléances, et donc une position politique. C’est tout ce processus que je nomme « retour au territoire ». Cela n’a rien à voir évidemment avec le « retour à la terre », de triste mémoire… (…)

(…) Ne nous précipitons pas sur la version agrégée de la politique avant d’avoir réussi à nous situer sur un territoire concret. L’image de la politique, il faut la recomposer pixel après pixel. N’ayez crainte, tout ce que vous vouliez défendre en parlant de nature s’y retrouvera forcément.

Bruno Latour est philosophe et sociologue des sciences, professeur émérite associé au Médialab de Sciences Po. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’anthropologie du monde moderne et sur notre relation à la nature : « Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie » (La Découverte, 1999), « Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique » (La Découverte, 2015). Son dernier livre, « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique » (La Découverte, 2017) est une réflexion sur les moyens intellectuels et politiques de changer un monde où les hommes sont « privés de terre ».

A propos des chaussées autour de Saint-Antonin… Un manifeste que nous signerions bien des deux mains

Lire cette page publiée en 2012 : si on changeait les noms, n’aurait-on pas un programme pour l’Aveyron, la Bonnette, la Vère, la Baye, la Seye ?

http://www.hydrauxois.org/2012/08/pourquoi-hydrauxois.html

En 2011, le barrage et la digue de Semur-en-Auxois, ainsi que deux glacis de moulins, étaient menacés de destruction dans le cadre d’un projet-pilote de continuité écologique.

Plusieurs associations locales et des centaines de particuliers se sont mobilisés pour manifester leur attachement aux site menacés et pour démontrer que la continuité écologique n’impliquait pas forcément leur destruction. Parmi les citoyens engagés dans cette lutte, un certain nombre s’est découvert une passion commune pour le patrimoine et l’énergie hydraulique.

L’association Hydrauxois est née de cet attachement partagé pour la très vieille histoire liant l’homme à l’eau dans notre pays d’Auxois-Morvan, et l’envie de la continuer à l’ère des énergies locales renouvelables. L’association est strictement indépendante de tout engagement politique, religieux ou philosophique, ainsi que de tout intérêt commercial.

Patrimoine hydraulique :
un héritage exceptionnel en Auxois-Morvan

Depuis des millénaires, l’homme utilise l’eau pour son alimentation, son hygiène, son activité économique et son énergie. L’eau n’est donc pas seulement un élément naturel indispensable à la vie, mais aussi un fait de civilisation : des norias et roues antiques aux barrages, canaux, réseaux d’irrigation ou d’assainissement modernes, elle accompagne les sociétés humaines. Le terme « hydraulique » exprime cet usage humain de l’eau.

L’association Hydrauxois rassemble en Auxois-Morvan tous les passionnés de cette aventure hydraulique, qu’elle concerne le patrimoine, l’énergie ou l’environnement. Parcourue par les bassins de l’Armançon, du Serein ou de la Cure, avec leurs multiples affluents et rus, l’Auxois-Morvan est une terre au très riche patrimoine hydraulique.

Outre les ponts et dispositifs de franchissement, les témoignages conservés les plus anciens se trouvent bien sûr dans le réseau des moulins. Au Moyen Âge, ceux-ci utilisaient l’énergie de l’eau pour toutes sortes de production et transformation : moudre le grain, purifier et forger le fer, fouler la laine, presser l’huile ou le vin, etc. Un glacis ou seuil de pierre surélevait le niveau de la rivière et détournait l’eau vers un sous-bief, où la roue hydraulique tirait partie du courant. Il existe aujourd’hui plusieurs centaines de moulins en Auxois-Morvan, soit à l’état de vestiges soit en habitations souvent très bien restaurées.

Le réseau des abbayes et monastères a également su tirer partie de l’eau. Les moines cisterciens étaient de ce point de vue de véritables ingénieurs, et le site exceptionnel de l’Abbaye de Fontenay rappelle leur haut niveau de technicité.

Plus tard, lorsque la Bourgogne devint une terre réputée de métallurgie, l’eau fut mise à contribution dans les nombreuses forges du pays d’Auxois-Morvan qui exploitaient un abondant minerai de fer de surface. Les Grandes Forges de Buffon sont bien sûr le témoignage le plus abouti de cette contribution hydraulique au travail des métaux.

À l’âge d’or de la métallurgie bourguignonne, c’est-à-dire au XIXe siècle, un nouvel usage se fit jour : la construction de canaux pour transporter les marchandises, dont le canal de Bourgogne (242 km) qui traverse l’Auxois-Morvan. Pour l’alimenter, et aussi pour canaliser les terribles crues de la Seine, on dut construire des grands barrages assurant des retenues d’eau : Cercey, Chazilly, Pont-et-Massène ou encore Grobois-en-Montagne ont conservé ces lacs artificiels, et leur ont ajouté de nouveaux usages.

À ce riche patrimoine technique, artisanal ou industriel, s’ajoute bien sûr l’aventure moderne de l’hydro-électricité. Des dizaines de petites usines ont surgi des anciens moulins ou forges entre 1890 et 1920, suivies par les grands barrages exploités par EDF dans le bassin de la Cure.

Ce que nous vous proposons
• Connaître le patrimoine hydraulique de votre région : visites de découverte, conférences…
• Construire ensemble une encyclopédie unique en France recensant tous les moulins en place ou en ruine de l’Auxois-Morvan
• Faire vivre et transmettre ce patrimoine de manière originale : parcours didactique, expositions, concours, spectacles vivants…

Énergie hydraulique :
une énergie d’avenir pour nos territoires

L’énergie hydraulique n’est pas une énergie du passé, mais une énergie moderne, locale, très précieuse à un moment où l’on s’accorde largement sur la nécessité d’une transition énergétique.

Le changement climatique est une réalité établie par les chercheurs. Outre ses effets globaux sur les sociétés et la biodiversité, il devrait se traduire notamment par la multiplication des épisodes extrêmes dommageables pour une région agricole comme l’Auxois-Morvan. Par ailleurs, les sources fossiles d’énergie sont pour certaines en voie d’épuisement, et doivent être importées avec un coût croissant pour la collectivité. Changer nos habitudes de production et de consommation est donc désormais une urgente nécessité !

Bien que l’Auxois-Morvan se situe en tête de bassin versant et ne soit pas une terre de reliefs très prononcés, la région possède un réel potentiel hydro-électrique. Les premières turbines et générateurs se sont implantés dès la fin du XIXe siècle. Le potentiel hydro-électrique est en partie exploité par le groupe Jura-Bourgogne d’EDF, mais aussi par de nombreux propriétaires d’ouvrages hydrauliques qui pratiquent l’auto-consommation, voire fournissent le réseau national.

Le potentiel hydro-électrique de l’Auxois-Morvan s’élève à plusieurs dizaines de MW (mégawatt), soit la consommation électrique de plusieurs milliers de foyers : il est très loin d’être entièrement utilisé aujourd’hui. Cette capacité est certes moins importante que celles d’autres énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse). Toutefois, la production est maximale et continue dans la période des hautes eaux (entre octobre et mars), de sorte que l’énergie hydraulique complète très utilement l’intermittence des autres sources d’électricité.

Les avantages de l’hydroélectricité
• Une énergie locale, pourvoyeuse d’emplois et de revenus sur le territoire ;
• Une énergie propre : l’eau turbinée est restituée intégralement et sans altération, elle est oxygénée, le transit sédimentaire et la circulation des poissons peuvent être assurés (voir encadré) ;
• Une énergie limitant les émissions de CO2, donc luttant contre le réchauffement climatique et l’acidification océanique ;
• Une énergie prévisible : même s’il y a des variations annuelles dans les débits des rivières, on peut estimer la production moyenne, minimale et maximale en exploitation annuelle ;
•  Une énergie abondante en hiver, quand il y a plus de besoins ;
• Une énergie accessible, aux particuliers comme aux collectivités, car l’équipement en petite centrale hydro-électrique (PCH, picocentrale < 20kW ou microcentrale entre 20 et 500 kW) peut aussi bien servir à l’autoconsommation d’une famille qu’à la vente du surplus sur le réseau ;
• Une énergie collaborative, car lorsque plusieurs particuliers et collectivités s’équipent sur un même territoire, ils peuvent mutualiser certaines opérations de maintenance des sites et réduire ainsi les coûts d’exploitation ;
• Une énergie à longue durée de vie, car l’équipement est robuste et dure plusieurs décennies, voire plus d’un siècle.
Le développement de l’énergie hydro-électrique dans les prochaines années est donc un enjeu passionnant pour les riverains et propriétaires d’ouvrages hydrauliques, ainsi que pour les communes et communautés de commune de l’Auxois-Morvan.

Ce que nous vous proposons
• Informer sur les enjeux de l’énergie renouvelable d’origine hydraulique
• Réaliser un Atlas hydraulique de la puissance exploitable en Auxois-Morvan
• Informer, conseiller et accompagner les propriétaires (publics, privés) et collectivités souhaitant s’équiper en petite production hydro-électrique
• Concilier continuité écologique, défense du patrimoine et production hydro-électrique

Continuité écologique : 
Hydrauxois sera en première ligne !

Le bon état physique, chimique et biologique de l’eau est un objectif de la Communauté européenne, et l’affaire de tous. Hydrauxois lutte bien sûr pour l’atteinte de cet objectif et la préservation de nos rivières en Auxois-Morvan. Les ouvrages hydrauliques représentent parfois des obstacles à l’écoulement : comme tels, ils peuvent affecter la continuité écologique, c’est-à-dire le transit sédimentaire et la circulation piscicole.

L’entretien et l’usage raisonné des vannes, comme les dispositifs de franchissement (passes à poissons) pour les barrages, permettent de concilier la continuité écologique avec le patrimoine et l’énergie hydrauliques.

Hydrauxois a pour vocation d’être un acteur de cette conciliation nécessaire en Auxois-Morvan. Notre association s’engagera sur plusieurs axes :

• l’information des propriétaires d’ouvrages sur les nouvelles obligations légales et réglementaires (loi sur l’eau, SDAGE, SAGE, plans de protections des espèces migratrices ou patrimoniales, débits réservés, classements des cours d’eau) ;

• la nécessité de différencier clairement les grands barrages (EDF, VNF) des seuils et glacis modestes afin de déterminer les priorités ;

• la concertation avec les pouvoirs publics pour que le nouveau classement des rivières (2014) et les aménagements de continuité écologique tiennent compte de la valeur du patrimoine, du potentiel hydro-électrique, des bénéfices environnementaux attendus et aussi des difficultés de beaucoup de maîtres d’ouvrage à assumer seuls un génie civil souvent coûteux ;

•  la promotion de la recherche sur la biodiversité des rivières, biefs et retenues, afin de connaître et améliorer la qualité écologique de l’eau en Auxois-Morvan.