Qu’est-ce qui pollue les cours d’eau français ?

Qu’est-ce qui pollue les cours d’eau français ?

Si les contrôles pour l’eau potable sont de plus en plus exigeants, certains résidus toxiques ne sont détectables qu’au bout de plusieurs années.
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Hélène Blanchoud, Sorbonne Université

Ces dernières décennies, les exigences en matière de qualité de l’eau potable se sont largement renforcées. En France, les contrôles s’efforcent par exemple à rechercher un nombre croissant de molécules dans les cours d’eau, en privilégiant évidemment les substances les plus dangereuses pour la santé humaine et l’environnement.

Or on retrouve dans les rivières ce qu’on y a rejeté sur le bassin versant et l’homme a considérablement bouleversé le cycle des éléments naturellement présents dans les cours d’eau (comme les nitrates, les phosphates ou la matière organique). Les éléments issus de l’industrie chimique sont également à prendre en compte – soit potentiellement plus de 100 000 substances issues des activités humaines. On y trouve majoritairement des pesticides, mais également des hydrocarbures, des plastifiants, des médicaments et bien d’autres composés aux potentiels effets de perturbateurs endocriniens, susceptibles d’être neurotoxiques, cancérogènes, ou encore d’altérer la fertilité et le génome.

Ces résidus prennent en général la forme de micropolluants, c’est-à-dire de substances toxiques à des doses très faibles (de l’ordre du microgramme par litre, soit l’équivalent de deux pincées de sel dans une piscine olympique). Ils ne sont malheureusement pas tous recherchés et leurs effets sur le long terme en présence d’un cocktail d’autres molécules sont peu, voire pas du tout, connues.

Pesticides en tête

Dans les cours d’eau français, les pesticides et leurs produits de dégradations sont les premières substances détectées. Peu étonnant dans un pays où la surface agricole utile représente 29 millions d’hectares, soit plus de la moitié du territoire.

Leur concentration varie en fonction de la période à laquelle les produits phytosanitaires sont appliqués (généralement au printemps). Elle dépend également des cultures présentes sur le bassin versant : la vigne, les vergers, ou encore les céréales nécessitent par exemple de nombreux traitements. Les herbicides sont surtout détectés en rivière car ils ont des propriétés qui les rendent plus sensibles au ruissellement. Ainsi, le glyphosate et son produit de dégradation l’AMPA sont les molécules les plus souvent détectées, car très largement utilisés avant la mise en culture.

Mais cette présence dépend également de la persistance des pesticides : la présence d’atrazine (herbicide pourtant interdit depuis 2003) et de son produit de dégradation, la dééthylatrazine, s’explique par un transfert assez lent vers les cours d’eau. S’ils se répandent plus rapidement en période de pluie, une grande partie des pesticides migre de façon diffuse vers les eaux souterraines, pour être restitués plusieurs années plus tard dans les eaux de surface.

En 2014, 389 résidus de pesticides (ainsi que leurs produits de dégradation) ont été retrouvés au moins une fois dans les rivières françaises, quand 484 pesticides différents ont été utilisés la même année par les agriculteurs. Ces chiffres montrent bien le potentiel de ces substances à être exportées vers les cours d’eau.

Quand un pesticide devient trop présent dans le milieu naturel, il est retiré du marché, les agriculteurs devant alors s’orienter vers d’autres produits. Avec l’interdiction progressive des pesticides, ce choix se restreint à un nombre de plus en plus limité de produits sans que le problème de fond de la pollution ne soit réglé. Par exemple, pour le désherbage du maïs, l’usage du S-Métolachlor a plus que doublé entre 2013 et 2017 en Seine-et-Marne. Les applications se faisant principalement au printemps, les concentrations moyennes mensuelles passent de 0,010 à 2 µg/L entre les mois d’avril à juin.

Cette dynamique saisonnière est généralement observée dans tous les cours d’eau français.

Des rejets urbains mal filtrés

Outre les pesticides, les rejets urbains des industriels et des particuliers constituent une autre source majeure de contamination.

Après vidange des eaux de nettoyage (détergents, plastifiants, solvants), au moment des douches (muscs, parabènes, répulsifs insecticides) ou même par excrétion via les chasses d’eau (médicaments, hormones, caféine), les produits de notre vie quotidienne rejoignent finalement les cours d’eau. Malgré l’efficacité croissante des stations d’épuration (dont le rôle principal est d’éliminer la matière organique), un grand nombre de composés se retrouve toujours dans les rivières.

À ces eaux usées s’agrègent les rejets d’eau pluviale. En tombant, celle-ci entraîne les particules atmosphériques et les polluants présents dans l’air. En milieu urbain, les contaminants de l’air proviennent des rejets industriels, du trafic routier, du chauffage urbain (surtout en hiver) et de la diffusion progressive des composants des matériaux. L’atmosphère puis l’eau de pluie se chargent progressivement en polluants : hydrocarbures, furanes, dioxines…

Enfin, le ruissellement sur les toitures et les chaussées imperméables entraîne les hydrocarbures et les métaux lourds (cadmium, plomb, zinc). Certains accidents peuvent également produire des pollutions exceptionnelles : l’incendie de Notre Dame de Paris a ainsi libéré de grandes quantités de plomb présent dans la toiture, et il est probable que cette catastrophe soit bientôt détectable dans la Seine.

Une contamination difficile à mesurer

Dans le cadre d’un programme de recherche, intitulé PIREN Seine, nous étudions ces composés d’origines agricole et urbaine, ainsi que les dépôts atmosphériques en lien avec le cycle de l’eau en fonction des aléas climatiques (années sèches vs années pluvieuses) et du régime hydrologique (variations annuelles de débit entre les crues et les étiages). Cela nous permet de comprendre les mécanismes de transfert des contaminants et leur dynamique depuis l’amont de la Seine ou de la Marne, très agricoles, jusqu’à l’aval de Paris recevant les pollutions urbaines.

Une partie de ces composés se fixent sur les particules en suspension dans l’eau et sédimentent au fond de la Seine avant d’être remobilisés lors des mouvements provoqués par les crues. Entre les pollutions diffuses et la remise en suspension des sédiments, une contamination peut ainsi être constatée plusieurs années après l’utilisation d’une substance.

C’est ce qui rend délicat l’étude de la contamination des rivières par les micropolluants et l’impact sur l’écosystème. En effet, sur les 110 000 substances chimiques identifiées comme potentiellement polluantes, il est difficile de savoir quelles substances vont rejoindre les cours d’eau, à quelle dose et si il y aura un impact sur l’écosystème ou la santé humaine.

C’est aux agences de l’eau que revient la mise en place de stratégies pour obtenir le bon état écologique des cours d’eau. Au cours des dernières années, face à l’augmentation croissante des nouvelles substances générées par l’industrie chimique, le nombre de micropolluants qu’elles recherchent n’a cessé de croître. Au total, près de 900 paramètres sont suivis, incluant les substances chimiques et leurs produits de dégradation. Ce suivi représente un coût considérable et ne peut pourtant pas être exhaustif, d’autant qu’un grand nombre de ces substances ne sont pas détectées. D’autres approches sont donc aujourd’hui à l’étude.

Les organismes aquatiques constituent les premiers facteurs d’alerte de la contamination des cours d’eau. Même si elle ne se voit généralement pas, celle-ci a un impact sur les êtres vivants présents dans l’eau en sélectionnant les espèces résistantes à la pollution (modification de la biodiversité) ou en générant des malformations chez les individus. S’il n’est pas possible de rechercher toutes les substances susceptibles d’être présentes, la recherche de biomarqueurs (indicateur des effets de la pollution sur certains organismes comme les poissons, les moules d’eau douce ou les gammares) permettrait d’en mesurer l’impact global sur les organismes.

Les normes de qualité environnementale fixées par l’Europe permettent d’estimer de façon plus cohérente la contamination au regard des impacts potentiels sur les organismes aquatiques. Mais il n’est toujours pas possible d’identifier quels impacts potentiels présentent les nombreuses substances que l’on ne recherche pas encore (parce qu’on ignore leur existence ou leur nocivité), ou que les techniques d’analyse actuelles ne permettent pas de détecter.The Conversation

Hélène Blanchoud, Maitre de conférences en chimie de l’environnement, EPHE, Sorbonne Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Revue de presse (le Monde) : « Une espèce de poissons d’eau douce sur cinq menacée en France »

Revue de presse : « Une espèce de poissons d’eau douce sur cinq menacée en France »

La destruction des milieux naturels et la pollution des cours d’eau sont les principales causes du déclin des populations. Par Pierre Le Hir Publié le 11 juillet 2019 par le quotidien « le Monde »

Quelques lignes de commentaires personnels – DP en fin d’article

L’esturgeon européen, la grande alose, l’anguille européenne et le chabot du Lez en danger critique d’extinction. La loche léopard, la lamproie marine, l’omble chevalier ou l’apron du Rhône en danger. Le brochet aquitain, la lote de rivière ou l’ombre commun en situation de vulnérabilité… Au total, 15 des 80 espèces de poissons d’eau douce présentes en France métropolitaine, soit près d’une sur cinq, sont menacées de disparition. C’est ce que révèle la « liste rouge » publiée, jeudi 11 juillet, par le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’histoire naturelle.

<<<< La lote de rivière, autrefois commune dans les bassins du Rhin, du Rhône et le la Saône, est en régression du fait de la disparition de ses zones de fraie ainsi que du réchauffement climatique, cette espèce se reproduisant à très basse température. Henri Persat

Par rapport à la précédente évaluation, réalisée voilà neuf ans, le bilan s’est encore aggravé puisque, si l’on y ajoute 16 espèces classées comme « quasi menacées » (barbeau méridional, vairon basque, saumon atlantique…), le pourcentage total d’espèces en péril est passé de 30 % à 39 %. « La destruction et la dégradation des milieux naturels constituent les principales menaces », indiquent les auteurs. C’est ainsi que la loche d’étang pâtit de l’assèchement des zones humides et de la présence de digues sur les cours d’eau. Le drainage agricole des prairies humides affecte les conditions de reproduction du brochet commun, tandis que l’extraction de granulats met à mal l’habitat de la lamproie de rivière ou du toxostome.

< Le brochet commun est menacé par le drainage agricole des prairies humides. MNHN/EFeunteun

A cette pression s’ajoute la pollution des milieux d’eau douce, lacs ou rivières, notamment par les pesticides. Cette mauvaise qualité des écosystèmes aquatiques a pour effet de fragiliser les défenses immunitaires de certaines espèces, comme l’anguille européenne. La situation des poissons migrateurs amphihalins (qui effectuent une partie de leur cycle de vie en eau douce et une autre partie en mer) est jugée particulièrement « inquiétante ». Aux menaces déjà citées s’ajoutent, pour ces migrateurs, les barrages qui compromettent leur périple vers leurs zones de reproduction.

 

 

 

 

< L’anguillle européenne, qui se reproduit en mer des Sargasses avant de coloniser les eaux douces continentales, a vu ses stocks s’effondrer depuis les années 1980. Elle bénéficie d’un plan de gestion dans tous les pays de l’Union européenne. MNHN/EFeunteun

 

Par rapport à la liste rouge d’il y a neuf ans, sept espèces de poissons d’eau douce ont vu leurs effectifs se redresser : le spirlin, le mulet porc, le chabot fluviatile, le vairon commun, la bouvière, la blennie fluviatile et l’ide mélanote.

Commentaire : loin de critiquer cet article qui est très pertinent, j’ajouterai que les facteurs déstabilisants qui sont énumérés sont tous récents ; les chaussées, les seuils de nos moulins sont, quant à eux, anciens et je peuvent pas expliquer  (porter le chapeau) de la crise de la biodiversité dans les rivières. Dans les simulations que l’on peut faire pour expliquer et agir, les facteurs agronomiques, urbains sont de loin les plus « actifs ».

Il nous a été raconté qu’il y a quelques décennies, les truites sauvages étaient nombreuses dans les creux d’eau des rivières comme la Baye. Aujourd’hui, toute configuration étant par ailleurs égale, il n’y a plus rien. Les aménagements sur les cours d’eau n’ont pas changé Les lâchers de poisson d’élevage n’y sont peut-être pas pour rien non plus. Les biologistes estiment que les animaux d’élevage sont moins résistants, ont perdu leurs facultés migratrices…. et par croisement, appauvrissent le patrimoine génétique de l’espèce. Les papillons comme les truites… (DP)

Horseshoe Falls (Pays de Galles) – Roumégous (Saint-Antonin)

Dans le cadre des réflexions sur le patrimoine des chaussées, la continuité écologique, une comparaison fondée d’abord sur la forme  puis sur le fond, est ici abordée. (le document mis en pages est disponible en pièce jointe sous forme de pdf : cliquez ici  
horseshoe-falls_Roumegous )


 

Comparaison peut-elle être raison ? Horseshoe Falls Pays de Galles) – Roumégous (Pays Midi-Quercy)

dp/01/12/18

Une comparaison esthétique, une comparaison hydrologique, une comparaison patrimoniale…

Ce qui se fait au nord peut-il servir d’exemple au sud ?

Présentation des deux sites

Source : Wikipédia –


A/ Horseshoe Falls (Pays de Galles)
« Fer à cheval »

Au Pays de Galles, la chaussée en forme de demi-cercle (fer à cheval) a été aménagée sur la rivière Dee ; le seuil est modeste : il sert à dévier une partie du flux vers le canal qui s’en va alimenter moulins et usines en direction de Llangolen.

Dans ce parcours vers l’aval, toute une série d’équipements liés à la révolution industrielle sont mis en valeur : ponts, moulins, chemin de fer, bateaux… certains authentiques, d’autres comme moyens de mise en valeur touristique : la fréquentation des lieux est importante compte tenu du lien affectif qu’ont les Anglais avec leur histoire industrielle et de l’impact de la reconnaissance Unesco.

Description ici :https://www.waterways.org.uk/shrewsbury/towpath_walk__horseshoe_falls___llangollen

Horseshoe Falls (Pays de Galles)

https://www.pontcysyllte-aqueduct.co.uk/attraction/horseshoe-falls/

Le site, classé World Heritage Site en 2009, forme un tout, un système : l’aqueduc en fonte célèbre, mais aussi le canal et les ouvrages hydrauliques : Thomas Telford ; l’ingénieur, est un personnage important dans l’histoire de l’industrie de Grande-Bretagne : son nom est aussi un argument dans cette histoire, cette cohérence : son nom a été donné à une ville nouvelle.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Telford

Pontcysyllte Aqueduct and canal consists of a continuous group of civil engineering features from the heroic phase of transport improvements during the British Industrial Revolution. The canal brought water borne transport from the English lowlands into the rugged terrain of the Welsh uplands, using innovative techniques to cross two major river valleys and the ridge between them. It was built between 1795 and 1808 by two outstanding figures in the development of civil engineering : Thomas Telford and William Jessop. Through their dynamic relationship the canal became a testing ground for new ideas that were carried forward into subsequent engineering practice internationally.

Plan de site : on voit les équipements touristiques dans l’environnement immédiat. cliquez sur la vignette.

It was inscribed as a World Heritage Site in 2009 and to be included on the World Heritage List, sites must be of outstanding universal value and meet at least one out of ten selection criteria. Pontcysyllte Aqueduct and canal meet the following three criteria :

  • Criterion (i) : The Pontcysyllte Aqueduct is a highly innovative monumental civil engineering structure, made using metal arches supported by high, slender masonry piers. It is the first great masterpiece of the civil engineer Thomas Telford and formed the basis of his outstanding international reputation. It bears witness to the production capacities of the British ironmaking industry, which were unique at that time.
  • Criterion (ii) : The intensive construction of canals in Great Britain, from the second half of the 18th century onwards, and that of the Pontcysyllte Canal in particular in a difficult region, bear witness to considerable technical interchanges and decisive progress in the design and construction of artificial waterways.
  • Criterion (iv) : The Pontcysyllte Canal and its civil engineering structures bear witness to a crucial stage in the development of heavy cargo transport in order to further the Industrial Revolution. They are outstanding representatives of its new technical and monumental possibilities.

Roumégous (Saint-Antonin-Noble-Val)

La chaussée est aujourd’hui modeste car le niveau aval de l’Aveyron a été remonté quand le moulin des Ondes a modifié son installation : chaussée plus haute, niveau d’eau remonté.

La forme de la chaussée est ancienne, sinon d’origine (pour des raisons techniques, pour alimenter les deux moulins sur chaque rive : Roumégous au nord et Fontalès au sud.)

Carte de Cassini vers 1800  ; cliquez sur la vignette.

Carte de Cassini (vers 1800) : les deux moulins sont signalés (comme les autres du secteur) par un dessin qui symbolise la roue dentée (roue verticale ou turbine horizontale).

carte Etat-Major XIXe siècle ; cliquez sur la vignette.

 

La carte dite d’État-Major (XIXe siècle) reprend la même disposition avec des appellations différentes (qui correspondent aux utilisations qui ont été changeantes)

Conclusion : la comparaison des deux équipements est bien sûr superficielle : les aspects esthétiques sont intéressants car ils sont une composante du patrimoine paysager. En ce sens, ils sont un bien commun. Au Pays de Galles, ils sont un point d’attraction pour les visiteurs qui peuvent s’approcher, s’installer sur l’herbe, profiter du paysage. A Saint-Antonin, les bords sont artificialisés (gîte et moulin de Roumégous) ou privés (Fontalès). Pourtant, dans les deux cas, la vue qui est un bien commun est une richesse.

A Saint-Antonin, la chaussée a une autre fonction : elle crée un miroir d’eau qui met en valeur le bourg (fonction voulue quand la gare était active et que les voyageurs arrivaient par la rive gauche, fonction toujours active, mais plus perçue quand on se trouve place des Moines avec l’escalier construit avec l’établissement thermal).

La comparaison peut aussi être approfondie car ces chaussées ne sont pas là par hasard ; la Galloise a été voulue pour l’industrie métallurgique dans le secteur : canal, énergie, lien avec Ironbridge…

la Française – comme ses voisines en amont et aval – est liée à la valorisation par les moines des abbayes (Beaulieu, Saint-Antonin…) pour l’énergie mécanique qu’elle offrait.

Dans les deux cas, nous sommes dans un système « industriel » : XIXe siècle, XIIIe siècle.

Outre la beauté des lieux, il y a une histoire économique – une fonction – qui se matérialise dans la forme.

Question : les Gallois ont réussi à garder la qualité hydrologique et à valoriser leur patrimoine.

Que peut faire la commune de Saint-Antonin, le pays Midi-Quercy, dans une démarche similaire ?

D. Perchet

Le rapport Belaval évoque le rôle de l’Etat dans la défense du patrimoine : pour les moulins aussi…

Extrait de l’article de Didier Ryckner paru sur son site « la Tribune de l’Art » ce 16 novembre 2018

https://www.latribunedelart.com/les-secrets-du-rapport-belaval#nh2

Dans le rapport (désormais public) Ph. Belaval pointe – entre autres – l’affaiblissement des services de la Culture accusés d’être une entrave au développement, à l’efficacité (ce qu’il récuse) et la perte d’audience du ministère (qui sera accentuée encore plus dans les temps à venir avec les réformes concernant le droit de l’urbanisme, du logement…)

Lisant les lignes que nous avons soulignées en les mettant en gras, on ne peut s’empêcher de penser à la problématique des chaussées et des moulins qui sont peu défendus par le ministère de la Culture (qui a proposé une grille d’évaluation de leur valeur patrimoniale – mais grille qui n’est que rarement mise dans le circuit des études préalables) et qui sont dans le collimateur des DDT au motif de la continuité écologique.

Le ministère de la Culture, bras armé de l’État pour la défense du patrimoine

Face à certains qui aimeraient voir le ministère de la Culture se diluer dans on ne sait quelle entité ou se désagréger en plusieurs opérateurs, il (Philippe Belaval) affirme clairement qu’« il n’y a aucune raison sérieuse de revenir sur [la] situation » actuelle où « le ministère de la Culture est l’acteur principal de l’État en matière d’architecture et de patrimoine » (p. 10).

Cette question du ministère de la Culture, de son rôle essentiel et, surtout, de son unité, est au cœur de la partie suivante du rapport.
Il y a, d’abord, les relations avec les autres ministères car, comme le souligne Philippe Bélaval : « la politique patrimoniale a une dimension interministérielle forte » (p. 11). Il faut donc que « le ministère renforce sa position au sein du concert interministériel, où de nombreux signes témoignent d’une perte d’audience, ressentie par les acteurs du secteur ».

Deux domaines lui paraissent dans un premier temps nécessiter un renforcement du rôle du ministère : l’architecture et les archives.
Pour l’architecture, le rapport constate qu’en dehors de l’organisation de la profession d’architecte et de la formation, via les écoles d’architecture, le ministère n’est pas suffisamment impliqué dans les autres dimensions de cette activité, ce qui est pourtant nécessaire pour ses relations avec les autres ministères en charge de question proches.
Retenons néanmoins ce qui, dans notre domaine, est essentiel : la division actuelle « entre les sites présentant « du point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager un intérêt public », protégés par le code du patrimoine et le ministère de la Culture, et les sites présentant « au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque un intérêt général », protégés par le code de l’environnement et le ministère de la transition écologique ». S’il est important d’aborder la question de cette dichotomie, le rapport ne va pas jusqu’à proposer une unification dans un grand ministère du patrimoine de ces deux composantes essentielles du patrimoine : les paysages et les monuments historiques. Il est néanmoins important qu’il le traite et qu’il souligne la nécessité d’une meilleure coordination entre les deux ministères qui passe par un renforcement du rôle de celui de la Culture.

Réunion Icomos à Paris sur les chaussées : un compte rendu important pour le pays Midi-Quercy

C’était le 4 juillet à Paris : Icomos  france.icomos.org est l’association française qui travaille sur le patrimoine, notamment pour l’Unesco. Icomos s’est notamment investi pour protéger le canal du Midi au moment où il était question de le transformer en autoroute urbaine ! Un atelier d’une journée a permis de faire le point à partir de trois interventions : le rapport du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) présenté par M. Brandeis, l’expérience de la Sèvre Nantaise et les difficultés du moulin de l’Ancette en Haute-Loire.

Dans cet article vous trouverez :

  • les points-clés
  • le compte rendu développé

Icomos France – Réunion du 4 juillet 2018
Cité de l’architecture – palais de Chaillot – Groupe de travail « espaces patrimoniaux

jour de crue à Saint-Antonin le 30 mai 2016 (photo DP)

Quels sont les points clés de la journée ?

Les conflits sont nombreux et sont généralement « non arbitrés » comme le dit Alain Brandeis. Comment sortir de ces blocages ?

  • Pour ce faire, les préconisations sont partout les mêmes :
    > un territoire pertinent qui vise large pour garder la cohérence de l’action : le pays ?
  • > une co-construction avec tous les acteurs concernés par l’eau en n’oubliant pas que la qualité de l’eau se joue en de multiples endroits et pas uniquement dans les seuils ; travail en groupe avec
    comité de pilotage, groupes de travail élargis, appel aux expertises extérieures… Donc prendre le temps..
  • > une démarche de confiance pour déminer tous les non-dits : depuis le diagnostic partagé (en passant par un débat amont sur les cahiers des charges) jusqu’aux choix qui sont les moins destructifs, surtout en économie touristique où l’eau est un atout de première force ;
  • Rappel de la loi qui propose de multiples solutions dont « ne rien faire » peut être une réponse. Dans les choix, les solutions radicales sont les dernières possibles.
  • > un travail partenarial où nature et culture (alliance clé pour Icomos) sont ensemble au service de la qualité : de l’eau, du patrimoine, du territoire, des habitants… Le travail sur l’eau est finalement un travail sur le développement du territoire : charte paysagère, PLUI, territoire à énergie positive, pays d’art et d’Histoire et plus tard scot.
  • > une démarche scientifique avec apport de connaissance venu des autres territoire et des autres pays ;
  • > une prudence car le patrimoine détruit ne se reconstruit pas ;
  • > un lien avec la politique énergétique en équipant quand c’est possible les moulins de micro-centrales ou en réservant la possibilité ;
    • > une évaluation de l’action qui prend en compte :
      >> la qualité de l’eau
      >> la valorisation patrimoniale
      >> l’adhésion sociale
      >> le fonctionnement participatif.

Cliquez sur le lien pour récupérer le compte-rendu de  la réunion que j’ai pu faire à  partir de mes notes personnelles.

compte-rendu icomos 4 juillet Paris

A propos de la qualité de l’eau : les priorités de l’Europe

On accuse l’Europe de tous les maux quand on veut se défausser… A propos de la directive européenne sur l’eau, voici l’arbre de décision tel que la CE l’a adopté.
Trois priorités dans l’ordre : le biologique, le chimique, le morphologique… Les chaussées, les obstacles sont dans cette dernière catégorie. Mais il est plus facile de s’attaquer à une chaussée qu’à un pesticide qui vient des champs avoisinants ou lointains par les circulations souterraines…