Centre-bourg : une tare ?

D’après des propos qui me sont revenus, je serais un fanatique du centre, du centre-bourg (comme ailleurs des centres villes). Dans toutes les études d’aménagement urbain que j’ai conduites, j’ai toujours prôné la revitalisation des centres qui, depuis longtemps, sont mis à mal par l’évolution conjointe du modèle commercial (les grandes surface), de circulation avec l’automobile (chacun dans sa petite maison sur roues) et  de l’habitat : le pavillon (ne pas se mélanger  avec des gens qu’on n’aime pas forcément).

Ce modèle est mort, mais comme le canard, même la tête coupée, il continue à marcher. Du moins dans certains territoires. Car un peu partout, les maires commencent à intégrer ce que disent les urbanistes, les sociologues, depuis 10-15 ans : il faut revenir à la notion de ville, que ce soit pour des raisons de cohésion sociale, parce que le modèle de la grande distribution se défait et parce que le défi écologique pousse à un retour au centre.

Un peu partout, mais pas forcément à Saint-Antonin ou dans d’autres communes du pays. Lors de la réunion du Scot, j’ai bien entendu que, derrière le discours vertueux du comité de pilotage, il y a des réticences : il faudrait  encore des terrains pour accueillir des nouveaux habitants qui veulent des maisons, encore des zones d’activité pour accueillir des entreprises. Mais lesquelles au fait ?

Ne pas penser l’avenir avec les idées d’avant

Saint-Antonin est, après Saint-Etienne-de-Tulmont, la commune qui a consommé le plus de terrains, artificialisés comme on dit pour des maisons, des équipements. Certes, le centre bourg est bien serré, mais faut-il imaginer que la maison médicale parte à Fontalès ? Je me vois bien, un de ces jours,  marcher à petit pas pour aller voir le médecin.

Il a donc été rappelé dans le Scot que les zones d’activités sont faites pour accueillir des activités de production qui seraient gênantes ou ont besoin d’espace pour artisanat ou industrie. Que leurs parkings pourraient être mutualisés, verdis pour en limiter l’impact. Et que les activités de commerce ou de services n’ont rien à  y faire.

L’association des maires des villes moyennes s’inquiète  et dit « il va falloir apprendre à gérer le déclin des zones périphériques ».  Et redéfinir ce qu’est une centre, surtout dans une ville médiévale comme Saint-Antonin.

En guide de voeux pour 2020 : gare au désir de béton…

Meilleurs voeux pour 2020 avec cette image faite au pochoir sur un mur du côté de Saragosse : avant de faire tourner les bétonnières, faisons attention : en écrivant cela, je pense bien sûr à la place des Moines, mais aussi à la place Mazérac (et d’autres lieux dans le pays…)

Les problèmes d’aménagement ne se résolvent pas toujours avec des chantiers ou en tout cas, ils se résolvent mieux quand ils sont passés par la case « co-construction » entre les parties prenantes, sachant que la concertation n’est souvent qu’une façade, un faire-semblant pour faire avaler les décisions déjà prises en les habillant de quelques concessions…

Place des Moines encore : lisez et voyez ce message de John Dawson

PLACE DES MOINES, SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL

Comme vous le savez peut-être, le conseil municipal de St-Antonin a fait établir par des architectes externes des plans pour la rénovation de la Place des Moines.  Leurs terribles dessins ont provoqué l’indignation dans la ville et des tentatives sont faites pour empêcher que cela n’aille plus loin.  Une exposition est présentée au Café de la Halle et la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin (SAVSA) a organisé une lettre ouverte au Conseil municipal que chacun peut signer en ligne.

J’ai fait un petit diaporama qui s’agrandira si vous cliquez dessus et vous pourrez ensuite passer en mode plein écran.

 

Vous pouvez signer la lettre de SAVSA ici: https://framaforms.org/projet-damenagement-de-la-place-des-moines-1564847238

Place des Moines : compte rendu de la réunion-débat du 22 octobre : un débat et des propositions

deux états : l’ancien et le futur
Le maire, Gérard Agam, est resté droit dans son projet, malgré une demande de « sursis » à statuer.

les comptes-rendus sont publiés ici : http://savsa.net/compte-rendu-de-la-reunion-debat-sur-la-place-des-moines-images-son-textes

La Dépêche a publié un article qui a été relayé ici : http://savsa.net/revue-de-presse-la-depeche-place-des-moines-la-parole-aux-habitants

Les participants ont pu poser les questions de détail ou plus générales. Globalement, l’assistance a découvert les propositions de Silène de Beaudouin et Caroline Bernard, urbaniste et architecte avec un autre regard : mais cela n’a pas convaincu le maire qui souhaite faire voter par le conseil municipal en novembre sur ce dossier et faire adopter (avec quelques aménagements mineurs pour faire plaisir) le plan qui a été montré.

Ce dossier pose une fois de plus la question de la méthode d’élaboration des projets ; la concertation ne peut se résumer à une consultation in fine et à un travail avec une commission extra-municipale restreinte et qui ne peut entrer dans le fond des dossiers.

Patrimoine et mobilité ; quelques instantanés

Comment parler de développement « raisonné » ou durable centré sur le patrimoine tant qu’on n’a pas résolu la compétition pour l’espace…

Visite guidée en anglais de la ville et découverte de la maison romane : pour avoir un peu de recul et une vue d’ensemble de la façade, il faut pousser fort !

Cette autre photo (la quatrième, en bas de pageà prise un dimanche matin avenue de la gare est elle-aussi très parlante…

A propos : Jean-Pierre Charbonneau : « pour un urbanisme du doute »

L’article paru dans « Tous urbains » nous rappelle que les décisions prises  – même simples – peuvent avoir des conséquences complexes : chaque objet mis en lumière, on le sait, a une face sombre et projette une ombre. J-P Charbonneau, dans cet article, préconise le doute systématique. Les aménageurs qui travaillent sur le patrimoine savent aussi que la réversibilité est un critère de sagesse.

Presses Universitaires de France | « Tous urbains »2019/2 N° 26 | pages 16 à 17

https://www.cairn.info/revue-tous-urbains-2019-2-page-16.htm

Aucun rapport avec le doute et l’urbanisme, sinon « porter le chapeau » !

Exemples  ils sont très parlants : « au nom de l’emploi », gentrifier, débattre… »

(…) Jadis, je critiquais le manque de détermination à fermer les usines de fabrication des armes dont nous critiquions l’usage, en Afrique notamment. Qui à présent refuserait l’implantation d’une telle usine dans son territoire et les emplois induits ? On parlera pudiquement de développement économique.

Dans les cœurs historiques paupérisés de certaines villes coloniales d’Amérique latine, rénover le patrimoine architectural, les logements, conduit à en chasser les habitants pauvres. Faut-il pour autant consacrer une situation telle qu’elle est, au risque, comme à Marseille récemment, de mettre en péril la vie même des gens ?

Plus près de nous, aménager une place fait monter les prix au bénéfice des propriétaires et au détriment de ceux qui ne le sont pas. Un espace public est censé être au service de tous mais a des conséquences qui en éloignent certains. Faut-il alors le laisser dans son statut de parking et l’empêcher de jouer un rôle urbain, social, culturel ?

Lutter pour le climat implique de diminuer les déplacements en voiture et touche notamment ceux qui, dans les petites villes, ont organisé leur vie autour de ce moyen de locomotion. Doit-on ne pas les écouter au regard de l’urgence climatique ?

Dans une ville accueillante, on doit pouvoir s’asseoir. Un banc est un service pour les personnes âgées, pour le repos. Mais un banc est aussi le lieu où des jeunes discutent la nuit, gênant les résidents. Doit-on supprimer les bancs, oublier que la jeunesse est un âge légitime ?

Chaque réunion publique est l’occasion d’entendre comment des lieux sont utilisés et par qui. Faut-il pour autant consolider les pratiques actuelles ou doit-on permettre une évolutivité qui permettra d’accueillir des usages que l’on ne connaît pas mais qui adviendront ?

“On ne termine pas car aucun territoire, aucun lieu, aucune ville n’est achevé. Tous évoluent, faisant du sujet urbain un sujet en mouvement continu. Il faut juste le savoir et intégrer que nous ne sommes que de passage ».

(…) Les contradictions sont inhérentes à l’action urbaine. Est-ce à dire qu’il ne faut pas agir ? Bien sûr que non car bien des situations sont insatisfaisantes et ne peuvent être laissées en l’état. Ne pas agir doit être décidé et non subi, réfléchi et non le résultat de l’échec d’une société urbaine destinée à s’entendre pour avancer, s’améliorer grâce à des initiatives concrètes.

Alors il ne faudrait pas avoir la prétention de décider et de tirer à vue sur tout ce qui est issu de la démocratie élective ? Laisser faire le naturel conduit souvent à des impasses, à des conflits parfois productifs mais le plus souvent bloquants. De plus, ne pas décider laisse le champ libre au plus fort, au plus puissant, au plus riche et oublie ceux qui ne sont ni l’un, ni l’autre.(…)

Place Mazérac au coeur de Saint-Antonin : vigilance

Elle est presque secrète, au centre du bourg. Elle a comme particularité d’être inaccessible aux automobiles. Les photos prises ce dimanche ensoleillé  montrent un espace qui a été nettoyé et qui est de ce fait, à la fois accueillant et un peu endormi. Il est vrai que, à cette heure,  le restaurant du Capharnaüm n’a pas encore installé ses convives dans le passage qui mène à la place.

Cette place n’a pas été « aménagée » mais il paraît que cela fait partie des projets. Si c’est pour arriver à une réalisation comme la place Pomiès, modernisée à coup de design, d’acier Corten, de minéralisation (sous le couvert de faire un espace « grand siècle » dans l’esprit de ce que fut le couvent des Génovéfains) ou la place du Four-Neuf…. il faut s’inquiéter. Les arbres vont-ils disparaître (alors qu’on nous dit qu’il faut tout préserver) ? Va-t-on nous parler d’animation, alors que la ville a besoin d’espaces qui permettent de temps en temps, de faire retraite de l’agitation touristique ?

Bref, pour l’instant, gardons l’esprit positif : l’époque n’est pas aux grands projets. Mais si j’ai employé le mot de vigilance, c’est sciemment. Cette vigilance devrait être collective pour que le projet tienne autant compte des atouts de la place (son « isolement », le passage de l’eau par un petit canal sur un des bords, la vue arrière sur la maison romane…) des avis des riverains et de tous les habitants et « usagers » de la ville.

A propos de ronds-points en jaune, une réflexion sur la notion de place publique

Restons en général : 

Place publique (agora des Grecs, forum romain…) aux deux sens du terme : un lieu où l’on peut se rencontrer, discuter, échanger… et une place dans la cité, un lieu physique. Tout ceci est en cause, souligné  les géographes qui travaillent sur l’évolution de la ville. D’un côté, une ville qui se périphérise, notamment avec les centres commerciaux, les commerces puis les services… de l’autre, un centre ville qui se vide, rideaux de fer ou volets de bois des commerçants fermés, logements fermés, services publics qui se raréfient… et sur cette place qui devrait être un forum, des voitures : car tout vide est immédiatement convoité par l’automobile..

A ce sujet, lisez cet article paru dans le Mondehttps://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/11/gilets-jaunes-pour-debloquer-les-ronds-points-il-faut-aussi-penser-la-renaissance-de-vrais-espaces-publics_5407899_3232.html

Géographe, je suis évidemment attiré par les analyses des géographes. Cela n’élimine pas les réflexions sociologiques, politiques, économiques, mais le territoire est en quelque sorte la concrétisation des tensions, des évolutions, des renoncements et le lieu où habitent les hommes.

Passons au particulier  Au moment où s’ouvre un débat – dont on ne sait de quoi il traitera – on voit bien qu’une demande d’horizontalité est forte : l’idée, captée il y a quelques jours en ce début de janvier,  de recréer un lien entre les associations de la ville est particulièrement pertinente. Au-delà d’avoir une vitrine pour recruter, une journée des associations pourrait être aussi le lieu d’un débat sur la ville, sur ce que nous sommes, ce que nous en faisons et ce que nous pourrions en faire…

Article du Monde :

« Gilets jaunes » : « Pour débloquer les ronds-points, il faut aussi penser la renaissance de vrais espaces publics »

Avoir choisi les ronds-points et les péages comme scènes de la contestation en dit long sur le besoin de ré-appropriation des espaces publics comme lieux d’expression, estime l’urbaniste Yoann Sportouch dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Quelles que soient les modalités du « grand débat » national annoncé, la manière dont le public participera à ces échanges sera fondamentale. Or, la façon dont les « gilets jaunes » ont investi l’espace peut nous renseigner sur la meilleure façon de faire naître une véritable horizontalité démocratique. Pour ne citer que Taksim [en Turquie, en 2013], Maïdan [en Ukraine en 2014] ou Occupy Wall Street [en 2011], les mouvements contestataires naissaient jusqu’ici sur des places. Pourtant, cette fois-ci, ce sont les ronds-points et les péages qui se sont colorés de jaune. Que penser de cette réorganisation spatiale de la contestation ? Pourquoi les places n’ont-elles pas joué leur rôle habituel et ont été remplacées par des lieux de transit ?

San Luis – Argentine : Les scientifiques ont découvert une nouvelle forme de discussion : en direct, à travers la voix, en 3D : ils l’appellent prendre un café en compagnie (Photo DP)

Proprement fonctionnels, peu valorisés et souvent représentatifs de cette France péri-urbaine, les ronds-points sont les symboles d’une mobilité toujours plus contrainte. Ils voient passer quotidiennement des millions d’automobilistes travaillant souvent dans la ville-centre située non loin et habitant dans le périurbain proche. Si bien que tout porte à croire que le choix de ces non-lieux est d’abord le reflet d’un vécu quotidien. S’ajoutent à cela des centres-villes à l’abandon, des petites lignes ferroviaires laissées pour compte et bien d’autres services publics en déshérence… Ne restent alors que les péages et les rond-points qui assurent, eux, une connexion obligatoire et tributaire à la ville-centre.

L’espace public tel que le définit le philosophe allemand Jürgen Habermas est un espace intermédiaire entre la société civile et l’Etat, un lieu accessible à tous les citoyens et au sein duquel ils peuvent s’assembler pour y former une « opinion publique ». Aujourd’hui, dans ces régions périurbaines, l’espace public n’est plus, on le sait, créateur de synergies entre les habitants. En résumé, pour débloquer les ronds-points, il faut aussi penser la renaissance de vrais espaces publics.

Lieux communs

Vu en Sicile début 2018 : pas sûr que cela fonctionne mais l’endroit existe. (Photo DP)

Le lieu de la démocratie est celui du commun. Alors quoi de mieux que notre cadre de vie pour faire renaître la démocratie locale ? Pour cela, nous devons d’abord revaloriser et préserver les lieux où naissent les débats, qu’il s’agisse des places, des cafés de quartier. Mais pour cela, la conception de ces lieux de vie ne doit plus être réalisée selon le seul prisme de la rentabilité économique, mais dans une logique d’interaction avec l’ensemble des autres équipements et commerces de la commune.

Nous devons également créer de nouveaux espaces de dialogue, là où les citoyens pourront demain se retrouver ensemble pour exprimer leurs difficultés et imaginer des solutions. De tels tiers-lieux fleurissent déjà dans les grandes villes mais, à l’image du V à Dole (Jura), ou du 100e Singe à Belberaud (Haute-Garonne), on voit qu’il est aussi possible d’étendre cette tendance aux moyennes et petites villes. L’objectif final est de recréer des espaces dignes de l’agora antique. Pour répondre à cet objectif, le mobilier urbain peut aussi entrer en jeu pour inviter à la rencontre. Des designers urbains créent et innovent déjà pour favoriser l’intelligence collective entre habitants.

D’autre part, nous pouvons faire de la culture locale un média pour créer un dialogue entre les citoyens. En ce sens, les « maisons de la citoyenneté », les salles communales et les autres « maisons » de projets urbains, sous-utilisées aujourd’hui, peuvent jouer ce rôle dans certaines villes. Et pourquoi d’ailleurs ne pas s’emparer d’autres lieux communaux comme les mairies ou les stades pour créer des agoras où chacun peut s’exprimer ? (c’est nous qui soulignons).

Entretenir la démocratie locale

Un autre moyen de redonner de la légitimité à l’expression dans l’espace public est aussi de développer l’éducation populaire, à l’image du projet Ilotopia développé à Nantes qui vise à donner aux citoyens les outils de connaissances et d’expression du politique. Les citoyens peuvent être formés à la politique locale, par exemple par des conseils municipaux plus ouverts.

De plus, et même si la fracture numérique limite encore leur utilisation, des applications de démocratie participative émergent pour faciliter la remontée de la parole des habitants, tel que Stig, qui permet aux citoyens d’émettre des idées et de voter pour les plus pertinentes. Ces « civic-techs » se révèlent être de nouveaux espaces publics même s’ils restent virtuels et non accessibles à tous.

En résumé, de nombreux enjeux s’entremêlent pour penser des territoires plus démocratiques. Le « grand débat » national devra forcément les aborder. Dans l’optique de ce grand chantier, il s’agit surtout de penser le temps long, à l’image de celui qui façonne nos villes. Car au-delà des annonces politiques et des renouvellements de mandats, il ne reste que les institutions, le cadre de vie et bien sûr les citoyens pour entretenir la démocratie locale. C’est pourquoi la qualité des espaces publics est aujourd’hui, et sera encore pour longtemps, forcément reliée à la démocratie locale. Multiplier les espaces de dialogues, physiques ou numériques, permettra de donner l’envie pour tous de débattre pour un avenir en commun et durable. Et ainsi faire du débat une véritable pratique de la ville !

Yoann Sportouch est fondateur de l’agence de prospective urbaine LDV Studio Urbain et rédacteur en chef du webmagazine « Lumières de la ville ».

Bourg-centre et centre bourg

Le programme régional lancé fin 2017 pose un problème de vocabulaire* dont l’examen montre une ambiguité certaine (dont on ne sort qu’à ses dépens). Il est donc important de clarifier les deux options

Bourg-centre : en aménagement du territoire, une localité (qui n’a pas la taille ni la structure, ni les fonctions d’une ville) qui « organise » la vie d’un territoire : services privés et publics, loisirs, ressources collectives…

Centre-bourg (par analogie avec le centre ville) : partie centrale où se concentrent les activités, la vie urbaine, les aménités.


Selon le sens de lecture entre les deux mots, on n’agit pas de la même façon, même si les deux actions sont liées : il est difficile d’activer l’attractivité d’un bourg si son centre est en capilotade. Dans un cas, on raisonne sur des équipements qui « attirent » les communes voisines, dans une compétition entre bourgs-centres concurrents.Dans ce cadre là, les villes se sont entre-tuées dans une surenchère de zones commerciales…

Dans l’autre, on investit pour que les rues soient animées, les friches commerciales ravivées, les animations culturelles, sociales, économiques. Que l’envie de venir au centre, d’y habiter soit mise au coeur du projet (et désormais dans le cadre du développement durable, de la cohésion sociale…)

Le dossier Occitanie (accessible ici https://www.laregion.fr/appelsacandidatures-bourgscentres-occitanie ) ne parle pas forcément de la même chose : son texte est un mix entre les deux options…


En 2014, le gouvernement a lancé un programme expérimental :

Alors, dans le Tarn-et-Garonne, trois communes étaient identifiées : Saint-Antonin-Noble-Val, Montech et Lauzerte.

Les critères d’alors : risque de périurbanisation et déclin démographique sont étonnants pour Saint-Antonin qui a une population qui vieillit certes, mais qui ne diminue pas  et qui n’est pas périurbaine. Les problèmes sont ailleurs.

En 2017, le site insiste bien sur la revitalisation du bourg :

« La dévitalisation des centres-villes est un enjeu important pour les politiques d’aménagement. Le Gouvernement souhaite conforter la présence de centres-bourgs dynamiques et animés, dans les campagnes et dans les zones périurbaines. La perte d’attractivité de nombreuses petites communes dans ces territoires est un phénomène qui interpelle la qualité de vie, la cohésion sociale et le développement économique local. »

Nous ne résisterons pas à citer ce paragraphe : http://www.centres-bourgs.logement.gouv.fr/impliquer-la-population-dans-la-demarche-r135.html

Un projet de revitalisation de centre bourg, se construit pour et avec la population. Les acteurs locaux constituent en effet un élément essentiel de la réussite du projet, dès le stade du diagnostic qui inclut les usages et les représentations du territoire. La définition des actions prendra en considération la façon dont les habitants perçoivent et expriment les enjeux de la revitalisation.

Cependant la participation active des habitants, si elle est souhaitable, ne se décrète pas. Ils doivent se sentir associés, responsabilisés pour définir leur cadre de vie et faciliter des changements de pratiques plus en adéquation avec leurs besoins et leurs aspirations. La mise en œuvre du projet de revitalisation dépend directement de l’action d’acteurs locaux, économiques, associatifs, médico-sociaux et de l’implication quotidienne des habitants qui peuvent se mobiliser à divers titres : en créant eux-mêmes de l’activité, à titre professionnel en tant qu’artisans, commerçants, libéraux, agriculteurs, à titre privé en tant que bailleur investisseur dans des logements, en faisant vivre le bourg en tant que client de ces commerces, consommateur et usagers de services publics et privés, promeneur dans les espaces publics du centre-bourg, en promouvant sa commune auprès des visiteurs, de ses relations…

La revitalisation du centre bourg représente donc un processus de transition qui nécessite une adhésion large pour trouver et mettre en œuvre ensemble un modèle alternatif au « tout étalement urbain motorisé ».

Le dossier de candidature demande qu’on explique comment se fera la concertation : il est inutile de dire que le contenu proposé est capital.

68/ Organisation prévue au titre de la concertation locale

Acteurs et partenaires locaux qu’il conviendrait d’associer :

Moyens envisagés pour sensibiliser et mobiliser les acteurs locaux :

Il  est important que les problèmes soient identifiés et ils ne se résument pas tous à des « investissements » classiques et relèvent parfois plus de l’innovation sociale et technique. A Saint-Antonin, comment gérer l’économie touristique qui pèse lourdement sur la vie ordinaire (difficulté d’avoir des commerces de base, prix élevés, logement  difficile…). Par ailleurs, l’urbanisme médiéval appelle des solutions innovantes si l’on veut que le label grand site, le label cité du bien-vivre (cittaslow) soient de réels atouts. Enfin, l’investissement culturel (pays d’art et d’histoire, musée, patrimoine, enseignement) sont de réels atouts. Mais tout ceci ne peut se traiter d’en haut, verticalement. La concertation, le débat participatif (y compris avec les étrangers très attentifs à la notion de qualité de vie) sont la voie royale.


* Le fait que cet article entre dans deux tags : « aménagement du territoire » et « aménagement urbain » montre bien la différence entre les deux concepts.

Documentation : exemples de dossier en Occitanie dans le programme 2014.

http://www.centres-bourgs.logement.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=331

 

Une passerelle sur l’Aveyron ? Une idée bien problématique

Sans signe avant-coureur *, voici que surgit en conseil municipal de Saint-Antonin, l’idée du passerelle entre les deux rives de l’Aveyron. Nous avions entendu parler d’une passerelle flanquant le pont actuel * * pour permettre aux piétons de circuler sans se faire écharper par les voitures et les camions.

Là, il s’agit de tout autre chose. Il faut répartir le parking (rive gauche) sous les platanes de l’ancienne allée menant à la gare et la visite de la ville, en passant en toute sécurité. Puisqu’il paraît impossible de réguler le trafic des poids lourds en bordure du bourg médiéval (ils sont également dangereux et polluants tout au long du passage), il faut proposer un passage piétonnier.

Nous ne pouvons pas comparer  le prix des  formules : le long du pont, c’est non chiffré ; l’exemple montré à Figeac par Saint-Antonin-Demain. Cela a coûté 1,1M d’euros pour une portée de 42 mètres sur le Celé avec une pile centrale. voir : http://www.mimram.com/?project=passerelle-a-figeac

Mais indépendamment du coût (ce qui n’est pas rien – mais que ne ferait-on pas s’il y a des subventions), cela pose des questions :

> si on arrive à l’allée de platanes, on part d’où ? De la place des Moines ? Et comment fait-on l’intégration esthétique entre deux mondes : une place qui sert de belvédère pour admirer l’eau et une passerelle qui brise ce qu’on appelle le « cône de vue » ?

> le site, la vue (la rivière, les rives) ne sont-ils pas protégés comme patrimoine historique ?

> Quelle cohérence entre une politique de revitalisation du centre bourg (voir par ailleurs dans ce blog la réflexion sur le sens des mots : centre-bourg et bourg-centre)  et un investissement qui facilite l’accès à la grande distribution, zone de Fontalès ?

> Comment peut-on apprendre une telle proposition (qu’on découvert les conseillers municipaux le soir du 18 janvier) sans qu’une information et un débat aient eu lieu ? Notamment les commerçants, mais pas qu’eux ?

Tout géographe sait qu’un tel investissement n’est pas que matériel : il modifie profondément les habitudes, les circulations, les liens sociaux. Donc plaidons pour que la sécurité nécessaire ne se fasse pas au détriment de la qualité de vie et de la vie tout court du bourg ancien.

* Signalons pour être exact que cette idée a été également publiée en janvier dans la lettre Saint-Antonin-Demain (opposition de gauche), ce qui a nous a paru étonnant, dans la mesure où les arguments échangés avant étaient centrés sur une passerelle latérale au pont et non pas une passerelle nouvelle reliant les deux rives (et facilitant également l’accès à la zone commerciale de Fontalès).

capture d’écran Google Maps la passerelle/

* Comparaison avec Verdun-sur-le-Doubs : attention, c’est une passerelle étroite (déjà ancienne) et métallique : à Saint-Antonin, nul besoin de métal mais on peut imaginer une largeur qui permette à deux poussettes de se croiser…

http://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2015/12/26/la-passerelle-securisee

Cela devrait être un des premiers chantiers de l’année 2016 pour la municipalité verdunoise. La passerelle du pont Saint-Jean, qui mesure 55 mètres de long, va subir un sérieux lifting à partir du printemps. (…) Abîmées par la rouille, les plaques qui forment la passerelle vont être réhabilitées, puis repeintes.

La partie du dessous renforcée

Quant à la partie située en dessous de la passerelle, détériorée par l’érosion, elle va être renforcée. La ville devrait investir entre 15 000 et 20 000€ pour effectuer ces réparations.

http://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2016/10/06/la-renovation-de-la-passerelle-saint-jean-est-prevue-pour-novembre