A propos du dossier Grand Site

souvenir de saint-antonin

A propos du dossier Grand Site

ce texte a été diffusé le 26 juillet 2019
il a été suivi d’un autre (voir dans ce blog : https://nobilis-vallis.eu/archives/1385)
la présentation de Saint-Antonin est accessible par ce lien (format pdf)  presentation sanv
Il y a quelques jours,  j’ai pointé les subtilités qui différencient Grand site de France (site naturel classé)  et Grand site Occitanie (pour ceux qui veulent entrer dans ces détails) du label Grand Site de France. Pour être labellisé, il faut faire acte de candidature comme pour le pays d’Art et d’Histoire…
Le label Grand Site de France est un label décerné par le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui vise à promouvoir la bonne conservation et la mise en valeur des sites naturels classés français de grande notoriété et de très forte fréquentation. Cette réglementation est intégrée dans le Code de l’environnement depuis la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement. (source Wikipédia)
Pour Occitanie, c’est une autre démarche qui ressort plus du marketing touristique : attirer le chaland…
Mes réflexions ne portent pas sur la pétition (je rappelle que je ne l’ai pas signée)  mais sur ce qu’elle met en évidence: des incompréhensions qui naissent d’un déficit de démocratie participative.
Adhérent de Côté Noble Val, je pense qu’on peut discuter de ce dossier notamment sur ce qu’il révèle, justement pour agir sur les pratiques et peut-être se dire que « Grand site » n’est pas forcément « Foire du Trône » (encore que cette Foire fait désormais partie du patrimoine) ou « visite express »…
Ce qui est en débat, ce n’est pas le tourisme, c’est le tourisme de masse ou plutôt le tourisme irrespectueux : il faut habiter dans le centre bourg pour voir ce que donne ce tourisme irrespectueux :  les pollutions sonores (la musique à fond la caisse, les poivrots bourrés qui chantent dans les rues au milieu de la nuit, les motos qui pétaradent, les voitures qui enlèvent les bornes « voie piétonnière » pour s’affranchir de la réglementation (bonne pour les autres : « vous comprenez, moi je travaille »), les pollutions visuelles ou pollutions tout court ; les crottes de chien, les canettes de bière, les bouteilles d’eau à la dérive dans l’Aveyron, les emballages un peu partout : bref, tout (ou tous) ce qui confond une ville qui a des habitants avec une foire ou une aire de jeux. Dans ce registre; il n’y a pas que les touristes d’ailleurs qui sont sans respect pour ce Grand site ! Stationnement envahissant, grosses voitures qui s’engagent dans des ruelles pas faites pour elles et qui manoeuvrent à la peine, poubelles ou déchets déposés dehors pour qu’on en profite.
Est-cela qu’on appelle Grand site ?
La présentation du dossier grand site telle qu’elle a été faite dans la dernière parution de la Gazette (reçue il y a peu vers le 20 juillet) est irréprochable, impeccable. On ne peut que souscrire au projet tel qu’il est présenté. Mais est-il irénique ? Comment faire pour rester dans cette vertu ?
le dossier est accessible par ce lien via ma dropbox :  cliquez pour le télécharger https://www.dropbox.com/s/yn5u5ubqf2wggyj/Candidature%20Bastides%20et%20Gorges%20de%20l%27Aveyron-2.pdf?dl=0
Ce qui est dit dans le site de la QRGA
aurait pu être dit plus tôt et participer aux commissions touristiques pour élaborer le contenu aurait pu nous être proposé en amont, pour élaborer le projet global du grand site, ce qui aurait eu un impact sur les incompréhensions, à coup sûr. 
 
Le déménagement de l’office (au moment de l’achat par la commune de la maison Muratet)  ainsi que l’idée d’un hôtel m’ont bien été évoqué dès au début de la période où on a parlé Grand Site par quelqu’un de bien informé, m’ajoutant plus tard que pour l’hôtel, les « privés » avaient reculé devant l’impossibilité de rentabiliser l’investissement. La conversion de la friche Fonsagrives et du rez de chaussée de la maison Muratet pour mieux rapprocher l’OT du centre du bourg (et peut-être de se mettre près du futur musée) était bien une hypothèse qui circulait et pas du tout liée à des infox (fake news) de la pétition. 
La disqualification des « non résidents » ou des nouveaux résidents » (article paru dans la Dépêche) qui se mêlent du patrimoine local est une vielle antienne quand il y a un débat vif entre porteurs de projets et habitants. Faut-il être résident depuis 4 générations et avoir sa tombe familiale au cimetière pour être capable d’échanger ? Le patrimoine fait partie du « bien commun » local, régional, de l’humanité. Sinon, pourquoi s’émouvoir de la déforestation de l’Amazonie, de la destruction de zones de pêches, de l’urbanisation galopante ou de la destruction des services publics ? Nous sommes citoyens du monde, semble-t-il… A ce jeu-là, on pourrait répondre : combien d’entre nous vivent dans le bourg et voient ce qui se passe après la fermeture des commerces et services ?
La question centrale, maintenant que cette affaire est lancée (mais pas signée encore… ou alors, nous ne sommes pas au courant) c’est d’une part « pourquoi faire », assortie d’une question subsidiaire qui n’est pas si minime que cela : comment cela va se faire ? Car le Grand site n’est pas uniquement Saint-Antonin, ni même QRGA…
 
Pourquoi faire  ? Si c’est du marketing dans une compétition du genre « la mienne est plus sexy que la tienne », c’est inquiétant car la compétition amène des surenchères ou des compromissions. Espérons que le projet restera dans une logique de type « cité du bien-vivre, cittaslow », encore que cette logique est plutôt en sommeil à Saint-Antonin, où il ne reste plus que la mention « slow tourisme » et la prune de Saint-Antonin. Le reste ne danse plus le slow mais a valsé ! Il faudrait relancer le label et la gestion participative qui va avec (ce que j’ai demandé – personnellement –  à la mairie, mais sans réponse à ce jour). Dans la charte, il y a une mine d’innovations possibles qui touchent tout aussi bien la ville, le commerce, la culture, l’écologie… Encore faut-il creuser dans la mine !
Comment faire ? 
Etre consulté après n’est pas suffisant ! Or, dans la plupart des dossiers, la concertation est a minima quand elle existe. C’est le point central qui renvoie à ma remarque du début sur la participation : si, avec la mairie, la concertation fonctionne cahin-caha (on va voir la réunion du 5 août sur les choix possibles de la place des Moines : y a-t-il encore des choix ?), avec la communauté de communes, il n’y a rien !
Or on peut s’inquiéter : par exemple on nous vante la préservation du patrimoine (mais pendant longtemps, la QRGA a poussé à l’effacement des chaussées des moulins) ; espérons que les autres dossiers qui arrivent sur la pile seront plus pro-actifs : la grotte du Bosc par exemple.Il faut absolument qu’une culture du faire-ensemble se développe.
A titre de comparaison, les recruteurs (en général) s’intéressent de plus en plus aux centres d’intérêts des candidats hors travail, les « soft skills » car ils apportent une vraie valeur ajoutée aux compétences attendues. Dans ce pays, dans cette ville, j’ai souvent souligné l’abondance de compétences cachées ou discrètes parmi les habitants, qu’ils soient français ou étrangers. L’enjeu est de les intéresser, les mobiliser, les intégrer, dossier par dossier : dans le travail sur dossier, on aurait peut-être plus d’originalité que le recours systématique à des bureaux d’études dont les compétences sont réelles mais l’implication plus distante (voir https://nobilis-vallis.eu/archives/1287 le rapport sur la crise de l’expertise et la défiance) : il me semble que dans la pratique cittaslow, cela pourrait être un élément qui apporterait différence, richesse… Encore faut-il en avoir l’envie !
Bref, dans ce dossier comme dans beaucoup d’autres, le dialogue et la participation en amont sont nécessaires et ne doivent pas être vus comme une contrainte mais un atout.
Et personnellement, j’ajoute que l’enjeu n’est plus la croissance (même habillée de façon soft comme « développement durable ») mais la crise écologique, ce qui change tout. La politique de Grand site pourrait très bien être au service de ce nouvel enjeu. Je propose que, dans ce Grand site, on privilégie ce qui est intimement lié à la spécificité de Saint-Antonin ; l’Histoire, le patrimoine, l’accueil :  étudiants, chercheurs, associations impliquées, intéressées, personnes motivées… ce qui demande d’une part des structures d’accueil (autour du nouveau musée et de la médiathèque) pour exposer, documenter, chercher, s’informer, visiter… et la mise en valeur des ressources  patrimoniales (la ville, les hameaux, les paysages…) , des archives, ce qu’on appelle un centre de ressources autour de l’histoire du Rouergue et du Quercy (au sens large)  et plus si affinités.  Compte tenu de la richesse de cette région,  il y a de quoi faire. Je regrette l’Université d’été (qui pourrait être en demi-saison), je pense qu’avec les services de l’Inventaire, les AD, les associations, les personnes qui connaissent le coin…on a un patrimoine exceptionnel à valoriser, y compris sur le mode marchand : certes, c’est pas le même monde que la bimbeloterie, mais les activités telles que le vrai artisanat d’art, les antiquités, la librairie (sans compter les cafés et restaurants de circuits courts, ou bios ou tout simplement de qualité : c’est dans les cafés que les philosophes des Lumières ont refait – effectivement – le monde !
Indépendamment de la  pétition : point de friction (pour moi personnellement) : nous sommes nombreux à nous investir dans un dossier « pays d’art et d’histoire », label très valorisant, qui correspond au pays Midi-Quercy…
Or les deux grands sites qui touchent au pays démembrent cette unité territoriale en mettant Bruniquel avec Cordes et Saint-Antonin avec Najac et Villeneuve (qui soit dit en passant oscille entre Grand Site Midi-Pyrénées et Grand site Occitanie  « Bastides et gorges de l’Aveyron »  – et cite Saint-Antonin décrit de cette façon « Saint-Antonin Noble-Val fait le guet du haut de ses falaises. » Cela commence bien !
Quelle cohérence dans ces politiques régionales ?  La carte de la région est plus laconique
elle ne cite dans le secteur que Cordes ! Le même site, dans sa partie texte est plus littéraire et intègre les « Bastides et gorges de l’Averon : https://www.grands-sites-occitanie.fr/grand-site/bastides-et-gorges-de-laveyron/
PS 1 : pour la partie commerce qui touche beaucoup les adhérents de Côté Noble Val, le dossier « bourg-centre » est tout autant important. Aussi, il mérite une lecture particulière : là aussi, c’est la QRGA qui est aux manettes… (boutiques à l’essai, hôtel d’entreprise, aménagement urbain…)
PS 2 : puisque cette réponse est personnelle et n’engage que moi, je signale avoir écrit aux élus (mairie et/ou QRGA)  sur :1) la relance de la dynamique Cittaslow à Saint-Antonin, 2) l’intérêt d’une étude historique sur le site du moulin des Claustres à l’occasion du départ du SDIS et du changement de propriétaire mairie>QRGA, 3) la possibilité de monter un dossier de fonds européens pour dynamiser  la prune de Saint-Antonin, produit local, produit emblématique. Sur ces trois points, je n’ai pas eu de réponse sur le fond ou sur la forme, accusé de réception).
La plupart d’entre vous sait que je suis toujours impliqué dans la sauvegarde du patrimoine dit industriel dans le pays Midi-Quercy ce qui inclut les moulins et leurs chaussées et l’histoire de Rodolausse. Pour le Grand site, ce n’est pas indifférent, même si c’est différent de la Maison romane !
PS 3 : paru ce matin dans ‘Le Monde »: « Le tourisme est l’industrie permettant à des voyageurs de jouir le plus confortablement possible du spectacle du monde »
Ce qui fait dire que le mot « tourisme » est un mot « valise » ou « sac à dos » (ce qui est normal)  et qu »on peut y mettre beaucoup de choses, des horreurs comme des choses très intéressantes : si on traduit les mots abscons « slow tourisme » ou » expérientiel », il y a effectivement des pistes séduisantes et que le « hors saison » et la culture sont des domaines auxquels je crois.

A propos du débat sur le tourisme : quel tourisme voulons-nous ?

Je n’avais pas pu être présent à ce débat, étant sous d’autres cieux dans un autre chantier : le patrimoine thermal.

J’avais préparé un document que j’avais souhaité faire lire mais cela n’a pas été possible, le débat ne s’étant déroulé comme imaginé. Mais, même si c’est trop tard et si le débat ne changera pas grand chose, je mets ici en ligne ce que j’avais écrit.

Grand site ? Bien des questions.

Dp 19/05/19

souvenir de saint-antonin

Je me permets d’intervenir à distance : ayant travaillé il y a 10 ans sur le commerce local, ayant porté le label Cittaslow ensuite à une époque où beaucoup n’y croyaient pas, étant impliqué dans le Pays d’art et d’histoire notamment sur le volet patrimoine industriel, dans le pays Midi-Quercy… Bref dans plein d’endroits où on agite les questions dont celles de ce soir… je réagis d’abord et surtout sur le dossier de candidature au Grand Site « Bastides et Gorges de l’Aveyron ».

Le document qui fait 231 pages (nous n’avons pas les annexes) propose un état des lieux (on peut discuter dans le détail, sur la continuité écologique, sur la présentation de ce qu’est CittaSlow), un catalogue d’actions époustouflant (dont certaines sont là par opportunité, d’autres sont intéressantes).

Il convient plutôt de rester dans les grands principes fondateurs :

QUELLE COHÉRENCE ? Le géographe s’inquiète ;

  • le rapprochement entre les deux communautés de communes a-t-il du sens ? Ou est-ce un effet d’opportunité (avoir la masse critique pour entrer dans le cadre régional) ? (voir ci-contre la carte des bassins de vie ; c’est moi qui ajouté en rouge les noms de Caylus et Saint-Antonin, pour aider à se repérer. cette carte de 2002 reste d’actualité).
  • Dans le même registre,les deux pays d’art et d’histoire, celui du pays Midi-Quercy et celui des Bastides du Rouergue – qui sont cités mais sans qu’on démontre en quoi ils ajoutent de la valeur au dossier – deviennent quoi ?

QUELLE FINALITÉ ?

Il est écrit d’emblée :

« Protéger, singulariser et promouvoir la destination « Bastides et Gorges de l’Aveyron » en l’inscrivant dans le cadre d’un label de qualité́ et de notoriété nationale, telle est notre priorité. »En soi, c’est neutre. Pour ce faire, il y a plusieurs voies possibles.

Plus loin page 136 ; la stratégie évoquée tourne autour : des filières touristiques, du rôle des offices du tourisme, de la promotion de la destination, d’une dynamique d’investissement et enfin une gouvernance favorisant l’innovation

POURQUOI JE SUIS FRUSTRÉ

Une stratégie correspond à un projet politique.« Protéger, singulariser et promouvoir » mais les démarches de développement, où le marketing prend beaucoup de place sont-elles compatibles avec deux autres impératifs dont l’importance va grandissant :

protéger(partout on met en cause la surfréquentation touristique où les marchands du temple mettent en péril le cadre naturel et culturel) ;

enfin, la crise écologique n’impose-t-elle pas de revoir toutes les politiques de croissance en revisitant les choix qui avant poussaient au toujours plus.

Dans le cadre du SCOT en cours d’élaboration, le patrimoine et le tourisme étant mis de côté, j’ai proposé une réflexion qui suggère un scénario disruptif (avec le mot à la mode) : abandonner la stratégie marketing (le mot attractivité étant central) pour autre chose : le bien commun de l’Humanité dont nous sommes une partie avec comme idées que :

  • La recherche de valeur ajoutée économique n’est plus centrale.
  • Qu’il faut tenir compte de la crise écologique, donc raisonner en termes d’équilibre.

Le concept de valorisation n’est plus dans son sens monétaire ; la valeur peut être dans la gratuité, l’échange, la participation, dans le « lent » comme dans l’approfondissement des liens.

Le patrimoine, dans sa grande diversité (nature, culture), dans toutes les périodes concernées, dans ses liens locaux comme mondiaux, pourrait être aussi une base d’une valorisation culturelle, intellectuelle, moins dévoreuse de ressources.

« une gouvernance favorisant l’innovation » est-il écrit. Mais seule une page est consacrée à ce volet essentiel : un projet se fait avec les intéressés (le bien commun) et se gouverne et évalue avec eux.

Or les intéressés, ce sont les élus, les professionnels du tourisme, des commissions thématiques et une commission grand site… Ce mode de fonctionnement est périmé : car non seulement le tourisme a un impact sur tout le reste, dont la vie ordinaire (donc les citoyens) mais il est aussi un pan du « bien commun » mis en avant dans le scénario alternatif : donc, la valorisation ne peut être du seul fait des acteurs locaux sans penser que nous avons un héritage à léguer et que la crise écologique qui devient centrale dans la plupart des choix de projet nous impose de raisonner autrement. Donc de revoir ambitions et fiches-actions pour non pas les supprimer, mais les configurer autrement.

De façon annexe, on pourrait se passer de servir la soupe à Google (plusieurs fois cité) alors qu’il existe des solutions open source…