Problème de commerce à Saint-Antonin : à quand un projet ?

La fermeture de la Maison de la presse à Saint-Antonin met en évidence un problème qui va  croissant : la flambée des loyers appliqués aux locaux commerciaux d’un côté et la rareté des locaux en centre bourg de l’autre. Peut-être que l’un s’expliquer par l’autre ? Mais pas uniquement. Saint-Antonin devient peu à peu un « centre commercial » tourné vers la clientèle touristique à qui il s’agit de vendre de l’art, des pizzas, des souvenirs, des produits du terroir ou made in China.. En soi, pourquoi pas ? Mais quand il n’y aura plus que cela (et ces commerces sont souvent fermés quand les touristes sont rares, en basse saison, rendant la ville très triste), que restera-t-il pour la vie quotidienne ? Plus de boucherie, plus de boulangerie, plus de journaux, plus d’artisans « ordinaires » ?

On me rétorquera que nous n’en sommes pas encore là : heureusement mais la liste des commerces de vie  rétrécit peu à peu. On nous dira : oui, mais il y a les deux supermarchés  – qui sont tous deux de la même enseigne (vive la concurrence ?) Oui, il y a les marchés (mais eux-mêmes sont très « tourisme » en belle saison…

Les maires des villes moyennes, par la voix de leurs associations, disent : « il va falloir apprendre à gérer le déclin du modèle « grande surface » et zone périphérique ». A Saint-Antonin, on est dans le mouvement inverse. L’activité presse sera-t-elle reprise par Carrefour ? A Caussade, la presse n’est plus en ville (la librairie vient de fermer) et les journaux sont dans les linéaires des supermarchés ? Est-ce souhaitable ? La maison médicale pourrait aussi s’installer dans la zone d’activité de Fontalès : quand j’aurai une canne, je pourrai à petits pas franchir le pont pour y aller ? A moins qu’on nous installe une passerelle sur l’Aveyron pour mieux relier le supermarché à la ville : la vie rêvée dans les vieux murs et la vie réelle dehors ?

Pour en revenir à la Maison de la presse, il est difficile de trouver un local bien situé dans les rues commerçantes, là où traditionnellement se pose ce type d’ activité. Soir les locaux sont tout de suite réservés par des commerçants qui vivent du tourisme, soit ils sont en ruine (Fonsagrives par exemple). Dans nombre de villes, les élus ont décidé de préempter des locaux commerciaux bien placés, de les remettre en état et de les ré-attribuer à des activités jugées stratégiques. Cela ne peut être que la communauté de communes qui a la compétence économique : l’aide (un loyer à bas prix) est réglementée (ne pas distordre la concurrence) mais elle n’est pas interdite : c’est la même chose que pour les logements sociaux.

Quand arriverons-nous à une telle démarche à Saint-Antonin ? La communauté de communes lance une démarche bourg-centre pour Saint-Antonin et Caylus. Il faudrait aussi parler de centre-bourg. Faire comprendre q’une ville vit par sa centralité, par la rencontre dans l’espace urbain d’habitants et de commerce variés qui se téléscopent, rencontre qui crée de la vie.  C’est pas la même chose que les allées d’une grande surface où règne l’utilitarisme.

La boutique à l’essai est une tentative intéressante : on a vu d’ailleurs la difficulté de trouver des locaux à proposer et des activités à accueillir. Mais cela ne suffit pas : il faut avoir un stock, un parc immobilier et en arrière-plan, un projet pour la ville,  pour le commerce : une visée politique.

De la saturation touristique…

Dans un article récent du Monde ( 23 novembre 2018), le journaliste pose une question iconoclaste :

« Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ? »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », souligne le défi que posent à la France des flux touristiques qui ne cessent de croître et menacent de saturation certains sites culturels.

« Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ? La question ne se posait pas il y a vingt ans. On disait même qu’il était, par son portefeuille, un soutien précieux aux musées, monuments, salles de spectacle. Il l’est toujours. Mais l’est-il trop ? Ouvrir cette piste, c’était être taxé d’élitisme. Aujourd’hui, on ne compte plus les études et les voix qui posent la question. »

De fait dans l’article qui rend compte d’échanges entre grandes villes touristiques il est surtout question de visiteurs qui, en grandes cohortes, vont en bus de leur hôtel aux musées pour ensuite faire le plein dans les centres commerciaux, encadrés par des guides montre en main pour tenir le programme… Une fréquentation de plus en plus forte dans les grands sites (les autres sont à la peine) mais une manne financière pour les institutions par ailleurs à la diète, pour cause de subventions à la baisse… un déséquilibre entre le nombre d’habitants permanents et les flux de visiteurs. Les participants aux rencontres du 20 novembre (Rencontres du tourisme culturel, organisées par le ministère de la culture, au Louvre-Lens (Pas-de-Calais) ne veulent pas tuer la poule aux oeufs d’or, mais ajoutent : « On rêve d’un touriste de proximité, qui tisse des liens avec la population ».

De l’absence : (photo prise en 2008)

Saint-Antonin-Noble-Val n’en est pas là : le nombre de touristes n’a pas encore fait disjoncter les compteurs, les files d’attente devant les richesses touristiques n’atteint pas le kilomètre comme devant les grands sites tels que le Louvre, les Offices à Florence… Mais il y a un effet induit, plus sournois, qui se déroule sous nos yeux, comme dans le centre ancien de ces capitales touristiques. Déjà évoqué plusieurs fois, il se poursuit sans qu’apparemment on n’y puisse rien. Peu à peu, les commerces et les services qui se sont créés pour servir la population sont remplacés par des activités qui ne visent plus les ‘habitants » (ceux qui sont là de façon  permanente – l’habitant est celui qui a des habitudes – mais qui cherchent à capter des clients de passage, les touristes, qu’ils viennent pour voir le bourg ou pour fréquenter une animation touristique, le marché du dimanche matin.

Tant que l’équilibre tient, avec dans le centre l’essentiel de ce qui est nécessaire à la vie de tous les jours (boulangerie, boucherie, épicerie, café-restaurant, journaux, pharmacie, coiffure, librairie… et services publics…) ce qui ouvre tous les jours de l’année… pas de problème. Mais quand, peu à peu, ces commerces qui structurent la vie urbaine cèdent la place à des activités dites « culturelles »,  « artistiques », « artisanales » (les guillemets sont là pour marquer le doute – parfois injustifié, mais pas toujours) qui se multiplient, on peut être inquiet. D’autant que nombre de ces galeries, de ces magasins sont fermés en basse saison, rideaux baissés, ajoutant la déprime à la morosité commerciale.

A Paris comme dans les autres capitales, les hyper-centres se structurent en « malls », pompes à fric avec commerces de luxe (avec vigiles à l’entrée). Dans les petites villes touristiques, les centres se transforment en pseudo-centres d’art pour visiteurs d’un jour en mal d’exotisme « authentique », « créatif » – ce qui n’empêche pas la pizza de se multiplier.  Un urbanisme fondé sur la séparation entre centre « touristique et culturel », périphérie avec sa moyenne surface, ville voisine avec la grande surface (le tout relié par des voitures individuelles fonctionnant au carbone), un tel urbanisme ne peut que conduire à la catastrophe.

Que faire ? Quelles sont nos responsabilités respectives ? Habitant, consommateur, commerçant, élu… Que pouvons-nous ? Faut-il être fataliste au nom de la liberté économique (qui laisse ensuite à la collectivité le soin de réparer les dégâts ?). La question a déjà  été évoquée dans le cadre du programme cittaslow.

Lire cet article : https://nobilis-vallis.eu/?p=384

Evoqué ne veut pas dire « discuté » bien sûr.

PS : ces rencontres du 20 novembre se sont téléscopées avec l’annonce du déménagement de la boulangerie de Saint-Antonin (qui ne ferme pas, certes) remplacée par une galerie de peinture. Le centre du centre ne peut que s’en trouver affecté. Que restera-t-il sur la place qui ne soit pas tourné vers le touriste ?

 

Commerce de centre, commerce de zone périphérique

Comme il y a débat sur les projets de lotissements, il y a débat sur les dossiers de zones commerciales. En jeu, la paupérisation du centre ou sa transformation en zone touristique, l’artificialisation des zones encore vertes, le renforcement du poids des grands groupes qui pèsent fort sur l’existence des producteurs locaux et la destruction du lien social qui s’était construit dans les centres, bours, urbains…

Un article du Canard Enchaîné (19 juillet 2017)  revient sur l’inflation en matières de centres commerciaux : 78 alors qu’il y en a déjà 807 en France : le plus dément était celui d’Europacity près de Roissy (80 hectares de bonnes terres bétonnés pour 500 commerces sur 230 000 m2 de surface de  vente). Mais plus près de nous, Albi est également épinglé (Portes d’Albi  – près de 17000 m2 autour de Leroy-Merlin) qui prend la place d’une ferme aux bâtiments XVIIIe siècle) avec langue de bois de la maire « nous travaillons à maintenir le tissu commercial de notre centre ville. »

Pour en prendre la mesure, allez-voir ces deux sites qui analysent le tissu commercial d’Albi : le premier https://albicentreville.wordpress.com/  propose des chiffres,  des cartes, des photos qui sont un diagnostic et un constat implacable.

L’autre est édité par l’ Association Albigeoise pour un Développement Urbain Respectueux  http://associationalbigeoisepourundeveloppementurbainrespectueux.unblog.fr/a-suivre/

Lire  également en anglais l’article du New-York Times.

Comme dans toutes les communes de France, deux arguments « imparables » sont mis en avant : « nos concitoyens en veulent » et  » si ce n’est pas fait ici, ce sera ailleurs ; alors autant que ce soit ici ».  On parle création d’emplois (sans compter ceux qui sont détruits ailleurs), retombées fiscales. On déroule le tapis rouge (le vert a disparu) : aménagements, facilités. Puis, on sollicite l’aide de l’Etat pour essayer de sauver le commerce de centre-ville qu’on a laissé mourir en organisant sa concurrence.

 L’urbanisme commercial n’est plus qu’une affaire comptable (l’environnement étant mis de côté (voir le projet de pistes de ski à Europacity) ou mobilisé  comme cache-misère). Ce qui est le plus grave, c’est que les arguments »humains » disparaissent : ce qui est dit même par le patron des Monoprix (groupe Casino, lui même fauteur de grands centres commerciaux) : « les centres commerciaux de périphérie contribuent à la destruction du lien social »  (le Figaro, cité par le Canard).

De plus, les centres se cannibalisent et entraînent dans leur déclin tous les commerces qui sont venus se coller à eux et qui finalement n’ont pas les moyens de changer de pied, de repartir comme les grands groupes financiers.

A Saint-Antonin, nous n’avons pas de « grand » centre commercial : mais il est en périphérie et ne cache pas sa volonté d’offrir toujours plus de services, même si c’est au détriment d’autres activités déjà implantées. Les deux « super » sont de la même enseigne, ce qui est surprenant puisque la concurrence, du coup,  n’est pas possible (interrogés, les services de l’Etat nous ont demandé « à nous » de faire  la preuve qu’il y avait entrave à la concurrence puis n’ont plus donné signe de vie).

La commission « commerce » de la municipalité pourrait se pencher sur ces problèmes d’équilibre  (autant le commerce touristique se porte bien, autant le commerce de tous les jours pose des questions) ; si la disponibilité des fonds et des magasins (convoités par les marchands du temple) est limitée, il reste le recours aux camions-magasins qui pourraient accéder au centre bourg (en attendant de pouvoir se stabiliser dans un local en dur). 

Encore faut-il pouvoir en parler ! La grande distribution contrôle tous les niveaux du commerce (y compris le bio –  très rentable) : elle s’accommode fort bien des marchands du temple qui apportent le pittoresque, font venir les résidents secondaires qui ensuite deviennent ses clients. Elle pèse économiquement et politiquement très fort. Nicolas Hulot est contre le projet d’Europacity : pourtant le projet se fera très certainement…

Revue de presse : Patrimoine – 600 centres anciens à revitaliser : un plan national

Rue de centre-ville
© P. Gleizes / REA | Rue de centre-ville

Sur la base du rapport d’Yves Dauge remis cette semaine, le Premier ministre présentera dans les « prochains jours » un « plan national » pour la revitalisation des centres historiques en déclin. L’ancien sénateur, qui identifie 600 villes petites et moyennes nécessitant un travail de fond, appelle à un « renversement de politique ». D’ores et déjà une expérimentation va démarrer dans une vingtaine de communes de trois régions (Occitanie, Grand Est, Centre).

Il aura fallu attendre la fin du quinquennat pour que les centres historiques des villes petites et moyennes fassent l’objet d’une attention particulière. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a en effet annoncé, le 1er février, qu’il ferait des propositions « dans les prochains jours », à partir du rapport que vient de lui remettre Yves Dauge.
L’ancien sénateur maire socialiste de Chinon très impliqué sur ces questions avait été chargé au printemps par Manuel Valls de « définir les contours d’un plan national d’accompagnement de la mise en œuvre des nouveaux espaces protégés » prévus dans la loi liberté de la création architecture et patrimoine (LCAP) du 7 juillet 2006, à savoir les « sites patrimoniaux remarquables ». Si la loi Malraux de 1962 a permis de préserver les centres anciens, nombre d’entre eux sont aujourd’hui en déclin : « baisse de population, concurrences grands pôles urbains, dégradation de l’habitat ancien et installation des commerces en périphérie », résume Matignon, dans un communiqué.
Après s’être entouré de chercheurs comme Laurent Davezies, professeur au Cnam, le rapporteur a identifié 600 villes qui méritent un traitement de fond (habitat, commerce, activité économique et touristique, culture…)  et devraient se voir attribué ce label de sites patrimoniaux remarquables. Les plus dégradés d’entre eux seraient déclarés « ville en urgence sociale et patrimoniale » par décret préfectoral.

« Renversement de politique »

« C’est un plan sur dix ans, ce n’est pas un guichet de plus, ce plan passe par une modification assez radicale des modes de financement et d’intervention, clame Yves Dauge. On est aujourd’hui dans un système où malgré tout, on contribue à détruire le centre-ville. Je plaide pour un ‘renversement de politique’. »
Le rapport, que Localtis s’est procuré, se place dans le prolongement des nouveaux programmes de rénovation urbaine et donne la priorité à l’habitat de centre-ville « dont l’abandon est le signe le plus inquiétant du dépérissement » et a pour cause « la priorité constante apportée au logement neuf en périphérie, au détriment des aides en faveur du logement ancien en centre-ville ». Il propose de renforcer les mesures de défiscalisation existantes pour des travaux d’un montant compris entre 400.000 euros et 500.000 euros sur trois ans (avec un taux passant de 30 à 40% et jusqu’à 50% pour certaines opérations à caractère social). Par ailleurs, le taux de TVA pour les travaux serait ramené à 5,5% dans l’ancien et à 10% pour le neuf en centre-ville. Pour lever les blocages concernant les restaurations de parties communes, les règles de vote au sein des copropriétés seraient aménagées. Le dispositif Pinel (qui vise à favoriser l’investissement des particuliers) bénéficierait d’un relèvement du plafonnement global. Le rapport propose aussi l’élaboration d’un « projet global de développement » pour l’activité commerciale dont la situation est elle aussi « très préoccupante » et préconise un « moratoire » de cinq ans sur les surfaces commerciales. Il pointe à ce titre « l’un des pires exemples des politiques contradictoires que mènent les collectivités locales » : « D’un côté, elles affichent fort leur intérêt pour le soutien aux commerces des centres-ville, de l’autre elles ne renoncent pas aux risques de nouvelles implantations périphériques… » Le plan comprendra aussi des mesures sur l’attractivité économique et touristique et sur l’activité culturelle.
Dès à présent, le Premier ministre a fait savoir que des opérations allaient être lancées dans une vingtaine de collectivités volontaires de trois régions (Centre, Grand Est et Occitanie). Cette expérimentation sera conduite conjointement par les préfets de région et présidents de conseils régionaux et pilotée par le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires). Chaque région organisera des « ateliers de territoire » qui permettront de partager de l’expertise, de l’ingénierie… « Les régions se mouillent beaucoup, c’est fondamental pour elles, c’est là qu’elles vont pouvoir faire preuve de bonnes politiques », souligne Yves Dauge
A plus de 80 ans, l’ancien maire de Chinon a quelques faits d’armes à son actif : le classement de la Loire au patrimoine mondial de l’Unesco ou encore le maintien de l’hôpital de Chinon, dans le cadre d’un partenariat avec le CHU de Tours, sans parler de l’université de Chinon qui s’est spécialisée dans « l’ingénierie des milieux aquatiques et des corridors fluviaux ».

« C’est notre mode de vie qui est en jeu »

« On a sauvé l’hôpital en faisant preuve d’intelligence », se félicite-t-il. Ce sont ces partenariats avec de plus grandes villes qu’il souhaite promouvoir. « On ne va pas sauver nos villes sans s’allier aux plus grandes, il faut qu’elles s’entraident sur les questions de mobilité ou les grands équipements de santé ou culturels, y compris pour la programmation culturelle, tout cela se construit », explique aussi le président de l’ACCR (Association des centres culturels de rencontre) qui œuvre dans ce sens.
Le rapport préconise un partenariat large avec l’ensemble des institutions concernées, dont la Caisse des Dépôts qui a lancé son propre programme de redynamisation des centres-ville.
Selon Yves Dauge, l’enjeu du plan est davantage de mobiliser de la « matière grise » que de demander des moyens ou « un guichet de plus ». « Avec de l’argent, on a fait beaucoup de dégâts », insiste-t-il.
Pour accompagner ce plan, le gouvernement fera rapidement des propositions règlementaires et législatives en matière d’urbanisme ou de préservation du patrimoine. « C’est notre mode de vie, les fondements de notre société qui sont en jeu, alerte Yves Dauge. Ces centaines de villes petites et moyennes ont des ressources énormes, mais il faut quand même travailler. »

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