Une assemblée citoyenne : l’antidote ? Rendez-vous le 7 mars

Les médias ont fait leur une sur l’expérience de Saillans, où l’expression citoyenne est devenue la règle de base. Pour Saint-Antonin, nous ne pouvons pas accepter que l’élection soit un chèque en blanc avec comme réponse à nos demandes : « c’était dans notre programme » ou « nous avons été élus et donc nous avons la légitimité ».  Les territoires, les problèmes, les attentes évoluent vite. Les commissions extra-municipales montrent vite leurs limites, réduites à peau de chagrin. C’est une autre démarche qui est ici proposée : correspondra-t-elle à de nouvelles pratiques : à voir. En tout car, il faut venir et y participer en toute indépendance des programmes des listes. Même si nous votons pour l’une et l’autre, nous pouvons garder une indépendance d’esprit et contribuer à l’esprit critique et constructif.

DP

ASSEMBLÉE CITOYENNE LOCALE

cliquez sur le lien pour télécharger l’affiche A3 BAT

Tous les premiers samedi du mois 10h-12h, salle des Congrès, mairie de St-Antonin Noble Val

Le samedi 7 mars 2020 à 10h se tiendra la première as- semblée citoyenne de St Antonin, un nouveau rendez- vous mensuel qui concerne les habitants de l’intercommunalité et du bassin de vie des Gorges de l’Aveyron.

Ce rendez-vous est proposé par des habitants non élus, sans étiquette politique et de tous horizons, il est ouvert à tous et à toutes (pour les personnes non-francophones, une traduction sera disponible à la demande).

Cette assemblée a pour but de faire exister un espace public d’échange et de débat où chacun peut venir, régulièrement ou ponctuellement, soulever des problèmes, proposer des initiatives, se coordonner avec d’autres ou tout simplement s’informer. Les compte-rendus seront affichés et transmis aux équipes municipales. Il leur sera demandé d’en prendre connaissance et, le cas échéant, d’en délibérer.

En pratique : l’assemblée citoyenne s’organisera en deux temps, une première heure d’agora (petites annonces, transmission d’informations, prises de parole brèves) et une deuxième heure de présentation-débat autour d’une thé- matique préparée en amont. La distribution des prises de parole et la tenue de l’ordre du jour seront assurées par une équipe tournante.

Prochaines dates :

samedi 7 mars / samedi 4 avril / samedi 2 mai samedi 6 juin / samedi 4 juillet

Le grand trou noir de l’intercommunalité : où est la démocratie participative ?

Les lises se battent pour conquérir les mairies qui pourtant ont de moins en moins de pouvoir

Sur les intercos on ne dit pas grand chose alors qu’elles sont « hors circuit démocratique ». Lisez ce petit billet du journal le Monde

L’ intercommunalité, « grande oubliée » de la transition démocratique ?

A quoi sert de développer la concertation à l’échelle communale si les décisions sont prises ailleurs ? Dans un texte publié à l’occasion des municipales de mars, des chercheurs et praticiens, réunis au sein de l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne (ICPC), s’inquiètent de voir l’intercommunalité demeurer la « grande oubliée » de la « transition démocratique », au risque de créer « un hiatus entre les lieux où l’on débat et ceux où l’on décide ».

Collecte et traitement des ordures, réseaux de transport, implantation des entreprises, construction des logements et des équipements… C’est en effet à l’échelle de l’« interco » (ou de l’EPCI, l’établissement public de coopération intercommunale) que se décident aujourd’hui les politiques publiques qui ont un impact direct sur le quotidien des communes. Or, son fonctionnement « ne favorise pas la transparence du débat public et l’influence des citoyens sur les politiques locales », estime le sociologue David Guéranger, chercheur au Laboratoire techniques territoires et sociétés et auteur, avec Fabien Desage, de La Politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales (éditions du Croquant, 2011).L’intercommunalité a « recentré et opacifié le pouvoir municipal, car elle fonctionne comme un club de maires », ce qui tend à « exclure les autres acteurs : élus des conseils municipaux, militants politiques, citoyens ».

Dans le prochain numéro de la revue Mouvements, le chercheur en science politique Guillaume Gourgues invite à « politiser les intercommunalités, rurales ou urbaines », par « la construction d’une vision critique » de ces institutions. De son côté, le Manifeste pour une démocratie locale réelle,publié par le média d’investigation indépendant Médiacités, appelle à généraliser l’élection directe des élus intercommunaux et à « favoriser le contrôle de l’action des collectivités par le grand public ».

A propos du dossier Grand Site

souvenir de saint-antonin

A propos du dossier Grand Site

ce texte a été diffusé le 26 juillet 2019
il a été suivi d’un autre (voir dans ce blog : https://nobilis-vallis.eu/archives/1385)
la présentation de Saint-Antonin est accessible par ce lien (format pdf)  presentation sanv
Il y a quelques jours,  j’ai pointé les subtilités qui différencient Grand site de France (site naturel classé)  et Grand site Occitanie (pour ceux qui veulent entrer dans ces détails) du label Grand Site de France. Pour être labellisé, il faut faire acte de candidature comme pour le pays d’Art et d’Histoire…
Le label Grand Site de France est un label décerné par le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui vise à promouvoir la bonne conservation et la mise en valeur des sites naturels classés français de grande notoriété et de très forte fréquentation. Cette réglementation est intégrée dans le Code de l’environnement depuis la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement. (source Wikipédia)
Pour Occitanie, c’est une autre démarche qui ressort plus du marketing touristique : attirer le chaland…
Mes réflexions ne portent pas sur la pétition (je rappelle que je ne l’ai pas signée)  mais sur ce qu’elle met en évidence: des incompréhensions qui naissent d’un déficit de démocratie participative.
Adhérent de Côté Noble Val, je pense qu’on peut discuter de ce dossier notamment sur ce qu’il révèle, justement pour agir sur les pratiques et peut-être se dire que « Grand site » n’est pas forcément « Foire du Trône » (encore que cette Foire fait désormais partie du patrimoine) ou « visite express »…
Ce qui est en débat, ce n’est pas le tourisme, c’est le tourisme de masse ou plutôt le tourisme irrespectueux : il faut habiter dans le centre bourg pour voir ce que donne ce tourisme irrespectueux :  les pollutions sonores (la musique à fond la caisse, les poivrots bourrés qui chantent dans les rues au milieu de la nuit, les motos qui pétaradent, les voitures qui enlèvent les bornes « voie piétonnière » pour s’affranchir de la réglementation (bonne pour les autres : « vous comprenez, moi je travaille »), les pollutions visuelles ou pollutions tout court ; les crottes de chien, les canettes de bière, les bouteilles d’eau à la dérive dans l’Aveyron, les emballages un peu partout : bref, tout (ou tous) ce qui confond une ville qui a des habitants avec une foire ou une aire de jeux. Dans ce registre; il n’y a pas que les touristes d’ailleurs qui sont sans respect pour ce Grand site ! Stationnement envahissant, grosses voitures qui s’engagent dans des ruelles pas faites pour elles et qui manoeuvrent à la peine, poubelles ou déchets déposés dehors pour qu’on en profite.
Est-cela qu’on appelle Grand site ?
La présentation du dossier grand site telle qu’elle a été faite dans la dernière parution de la Gazette (reçue il y a peu vers le 20 juillet) est irréprochable, impeccable. On ne peut que souscrire au projet tel qu’il est présenté. Mais est-il irénique ? Comment faire pour rester dans cette vertu ?
le dossier est accessible par ce lien via ma dropbox :  cliquez pour le télécharger https://www.dropbox.com/s/yn5u5ubqf2wggyj/Candidature%20Bastides%20et%20Gorges%20de%20l%27Aveyron-2.pdf?dl=0
Ce qui est dit dans le site de la QRGA
aurait pu être dit plus tôt et participer aux commissions touristiques pour élaborer le contenu aurait pu nous être proposé en amont, pour élaborer le projet global du grand site, ce qui aurait eu un impact sur les incompréhensions, à coup sûr. 
 
Le déménagement de l’office (au moment de l’achat par la commune de la maison Muratet)  ainsi que l’idée d’un hôtel m’ont bien été évoqué dès au début de la période où on a parlé Grand Site par quelqu’un de bien informé, m’ajoutant plus tard que pour l’hôtel, les « privés » avaient reculé devant l’impossibilité de rentabiliser l’investissement. La conversion de la friche Fonsagrives et du rez de chaussée de la maison Muratet pour mieux rapprocher l’OT du centre du bourg (et peut-être de se mettre près du futur musée) était bien une hypothèse qui circulait et pas du tout liée à des infox (fake news) de la pétition. 
La disqualification des « non résidents » ou des nouveaux résidents » (article paru dans la Dépêche) qui se mêlent du patrimoine local est une vielle antienne quand il y a un débat vif entre porteurs de projets et habitants. Faut-il être résident depuis 4 générations et avoir sa tombe familiale au cimetière pour être capable d’échanger ? Le patrimoine fait partie du « bien commun » local, régional, de l’humanité. Sinon, pourquoi s’émouvoir de la déforestation de l’Amazonie, de la destruction de zones de pêches, de l’urbanisation galopante ou de la destruction des services publics ? Nous sommes citoyens du monde, semble-t-il… A ce jeu-là, on pourrait répondre : combien d’entre nous vivent dans le bourg et voient ce qui se passe après la fermeture des commerces et services ?
La question centrale, maintenant que cette affaire est lancée (mais pas signée encore… ou alors, nous ne sommes pas au courant) c’est d’une part « pourquoi faire », assortie d’une question subsidiaire qui n’est pas si minime que cela : comment cela va se faire ? Car le Grand site n’est pas uniquement Saint-Antonin, ni même QRGA…
 
Pourquoi faire  ? Si c’est du marketing dans une compétition du genre « la mienne est plus sexy que la tienne », c’est inquiétant car la compétition amène des surenchères ou des compromissions. Espérons que le projet restera dans une logique de type « cité du bien-vivre, cittaslow », encore que cette logique est plutôt en sommeil à Saint-Antonin, où il ne reste plus que la mention « slow tourisme » et la prune de Saint-Antonin. Le reste ne danse plus le slow mais a valsé ! Il faudrait relancer le label et la gestion participative qui va avec (ce que j’ai demandé – personnellement –  à la mairie, mais sans réponse à ce jour). Dans la charte, il y a une mine d’innovations possibles qui touchent tout aussi bien la ville, le commerce, la culture, l’écologie… Encore faut-il creuser dans la mine !
Comment faire ? 
Etre consulté après n’est pas suffisant ! Or, dans la plupart des dossiers, la concertation est a minima quand elle existe. C’est le point central qui renvoie à ma remarque du début sur la participation : si, avec la mairie, la concertation fonctionne cahin-caha (on va voir la réunion du 5 août sur les choix possibles de la place des Moines : y a-t-il encore des choix ?), avec la communauté de communes, il n’y a rien !
Or on peut s’inquiéter : par exemple on nous vante la préservation du patrimoine (mais pendant longtemps, la QRGA a poussé à l’effacement des chaussées des moulins) ; espérons que les autres dossiers qui arrivent sur la pile seront plus pro-actifs : la grotte du Bosc par exemple.Il faut absolument qu’une culture du faire-ensemble se développe.
A titre de comparaison, les recruteurs (en général) s’intéressent de plus en plus aux centres d’intérêts des candidats hors travail, les « soft skills » car ils apportent une vraie valeur ajoutée aux compétences attendues. Dans ce pays, dans cette ville, j’ai souvent souligné l’abondance de compétences cachées ou discrètes parmi les habitants, qu’ils soient français ou étrangers. L’enjeu est de les intéresser, les mobiliser, les intégrer, dossier par dossier : dans le travail sur dossier, on aurait peut-être plus d’originalité que le recours systématique à des bureaux d’études dont les compétences sont réelles mais l’implication plus distante (voir https://nobilis-vallis.eu/archives/1287 le rapport sur la crise de l’expertise et la défiance) : il me semble que dans la pratique cittaslow, cela pourrait être un élément qui apporterait différence, richesse… Encore faut-il en avoir l’envie !
Bref, dans ce dossier comme dans beaucoup d’autres, le dialogue et la participation en amont sont nécessaires et ne doivent pas être vus comme une contrainte mais un atout.
Et personnellement, j’ajoute que l’enjeu n’est plus la croissance (même habillée de façon soft comme « développement durable ») mais la crise écologique, ce qui change tout. La politique de Grand site pourrait très bien être au service de ce nouvel enjeu. Je propose que, dans ce Grand site, on privilégie ce qui est intimement lié à la spécificité de Saint-Antonin ; l’Histoire, le patrimoine, l’accueil :  étudiants, chercheurs, associations impliquées, intéressées, personnes motivées… ce qui demande d’une part des structures d’accueil (autour du nouveau musée et de la médiathèque) pour exposer, documenter, chercher, s’informer, visiter… et la mise en valeur des ressources  patrimoniales (la ville, les hameaux, les paysages…) , des archives, ce qu’on appelle un centre de ressources autour de l’histoire du Rouergue et du Quercy (au sens large)  et plus si affinités.  Compte tenu de la richesse de cette région,  il y a de quoi faire. Je regrette l’Université d’été (qui pourrait être en demi-saison), je pense qu’avec les services de l’Inventaire, les AD, les associations, les personnes qui connaissent le coin…on a un patrimoine exceptionnel à valoriser, y compris sur le mode marchand : certes, c’est pas le même monde que la bimbeloterie, mais les activités telles que le vrai artisanat d’art, les antiquités, la librairie (sans compter les cafés et restaurants de circuits courts, ou bios ou tout simplement de qualité : c’est dans les cafés que les philosophes des Lumières ont refait – effectivement – le monde !
Indépendamment de la  pétition : point de friction (pour moi personnellement) : nous sommes nombreux à nous investir dans un dossier « pays d’art et d’histoire », label très valorisant, qui correspond au pays Midi-Quercy…
Or les deux grands sites qui touchent au pays démembrent cette unité territoriale en mettant Bruniquel avec Cordes et Saint-Antonin avec Najac et Villeneuve (qui soit dit en passant oscille entre Grand Site Midi-Pyrénées et Grand site Occitanie  « Bastides et gorges de l’Aveyron »  – et cite Saint-Antonin décrit de cette façon « Saint-Antonin Noble-Val fait le guet du haut de ses falaises. » Cela commence bien !
Quelle cohérence dans ces politiques régionales ?  La carte de la région est plus laconique
elle ne cite dans le secteur que Cordes ! Le même site, dans sa partie texte est plus littéraire et intègre les « Bastides et gorges de l’Averon : https://www.grands-sites-occitanie.fr/grand-site/bastides-et-gorges-de-laveyron/
PS 1 : pour la partie commerce qui touche beaucoup les adhérents de Côté Noble Val, le dossier « bourg-centre » est tout autant important. Aussi, il mérite une lecture particulière : là aussi, c’est la QRGA qui est aux manettes… (boutiques à l’essai, hôtel d’entreprise, aménagement urbain…)
PS 2 : puisque cette réponse est personnelle et n’engage que moi, je signale avoir écrit aux élus (mairie et/ou QRGA)  sur :1) la relance de la dynamique Cittaslow à Saint-Antonin, 2) l’intérêt d’une étude historique sur le site du moulin des Claustres à l’occasion du départ du SDIS et du changement de propriétaire mairie>QRGA, 3) la possibilité de monter un dossier de fonds européens pour dynamiser  la prune de Saint-Antonin, produit local, produit emblématique. Sur ces trois points, je n’ai pas eu de réponse sur le fond ou sur la forme, accusé de réception).
La plupart d’entre vous sait que je suis toujours impliqué dans la sauvegarde du patrimoine dit industriel dans le pays Midi-Quercy ce qui inclut les moulins et leurs chaussées et l’histoire de Rodolausse. Pour le Grand site, ce n’est pas indifférent, même si c’est différent de la Maison romane !
PS 3 : paru ce matin dans ‘Le Monde »: « Le tourisme est l’industrie permettant à des voyageurs de jouir le plus confortablement possible du spectacle du monde »
Ce qui fait dire que le mot « tourisme » est un mot « valise » ou « sac à dos » (ce qui est normal)  et qu »on peut y mettre beaucoup de choses, des horreurs comme des choses très intéressantes : si on traduit les mots abscons « slow tourisme » ou » expérientiel », il y a effectivement des pistes séduisantes et que le « hors saison » et la culture sont des domaines auxquels je crois.

Polémique : (revue de presse) : des habitants d’un village (sic) médiéval refusent le «tourisme de masse» (mise à jour)

Au nord de Toulouse, des habitants d’un village médiéval refusent le «tourisme de masse»

Des habitants de Saint-Antonin-Noble-Val, au nord de Toulouse, s’opposent à la labellisation « Grand Site » du village, un projet incitant, selon eux, au «tourisme de masse ».

Source : https://actu.fr/occitanie/saint-antonin-noble-val_82155/au-nord-toulouse-habitants-dun-village-medieval-refusent-tourisme-masse_25954246.html

Commentaire personnel : l’article plutôt équilibré quand il donne la parole aux uns et aux autres  : le tourisme de masse, le point de vue des pétitionnaires… pose question quand il reprend les termes des élus (qui ont déjà été en partie diffusés par la Dépêche) : deux  points critiques :
– le recours à l’argument classique – que l’on trouve partout quand les élus sont confrontés à une fronde –  : « ceux qui sont contre ne sont pas d’ici ou ne sont pas des citoyens à part entière. » Comme s’il fallait être un vieux de la vieille, là depuis des générations, pour avoir un avis. A quoi sert la solidarité citoyenne ? Ne peut-on avoir un point de vue sur ce qui est un patrimoine « mondial », ou tout au moins, un bien commun qui mérite qu’on s’engage ? Autrefois, on parlait de droit d’ingérence et ici, c’est une version soft, mais tout aussi réelle, qui est en question.
– le second point porte sur le recours à la notion de « mensonges » : tout bonnement, les mensonges qui sont peut-être  plutôt des incompréhensions, n’auraient peut-être pas pu naître s la concertation avait été mise en place en amont, au moment de l’élaboration du contrat. On peut maintenant nous promettre des commissions de travail, mais c’était avant qu’il fallait le faire, ce qui aurait évité ce conflit, ces crispations. Nous avons ici, à répétition, réclamé une vraie participation avant (et pas après comme un lot de consolation). Là, encore, la démocratie locale ne fonctionne pas… Il serait temps de la mettre en place.
Voir infra le texte de l’article mis en ligne par Actu_fr
images ci-dessous du marché nocturne du 17 juillet

Ses ruelles, son ancien hôtel-de-ville, sa halle, sa caserne des Anglais… Au nord de Toulouse, le village de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne) est un musée à ciel ouvert ! Cette cité médiévale compte plusieurs édifices classés aux Monuments historiques. C’est aussi le point de départ de plusieurs balades en randonnée dans les Gorges de l’Aveyron. (…)

Le 16 juin 2019, des habitants ont lancé une pétition « Non au sur-tourisme à Saint-Antonin-Noble-Val » pour s’opposer à la labellisation « Grand Site Occitanie » de leur village. La pétition compte déjà 800 signataires en ligne, auxquels il faut ajouter « plusieurs centaines de personnes qui ont préféré signer la pétition papier », précise le collectif baptisé « Collectif intercommunal libreval ». Pour mémoire, ce petit village ne compte que 1 800 âmes…

Un contrat avec la Région

La communauté de communes de Quercy-Rouergue-gorges de l’Aveyron, dont fait partie Saint-Antonin-Noble-Val, s’apprête à signer avec la Région un dispositif de développement touristique.

Les habitants signataires de la pétition disent ne pas vouloir connaître le même sort que Cordes-sur-Ciel (Tarn), Rocamadour ou bien Saint-Cirq-Lapopie (Lot) :

Devenir « Grand Site », c’est laisser la Région promouvoir notre territoire par tous les moyens nécessaires pour augmenter le nombre de visiteurs. L’expérience montre que les bourgs labellisés « Grand Site » se sont hélas vidés et artificialisés… Saint-Antonin n’est pas une relique à vendre, c’est un trésor partagé, habité, à préserver. Oui à l’esprit de Saint-Antonin qui se manifeste dans l’essor de ses associations diverses, dans la vie culturelle et artistique, dans une humanité directe, dans le bonjour de ses rues et le sourire accueillant. C’est cela qu’il faut préserver d’une touristification à outrance qui fait de nous les Mickey d’un parc d’attractions « authentique et convivial ».

« Non au tourisme de masse »

Le collectif s’oppose notamment à la création d’un hôtel par une chaîne hôtelière privée, au bétonnage de parkings, au déménagement de l’office de tourisme… « Non à un projet incitant au tourisme de masse et à l’hypermobilité à l’heure de l’urgence écologique », écrivent les auteurs de la pétition. « Non à ces dépenses d’argent public qui, créant des effets d’aubaine, font flamber les prix et génèrent des inégalités. Non aux subventions Grand Site qui entraîneront notre commune dans une spirale de travaux d’aménagement et de dépenses de fonctionnement ».

Contacté par Actu Toulouse, Denis Ferté, adjoint au maire en charge du tourisme à Saint-Antonin-Noble-Val, dit ne pas comprendre cette polémique :

Nous n’allons pas voir débarquer des milliers de cars de touristes à Saint-Antonin-Noble-Val. D’ailleurs, notre logique a toujours été de défendre le « slow tourisme » et le « tourisme expérientiel ». Le label « Grand Site Occitanie » nous amène des financements supplémentaires pour mener à bien nos projets et communiquer sur notre patrimoine. La finalité n’est pas le tourisme de masse comme le fait croire le collectif.

(…)

Une pétition sans véritable ancrage local

Selon l’élu, les opposants ne sont « pas forcément des habitants de longue date », leur pétition a peu d’ancrage local. Denis Ferté estime que la labellisation est source d’attractivité pour Saint-Antonin-Noble-Val, citant l’exemple de Marciac, dans le Gers, labellisée « Grand Site » et célèbre pour son festival de jazz :

Les auteurs de la pétition prennent l’exemple de Cordes-sur-Ciel ou de Saint-Cirq-Lapopie. La situation est différente. Il y a beaucoup de touristes mais très peu de résidents permanents… Ce qui est loin d’être notre cas. Nous baignons dans le tourisme depuis le 19e siècle et le développement du thermalisme. Les pétitionnaires sont opposés à la création d’un hôtel mais il y a toujours eu un hôtel à Saint-Antonin-Noble-Val. Cela ne faisait que trois ou quatre ans que ce n’était plus le cas. Ils dénoncent le bétonnage de parkings alors que notre projet, au contraire, est d’aménager des parkings paysagers en plantant des arbres…

Une pétition « alimentée par des mensonges »

Dans un communiqué de presse, André Massat, président de la Communauté de Communes Quercy Rouergue et Gorges de l’Aveyron, dit entendre les craintes liées à ce classement. Des commissions de travail seront ouvertes dès cet automne à la population locale « afin de construire ensemble le projet touristique de notre territoire ».

En revanche, André Massat s’insurge sur le mode de communication de ces craintes. Selon lui, la pétition est « alimentée par des mensonges et des contres vérités colportées par des personnes qui sont venues s’installer sur notre territoire grâce au tourisme et qui vivent du tourisme » :

Il faut avoir à l’esprit que si nous avons aujourd’hui de nombreux commerces de proximité et un tissu associatif aussi riche, c’est en grande partie grâce au tourisme… Le contrat « Grand Site » permettra la réalisation de nombreux aménagements utiles à la population permanente .

André Massat cite la restauration de places ou de rues mais aussi la création d’un Musée de France à Saint-Antonin. « Ces investissements ne pourraient pas être réalisés sans cette labellisation et les financements qui l’accompagnent », conclut-il.

Si le collectif salue l’organisation des commissions de travail à l’automne, il demande, au préalable, la suspension du contrat Grand Site Occitanie :

« Nous maintenons que la population doit être consultée avant de s’engager par la signature de ses élus dans un contrat qui comporte des obligations, qui s’accompagne de campagnes publicitaires pour promouvoir nos villages et qui a pour effet d’augmenter la fréquentation touristique ».

A la suite de cet article, des mises au point ont été demandées :

Communiqué du Collectif intercommunal Libreval en réponse à la tribune d’André Massat, président de la communauté de communes QRGA, dans la Dépêche (01/07/2019)

« CLIVAGE n. m. : … En bijouterie : Taille initiale opérée, dans certains cas, pour dégrossir le diamant. »(Dictionnaire Larousse)

En réponse à notre pétition, Monsieur Massat écrit dans La Dépêche du 1er juillet 2019 : « Des commissions de travail seront ouvertes dès cet automne à la population locale afin de construire ensemble le projet touristique de notre territoire. » Nous nous en réjouissons. Le 2 juillet, Matthieu Simon, directeur général des services à la communauté de communes, nous écrit par mail que « chacun sera le bienvenu pour apporter sa pierre à l’édifice sur les thèmes suivants : la promotion, les hébergements, le patrimoine et les activités de pleine nature. » Là encore, c’est une ouverture positive.

Toutefois, une véritable concertation doit nécessairement porter sur la question centrale qui est : «Voulons-nous signer le contrat Grand SiteOccitanie?» C’est pourquoi il est indispensable de suspendre la signature du contrat Grand Site. En effet, nous maintenons que la population doit être consultée avant de s’engager par la signature de ses élus dans un contrat qui comporte des obligations, qui s’accompagne de campagnes publicitaires pour promouvoir nos villages et qui a pour effet d’augmenter la fréquentation touristique de 20 à 80 %/1.

Par conséquent, nous souhaitons que nos élus nous garantissent la suspension de ce contrat pour s’engager à ouvrir une concertation exemplaire tant dans ses modalités que dans ses effets. Pour commencer et sans attendre septembre, deux mesures peuvent être mises en place : mettre à disposition de la population les documents officiels en version numérique comme en version papier ; dédier à cette concertation des espaces d’expression et de délibération (salle, panneaux d’affichage).

Dans cette attente, nous poursuivons notre travail :
– d’information : au verso, une interview de la présidente du comité régional du tourisme
– de recueil de signatures : https://www.change.org/p/préservons-notre-village-de-st-antonin-nv-du- tourisme-industriel-grand-site-occitanie-non

Contact : lesprit.d.lieux@gmail.com

1/ « L’augmentation constatée dans les anciens sites Occitanie passe de 20 à 80 % » (Bulletin d’information municipal, décembre 2018, p. 8)

page1image3678128

page2image1768448

EXTRAITS – page 15. ENTRETIEN. VIRGINIE ROZIERE, PRESIDENTE DU COMITE REGIONAL DU TOURISME EN OCCITANIE.

Estimez-vous que l’Occitanie est aujourd’hui mûre pour accueillir massivement le tourisme de groupe?
La région a un tel potentiel, une telle diversité dans son offre, que nous disposons d’un large potentiel de croissance pour notre clientèle groupes. Nous ciblons ces clientèles : clientèle lointaine avec notamment la Chine et le Japon mais nous travaillons les clientèles de proximité, françaises ou européennes. Pour l’international, nous proposons des grands sites très emblématiques à forte notoriété qui sont des points d’attraction et d’intérêt. On pense bien sûr au Pont du Gard, à Lourdes, Rocamadour, Toulouse ou Carcassonne qui sont déjà très identifiés et programmés par les excursionnistes et les autocaristes.

Est-ce que vous souhaitez vraiment jouer cette carte du tourisme de groupe ?
Nous organisons régulièrement des rendez-vous afin de développer la fréquentation et la clientèle de groupes. Cela se fait bien sûr au bénéfice de tous les acteurs touristiques de la région. Destination Groupes Occitanie, en B to B fait d’ailleurs partie de ces grands rendez-vous. Lors de cet événement, nous invitons à la fois pour un tiers, les professionnels de l’hébergement, les responsables et les acteurs institutionnels que sont les offices du tourisme et les agences départementales. Nous avons aussi une démarche particulière pour aller chercher des cibles qui nous apparaissent comme stratégiques. Ce sont notamment les clientèles lointaines, la Chine, le Japon, l’Asie. On a une représentation assez importante : à peu près un quart des visiteurs professionnels pour nos rendez-vous ont des liens très forts avec ces marchés. Sur l’Europe nous travaillons surtout sur la Belgique et l’Allemagne avec, là encore, un partenariat stratégique avec les voyagistes leaders sur le marché.

A propos : Jean-Pierre Charbonneau : « pour un urbanisme du doute »

L’article paru dans « Tous urbains » nous rappelle que les décisions prises  – même simples – peuvent avoir des conséquences complexes : chaque objet mis en lumière, on le sait, a une face sombre et projette une ombre. J-P Charbonneau, dans cet article, préconise le doute systématique. Les aménageurs qui travaillent sur le patrimoine savent aussi que la réversibilité est un critère de sagesse.

Presses Universitaires de France | « Tous urbains »2019/2 N° 26 | pages 16 à 17

https://www.cairn.info/revue-tous-urbains-2019-2-page-16.htm

Aucun rapport avec le doute et l’urbanisme, sinon « porter le chapeau » !

Exemples  ils sont très parlants : « au nom de l’emploi », gentrifier, débattre… »

(…) Jadis, je critiquais le manque de détermination à fermer les usines de fabrication des armes dont nous critiquions l’usage, en Afrique notamment. Qui à présent refuserait l’implantation d’une telle usine dans son territoire et les emplois induits ? On parlera pudiquement de développement économique.

Dans les cœurs historiques paupérisés de certaines villes coloniales d’Amérique latine, rénover le patrimoine architectural, les logements, conduit à en chasser les habitants pauvres. Faut-il pour autant consacrer une situation telle qu’elle est, au risque, comme à Marseille récemment, de mettre en péril la vie même des gens ?

Plus près de nous, aménager une place fait monter les prix au bénéfice des propriétaires et au détriment de ceux qui ne le sont pas. Un espace public est censé être au service de tous mais a des conséquences qui en éloignent certains. Faut-il alors le laisser dans son statut de parking et l’empêcher de jouer un rôle urbain, social, culturel ?

Lutter pour le climat implique de diminuer les déplacements en voiture et touche notamment ceux qui, dans les petites villes, ont organisé leur vie autour de ce moyen de locomotion. Doit-on ne pas les écouter au regard de l’urgence climatique ?

Dans une ville accueillante, on doit pouvoir s’asseoir. Un banc est un service pour les personnes âgées, pour le repos. Mais un banc est aussi le lieu où des jeunes discutent la nuit, gênant les résidents. Doit-on supprimer les bancs, oublier que la jeunesse est un âge légitime ?

Chaque réunion publique est l’occasion d’entendre comment des lieux sont utilisés et par qui. Faut-il pour autant consolider les pratiques actuelles ou doit-on permettre une évolutivité qui permettra d’accueillir des usages que l’on ne connaît pas mais qui adviendront ?

“On ne termine pas car aucun territoire, aucun lieu, aucune ville n’est achevé. Tous évoluent, faisant du sujet urbain un sujet en mouvement continu. Il faut juste le savoir et intégrer que nous ne sommes que de passage ».

(…) Les contradictions sont inhérentes à l’action urbaine. Est-ce à dire qu’il ne faut pas agir ? Bien sûr que non car bien des situations sont insatisfaisantes et ne peuvent être laissées en l’état. Ne pas agir doit être décidé et non subi, réfléchi et non le résultat de l’échec d’une société urbaine destinée à s’entendre pour avancer, s’améliorer grâce à des initiatives concrètes.

Alors il ne faudrait pas avoir la prétention de décider et de tirer à vue sur tout ce qui est issu de la démocratie élective ? Laisser faire le naturel conduit souvent à des impasses, à des conflits parfois productifs mais le plus souvent bloquants. De plus, ne pas décider laisse le champ libre au plus fort, au plus puissant, au plus riche et oublie ceux qui ne sont ni l’un, ni l’autre.(…)

Crise de l’expertise : défiance… Pourquoi ?

Les experts, les scientifiques, les « sachants » sont de plus en plus mis en cause. France Stratégie a fait plancher en 2018 une batterie de grandes pointures sur cette crise et l’organisme (qui dépend du Premier Ministre) a produit un rapport qui est accessible en ligne à cette adresse : Télécharger le rapport Expertise et démocratie. Faire avec la défiance

Les quelques image ci-dessous sont extraites de la présentation du rapport ou de sa synthèse. Nous les avons transformées en galerie photo pour en faciliter la lecture. Car sans être défiant vis-à-vis de cette expertise, il faut convenir que d’une part le constat posé est bien réel (il y a toujours une contestation des études, que ce soit le climat, les vaccins, les sondages) et d’autre part, les réponses adoptées ne sont pas toutes à la hauteur et qu’il en manque quelques-unes.

Tout d’abord, il peut y avoir un glissement de vocabulaire entre expertise et étude (ce n’est pas pareil), entre défiance et doute (la pratique scientifique prône le doute – raisonnable), la défiance peut prendre bien des visages dont certains sont légitimes et d’autres sont idéologiquement marqués. Enfin, l’expertise ne se confond pas avec l’étude (l’expert est dit « indépendant », l’étude est englobée dans un cahier des charges, une commande et un comité de pilotage, lieu de. bien des compromis). Et enfin, l’usage qui est fait de tout cela est très politique : « au service de… »

 

Les images (convenons que c’est une simplification) proposent quelques solutions qui, comme souvent, vont dans le registre « vous n’avez pas bien compris, on va vous expliquer encore » : par exemple, être plus lisible, plus clair, plus pédagogue. Répondre aux questions (mais pas forcément en profiter pour se remettre en cause, ce qui est impossible puisqu’on est expert). Bien sûr insister sur la transparence, l’intégrité des experts (ce qui est la moindre des choses).

Il y a en tous cas quelque chose que je n’ai pas bien vu  et qui est fondamental dans toutes les études (avec expert) qui touchent aux sciences sociales : associer en amont (dès le cahier des charges, pendant l’étude, et dans le rendu) les « destinataires » ou les bénéficiaires de l’étude. Ce qui éviterait des incompréhensions, des ruptures, des conflits.

France Stratégie le dit d’emblée : les citoyens sont de plus en plus éduqués et cela impose qu’on ne les traite plus de façon infantile (vous n’y connaissez rien – on vous expliquera). Mais de là à imaginer qu’ils peuvent être experts de leur propre vie ou cadre de vie, le pas n’est pas franchi. Enfin, il semble que les experts ont du mal à prendre en compte les aspects immatériels, les mentalités, les opinions (même si on va chercher des sociologues) parce que les chiffres, les statistiques, les cartes, les graphes sont eux des données « objectives ». Les états d’âme n’ont pas la cote !

 

PS : ayant été très longtemps consultant, ayant conduit moult études, je peux porter un regard rétrospectif. Mais dans le bureau d’études; nous avons toujours associé, à côté d’un comité de pilotage forcément institutionnel, un autre groupe, moins formel, mais très orienté société civile pour avoir en permanence un dialogue : écouter, comprendre… et disons-le aussi crûment, faire passer, diffuser des idées.

 

 

Démocratie participative : Montréal et les tables de quartier

Une expérience intéressante : à la fois modeste et ambitieuse… Cet article fait partie d’un dossier plus large qui part de réalités locales qui doivent nous concerner… tout en montrant comment cette démocratie participative devient un marché convoité par des intermédiaires qui font des propositions aux collectivités. Pente dangereuse… Par ailleurs, il y a des outils notamment numériques   ; certains sont payants, verrouillés, d’autres libres (voir ici https://codefor.fr).

capture d’écran d’une présentaation faite à Montréal)

Revue de presse : Le Monde   Claire Legros – Publié le 6 juin 2019

Anne Latendresse : « A Montréal, les “tables de quartier” font vivre la participation citoyenne »

Par ailleurs, c’est expliqué ici aussi : https://slideplayer.fr/slide/12387905/

Dans la métropole québécoise, des dispositifs de participation citoyenne pérennes et indépendants sont les interlocuteurs directs des élus, explique la professeure de géographie sociale à l’UQAM, qui travaille sur les mouvements sociaux au Québec.

Il existe aujourd’hui une trentaine de « tables de quartier », qui font vivre la participation citoyenne de façon pérenne, estime la professeure de l’université du Québec à Montréal. Entretien.

A quoi servent les « tables de quartier » à Montréal ?

Elles ont été créées à la fin des années 1980, dans certains quartiers de Montréal, de la volonté d’associations et d’habitants de se regrouper « autour de la table » pour croiser leur analyse des problématiques du quartier. Il existe une trentaine de « tables » aujourd’hui à Montréal, dont les plus anciennes ont vu passer quatre générations de citoyens. Elles sont devenues les interlocuteurs privilégiés des mairies d’arrondissement qui, depuis la réforme des années 2000, ont une grande autonomie. Les tables de quartier font vivre la participation citoyenne à Montréal de façon stable et permanente. C’est un élément important de la concertation à l’échelle municipale.

Quel est leur champ d’action ?

Les tables sont responsables du développement social local : la lutte contre la pauvreté, l’accès au logement, l’intégration des migrants, des jeunes, des aînés, la mobilisation environnementale… Leurs membres, souvent des représentants d’associations du quartier, jouent le rôle d’animateurs au long cours de la participation. A partir d’un diagnostic de quartier, ils mettent en place une démarche participative avec les habitants pour définir les priorités du quartier en matière de transport, d’habitat, de services de proximité…

Les tables interviennent aussi dans des projets d’aménagement. De quelle façon ?

Dans le quartier populaire de Pointe-Saint-Charles, enclavé entre le fleuve Saint-Laurent et le canal Lachine, la table a mené une démarche participative appelée « Opération populaire d’aménagement », en 2004, autour du processus de gentrification. Elle a appelé les habitants à discuter pendant trois jours de ce qu’ils souhaitaient pour leur quartier : plus de verdissement, de pistes cyclables, de commerce local, de logements sociaux… Quand, l’année suivante, la ville de Montréal a annoncé un projet de développement du quartier avec un casino et des boutiques chics aux abords du port de plaisance, il y a eu une mobilisation incroyable. Les habitants ont vu que ce projet ne correspondait pas à leurs conclusions. Pendant un an, ils ont manifesté leur désaccord et ont réussi à faire échouer le projet. Dans cet arrondissement, la table de quartier est devenue un acteur incontournable.

Comment ces tables sont-elles financées ?

Une trentaine d’entre elles, aujourd’hui, reçoivent des financements de la ville de Montréal, du réseau montréalais de la santé et de l’organisation philanthropique Centraide du Grand Montréal, qui se sont associés pour créer un fonds commun. L’originalité, c’est que la Coalition montréalaise des tables de quartier est à la fois partenaire et récipiendaire de ce fonds. Ce financement récurrent assure leur indépendance et une continuité : dans chaque table de quartier, un employé est payé pour coordonner les projets et chercher d’autres financements. Depuis les années 2000, la ville de Montréal impose en échange la présence de partenaires publics et privés autour de la table : associations, mais aussi institutions (écoles, secteurs de la santé), entreprises et élus. Mais les tables les plus anciennes s’opposent à intégrer des représentants institutionnels, préférant conserver un espace communautaire autonome.

En ces temps de dialogue, contributions…

Le mois de décembre est coloré en jaune, et organisé en ronds-points… Une demande d’écoute, de considération a été formulée et reprise par le gouvernement. Comme il n’y a pas d’amour, mais que des preuves d’amour, attendons les preuves…

En attendant, commençons par les constats : à quelque échelon que ce soit, disons T+1 (T comme territoire structuré), T+2; T+3… etc. il y a une tendance à évacuer les procédures de débat.

Quand un élu se permet de dire : « la démocratie participative, cela commence à bien faire » parce qu’effectivement cela prend du temps et cela gêne…, on ne peut qu’être perturbé (pour rester dans le vocabulaire correct).

Alors, revenons à la boîte à outils qui était active au moment s’élaboraient les pays (les pays Pasqua, les pays Voynet) qui avaient pour ambition de recréer des territoires fondés sur le vécu (en remettant en cause les  limites administratives) : à toutes les étapes de construction du projet, il y avait bien sûr un comité de pilotage officiel (avec les élus, les consulaires, les services de l’Etat…) mais il y avait aussi des instances moins formelles mais tout aussi actives, écoutées (du moins dans les dossiers que j’ai connus). Au début des démarches, c’était la réunion de personnes intéressées, soit repérées par le monde associatif, soit en entreprise, soit indiquées par les élus… Soit en réunion de travail thématique (économie, culture, mobilité, services à la personne, communication..;) soit en réunion globale : aider à connaître le territoire, faire des suggestions, éclairer le bureau d’études, critiquer, enrichir… Parole libre mais parole respectée par le comité de pilotage.

Une fois la procédure terminée, cela a donné des conseils de développement (CDT) dans les pays. Dans quelques-uns, la dynamique a été conservée peu ou prou, dans d’autres, elle s’est étiolée, affaiblie : il faut se demande pourquoi : au-delà de la fatigue, du renouvellement des générations, il y a aussi le sentiment de servir à quelque chose ou de ne servir à rien (ou pas grand chose). Les pays sont un cas; dans d’autres domaines, la démarche a pu être similaire. S’adosser à ce qu’on appelle l’expertise ordinaire pour augmenter le sentiment d’adhésion. Est-ce si difficile ? Les participants ne savaient pas tout, mais il était convenu que s’il fallait apporter un point de vue technique, cela se décidait en comité de pilotage.

Concrètement, aujourd’hui, que se passe-t-il ? Les commissions ne fonctionnent plus et, quand une étude est lancée, elles ne sont pas associées au pilotage qui est réservé aux structures officielles. Au moment du rendu, il y a une consultation qui est souvent la mise en avant de la solution unique (There is no alternative, disait Mme Thatcher). Quand nous demandons à être associé à l’écriture du cahier des charges, on nous rétorque qu’on n’y connaît rien…

Les données ne sont pas toutes communiquées, mises sur la table pour qu’on puisse s’approprier la connaissance des choses? C’est ce qu’on appelle une démarche technocratique.  A tous les niveaux, avec de beaux sourires et des discours lénifiants, on nous fait comprendre que la démocratie participative, cela commence à bien faire.


Propositions :

  • Réanimer les commissions en leur donnant un rôle plus actif : en amont (état des lieux, diagnostic), pendant (suivi des démarches) et après un débat sur les choix,  l’évaluation…
  • Quand ces commissions n’existent pas, mettre en place un groupe sur mesure lié à une action précise qui suivra le dossier quitte à se dissoudre (ou à muter) à la fin;
  • Créer des lieux ou des instances où les données, les études, les chiffres, les lois, les circulaires sont mis dans une sorte de bibliothèque numérique à disposition, pour éclairer les discussions;
  • sur des sujets nouveaux, pourquoi ne pas réfléchir à la notion de jury citoyen ?
  •  Sur un plan plus général, rappeler que les décisions sont aussi guidées par des engagements en matière de développement soutenable, de mutation énergétique, climatique… et que la cohérence s’impose : préservation environnementale (investissements, pratiques), choix de société (renforcement des liens locaux, courts, de centralité  – comme les bourgs-centres, les produits locaux-), patrimoine vécu comme à la fois racines et richesse), sans pour autant s’enfermer dans l’identitaire qui n’a rien à voir avec l’identité.

Le bien commun

On le sait : « rien n’est simple et tout se complique » (notamment les règlementations qui augmentent au fur et à mesure que les moyens diminuent) : mais mettons en avant la notion de bien commun. Le territoire est un bien commun et sa gestion en est également un. On ne peut plus accepter que même avec la légitimité de l’élection, les élus se sentent dispensés de débattre de tout ce qui concerne une collectivité, les habitants comme l’espace géographique. Les habitants ne sont plus des sujets… Le niveau de connaissance monte et parallèlement la demande de participation.

La démocratie participative, c’est affaire de procédure (les preuves d’amour) et d’état d’esprit (l’amour). Voyons donc !


 

Smart cities : Les villes peuvent-elles réenchanter la démocratie ? (Et nous ?)

Participation citoyenne, habitat, énergie, action culturelle… les projets innovants qui font bouger les villes, ces laboratoires où s’inventent les changements de société. Extraits….

LE MONDE | Par Vincent Giret

Antonin Malchiodi

 Changer la gouvernanceDans nos démocraties occidentales, cette « grande transformation » urbaine s’est doublée d’une interrogation angoissée : les villes parviendront-elles à enrayer la violente crise de défiance politique et civique qui mine chaque jour davantage nos vieilles nations fatiguées ? Peuvent-elles être le lieu d’un renouveau civique, après avoir inventé et incarné les premières la démocratie ?

En France, où la « monarchie municipale » et le goût du pouvoir vertical ont pourtant la vie dure, 70 % des maires ont fait de la participation citoyenne un enjeu majeur de leur mandat.

 

Les villes ont de nombreux atouts : leurs édiles sont les moins discrédités de tous les élus de la République, ils bénéficient même souvent d’une cote d’estime très supérieure à la moyenne. Hommes ou femmes de la proximité, ils incarnent une autorité publique authentique et une capacité concrète de décision dans les domaines les plus sensibles du quotidien. Mieux : la gouvernance des villes change enfin. Depuis la naissance des budgets participatifs à Porto Alegre, au Brésil, il y a trente ans, l’idée a fait du chemin : plus d’un millier d’expérimentations se sont développées à travers le monde. Des mouvements citoyens ont même réussi à s’emparer du pouvoir et inaugurent des formes nouvelles de gouvernance, comme à Barcelone.

En France, où la « monarchie municipale » et le goût du pouvoir vertical ont pourtant la vie dure, 70 % des maires ont fait de la participation citoyenne un enjeu majeur de leur mandat. « Les municipalités sont devenues les lieux de l’innovation sociale et politique », constate le sociologue Loïc Blondiaux. Les élus disposent désormais d’un « catalogue de techniques et d’outils assez complet, qui va des discussions de groupes jusqu’aux plates-formes de contributions en ligne et aux budgets participatifs, efficaces quand ils font l’objet d’un vrai travail de concertation et de restitution ». Car il ne suffit pas d’inscrire la participation citoyenne dans un programme : elle nécessite une réelle volonté politique et l’engagement dans un processus parfois long et exigeant

Démarche exemplaire

L’une des expérimentations les plus spectaculaires ces derniers mois s’est tenue à Hambourg, deuxième ville d’Allemagne avec 1,7 million d’habitants. Pour accueillir en un temps record quelque 50 000 migrants, s’assurer de l’acceptation de la population, favoriser leur intégration et éviter les ghettos, le bourgmestre (social-démocrate, SPD) a piloté une « consultation-participation » inédite à cette échelle et préparée par le laboratoire de la ville de l’université HafenCity.

A l’aide d’une plate-forme numérisant la ville et ses quartiers, les citoyens, organisés en groupes de travail, ont identifié eux-mêmes la localisation future des centres destinés aux nouveaux résidents, terrains et habitations disponibles, lieux à réhabiliter… Chacun des districts a dû prendre sa part, à charge égale avec les autres et selon des modalités définies collectivement. Cette démarche exemplaire devrait faire école. « Historiquement, la ville, c’est la capacité à faire se côtoyer la diversité dans le grand nombre », rappelle Thierry Pech, directeur général du think tank Terra Nova.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-prix-de-l-innovation/article/2017/04/06/les-villes-peuvent-elles-reenchanter-la-democratie_5106761_4811683.html#13FdiDRxmghlHt9m.99

La volonté de démocratie n’est pas liée à la taille de la collectivité : c’est un mode de fonctionnement : soit la monarchie (nous avons été élus et nous faison) soit le détour du dialogue, de la participation…