Le grand trou noir de l’intercommunalité : où est la démocratie participative ?

Les lises se battent pour conquérir les mairies qui pourtant ont de moins en moins de pouvoir

Sur les intercos on ne dit pas grand chose alors qu’elles sont « hors circuit démocratique ». Lisez ce petit billet du journal le Monde

L’ intercommunalité, « grande oubliée » de la transition démocratique ?

A quoi sert de développer la concertation à l’échelle communale si les décisions sont prises ailleurs ? Dans un texte publié à l’occasion des municipales de mars, des chercheurs et praticiens, réunis au sein de l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne (ICPC), s’inquiètent de voir l’intercommunalité demeurer la « grande oubliée » de la « transition démocratique », au risque de créer « un hiatus entre les lieux où l’on débat et ceux où l’on décide ».

Collecte et traitement des ordures, réseaux de transport, implantation des entreprises, construction des logements et des équipements… C’est en effet à l’échelle de l’« interco » (ou de l’EPCI, l’établissement public de coopération intercommunale) que se décident aujourd’hui les politiques publiques qui ont un impact direct sur le quotidien des communes. Or, son fonctionnement « ne favorise pas la transparence du débat public et l’influence des citoyens sur les politiques locales », estime le sociologue David Guéranger, chercheur au Laboratoire techniques territoires et sociétés et auteur, avec Fabien Desage, de La Politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales (éditions du Croquant, 2011).L’intercommunalité a « recentré et opacifié le pouvoir municipal, car elle fonctionne comme un club de maires », ce qui tend à « exclure les autres acteurs : élus des conseils municipaux, militants politiques, citoyens ».

Dans le prochain numéro de la revue Mouvements, le chercheur en science politique Guillaume Gourgues invite à « politiser les intercommunalités, rurales ou urbaines », par « la construction d’une vision critique » de ces institutions. De son côté, le Manifeste pour une démocratie locale réelle,publié par le média d’investigation indépendant Médiacités, appelle à généraliser l’élection directe des élus intercommunaux et à « favoriser le contrôle de l’action des collectivités par le grand public ».

Toujours les cartes électorales en Midi-Quercy : autres rapprochements

Toujours sous le regard du géographe, ces deux cartes mises en rapport par Hervé Le Bras (Le Monde) qui est démographe et spécialiste des élections.

Regardons le Tarn-et-Garonne, vieille terre « rouge » ;  en fait, radicale-socialiste, plus modérée que révolutionnaire.

Lors du vote au référendum de Maastricht, le département a voté plutôt contre la constitution européenne sauf qu’en se déplaçant vers l’est du Tarn-et-Garonne, la couleur change et montre  une opposition moindre : on passe du bleu (bleu France) au bistre.

La seconde carte, celle des difficultés, montre un gradient de la même eau : l’Ouest et le centre du département sont marqués par des difficultés « graves » : couleur marron ;  quand on se déplace vers l’est du département, vers le Rouergue, la couleur pâlit et dénote des « difficultés plus moyennes ».

Faut-il y voir un rapport entre le vote le Pen (là où les difficultés sont « graves ») et le vote Mélenchon : des difficultés, « moyennes », mais une opposition à l’Europe moins forte ?  Je ne peux que faire des rapprochements : l’analyse ne saurait aller au-delà, mais ces cartes sont intéressantes.

Réflexions sur une carte électorale

Zoom sur les cartes publiées sur le site web du Monde : en brun, Le Pen, en jaune, Macron, en bleu, Fillon, en rouge, Mélanchon. Les autres ne sont pas dans le radar.

Que dire des résultats dans le Tarn-et-Garonne et plus précisément dans le Quercy ?

Le Midi-Quercy, en sa partie la plus à l’est, a voté beaucoup pour la France insoumise tandis que le reste du département se donnait plus au parti de Marie Le Pen. Quelques îlots macroniens dont surtout Montauban, la ville et quelques taches bleues, pour Fillon, plutôt situées à l’Ouest.

On peut se poser des questions sur l’importance des votes protestataires, anti-européens (Mélanchon et Le Pen) dans le département qui n’est pas spécialement en crise industrielle, qui bénéficie de la PAC et de l’apport de travailleurs saisonniers pour les récoltes de fruits ou produits maraîchers.

Que le secteur de Saint-Antonin ait préféré le rouge au brun est une autre interrogation : certes, le revenu moyen est plus bas que la moyenne nationale, certes le foncier n’a pas une valeur très forte, certes le nombre d’habitants « étrangers » est plutôt significatif (grâce à eux, l’immobilier a été sauvé et l’injection de monnaie dans l’économie n’est pas anodine), mais qu’est-ce qui peut expliquer ces choix électoraux ?

Expliquer est certainement impossible sans enquête de terrain, constater est en revanche à portée de tous. Ces votes doivent nous « interpeller » comme on dit. Et nous faire réagir. A nous de voir ce qui est directement à notre portée : plus de démocratie participative, plus de travail en commun… semblent les deux directions immédiatement accessibles. Mais les plus dures car culturellement, c’est pas dans l’ADN du secteur !

Résultat en mairie de Saint-Antonin

cliquez sur les images…

 

PS : la carte de France montre deux univers totalement disjoints… Et quand je compare les votes FN dans la région où j’ai beaucoup travaillé (le nord de la Haute-Marne) où les communes rurales, périurbaines donnent plus de 50% à ce parti (pour cause de désindustrialisation et d’abandon), je ne comprends pas la réaction du Tarn-et-Garonne qui n’a rien à voir à cette déreliction.