Etude : Patricia Carlier : L’utilisation des labels sur un territoire de projets en Occitanie, approche stratégique et technique

Une étude qui tombe à point quand tous les territoires se labelissent à tour de bras…

Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/pds/801 DOI : 10.4000/pds.801
ISSN : 2494-2782
Éditeur
Conseil régional Occitanie
Référence électronique
Patricia Carlier, « L’utilisation des labels sur un territoire de projets en Occitanie, approche stratégique et technique », Patrimoines du Sud [En ligne], 9 | 2019, mis en ligne le 01 mars 2019, consulté le 01 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/pds/801 ; DOI : 10.4000/pds.801

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pds-801

Revue de presse (audio) : France Culture : « trop de touristes tuent le tourisme ? »

Une émission d’actualité qui résonne à Saint-Antonin : certes, ce n’est pas Venise, Dubrovnik, Santorin ou le Machu-Pichu. Mais partout le flux touristique dénature ce qui est proposé à la découverte. Le logement ordinaire est concurrencé par les loueurs en ligne qui industrialisent l’offre de logement, les collectivités locales et les agents économiques réclament plus de tourisme parce qu’ils en vivent. Un cercle infernal ?

16/08/2019Trop de touristes tuent le tourisme ?

Face à un afflux de touristes de plus en plus important chaque année, de nombreuses villes européennes envisagent de durcir leurs législations pour lutter contre le tourisme de masse, dont les effets néfastes commencent à se faire ressentir sur les paysages et les écosystèmes.

France-culture : 16 août 2019 : émission 45 minutes  en réécoute possible sans limite de temps

INTERVENANTS
  • Maria Gravari-Barbas
    professeure de géographie à l’université Panthéon-Sorbonne, directrice de l’Institut de Recherche et d’Études Supérieures du Tourisme (Irest) et de la Chaire UNESCO “Culture, Tourisme, Développement”.
  • Rodolphe Christin
    sociologue.
  • Pierre Josse
    co-fondateur et rédacteur en chef du Guide du Routard.

 

Vu sur le blog des Amis de Mediapart : Lettre à Carole Delga: votre paradis touristique contribue à l’enfer climatique 

Lettre à Carole Delga: votre paradis touristique contribue à l’enfer climatique 

  • 4 AOÛT 2019

« Nous ne voulons pas être les têtes de gondoles d’une politique climaticide » déclare un ensemble de citoyens dans une lettre ouverte à la Présidente de leur région, Occcitanie. Face à l’ambition de la région de devenir une destination internationale du tourisme, les habitants refusent la « mise en tourisme de leurs lieux de vie » au mépris de toute considération écologique.

Lettre ouverte à Carole Delga, présidente de la région Occitanie

Copie à :

  • Virginie Rozière, présidente du comité régional du tourisme Occitanie.
  • Louis Villaret, président du Réseau des Grands Sites de France.
  • Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire.

 

Chère présidente,

Voilà près de deux ans que vous battez la campagne avec ce mot d’ordre, très simple : « L’objectif pour la région Occitanie est de faire partie du Top 10 des destinations touristiques européennes ». Ainsi, pour que la région ait l’insigne honneur de figurer aux côtés des îles Canaries ou de la Croatie au palmarès des paradis touristiques, vous avez lancé un fonds de 100 millions d’euros en partenariat avec la Banque européenne d’investissement pour financer des infrastructures et soutenir l’initiative privée. Surtout, vous menez une ambitieuse politique de marketing territorial fondée sur la labellisation de 40 « Grands Sites Occitanie » aux intitulés poétiques : « Carcassonne et les cités du vertige », « Collioure en côte Vermeille », « Bastides et Gorges de l’Aveyron »…

Quel est le but de ce label, officialisé par la signature d’un contrat entre la Région et les élus locaux ? En devenant Grands Sites Occitanie, ces endroits pittoresques seront accompagnés dans la « montée en gamme » de leur offre touristique. Ce qui leur permettra de servir – ce sont vos mots – de « véritables produits d’appel » pour partir à la « conquête de clientèles internationales », en particulier « les classes moyennes des économies émergentes qui constituent les gisements de touristes pour les quinze prochaines années »(1). En clair, il s’agit de passer d’un tourisme encore majoritairement régional à une destination internationale conçue pour les nouvelles bourgeoisies chinoises, indiennes ou brésiliennes.

Pour nous, habitants et habitantes d’Occitanie, cet objectif paraît quelque peu décalé. A l’heure où la crise climatique se précipite, le fait que l’économie régionale repose sur l’aéronautique et donc l’expansion du trafic aérien pose déjà problème. L’idée de la compléter par une politique touristique volontariste qui favorise encore l’hypermobilité et le trafic aérien témoigne d’une conception assez étriquée des sciences climatiques. Savez-vous que le tourisme, selon une étude récente de l’Université de Sydney, est responsable d’environ 8 % des émissions de CO2 dans le monde ? Ces dernières semaines, on a relevé dans la Région des températures approchant les 46 degrés. Pour la première fois de leur vie, des agriculteurs de l’Hérault, de l’Aude ou du Gard, ont vu leurs cultures se consumer sous les rayons du soleil. Est-il bien raisonnable de tabler sur des prévisions globales de 2 milliards de touristes internationaux à l’horizon 2030 ? L’extrême vulnérabilité de l’économie touristique aux aléas climatiques n’impose-t-elle pas, à elle seule, de reconsidérer ce genre d’investissements ? Demandons-nous plutôt comment on pourra cultiver la terre en Occitanie en 2030, et s’il y aura assez d’eau potable.

Certes, ce projet met l’accent sur le développement d’un tourisme « durable », « responsable », voire d’un « slow tourisme ». Mais cela nous semble plus correspondre à une logique de positionnement marchand par rapport aux segments de clientèle visés qu’à une réelle prise en compte de ces enjeux. L’idée de base reste d’inciter les gens à parcourir 8000 kilomètres en avion pour leur refiler une balade en vélo sur le canal du Midi.

Autre problème : il se trouve que les lieux dont le label Grand Site Occitanie actent la mise en tourisme, ce sont nos lieux de vie. Ce sont des coins paumés ou des quartiers populaires où l’on a encore le droit d’habiter au milieu des vieilles pierres, près de la nature, sans être pris à la gorge par des loyers exorbitants. Ce sont ces endroits, de l’Aveyron à l’Ariège, où, parce qu’on y échappe un peu plus qu’ailleurs à l’exploitation économique, il reste possible d’innover. Entendons-nous : non pas pour développer des objets connectés et des algorithmes, des drones et des robots, autre spécialité régionale. Non : nous parlons d’un genre d’innovation proprement « disruptif », au sens où il implique réellement une rupture avec le modèle économique et productif dominant. Comme dans d’autres localités semblables, c’est bien dans ces arrière-pays que depuis quelques décennies se réinventent l’agriculture paysanne, l’habitat écologique, l’artisanat ; des formes de vie collectives, des habitudes d’entraide et de partage ; et une création artistique riche, quoique faite par des pauvres.

Que se passe-t-il, quand on met, au milieu de tout ça, un écriteau traduit en toutes langues disant « destination touristique internationale incontournable », répercuté sur les plateformes de l’économie-monde ? On l’a vu avec les premiers « Grands Sites Midi-Pyrénées », qui ont commencé à luberoniser nos campagnes : les prix de l’immobilier flambent, la location saisonnière détruit l’offre locative à l’année, les inégalités sociales se creusent, les fermes se transforment en résidences secondaires. La mono-industrie touristique concurrence ou décourage d’autres activités moins rentables, mais infiniment plus valables du point de vue de l’intérêt général. Et bien sûr, entre les marchands de glace et les stands de tongs, il ne reste plus grand-chose de l’esprit des lieux.

Petit rappel : au niveau national, les premières Opérations Grand Site ont été créées à la fin des années 1970, justement pour tenter de sauver des sites ravagés par la surfréquentation. Parce qu’il « est absurde d’exploiter nos gisements touristiques comme on exploite une mine, en les vidant de leur substance », lit-on dans Le Monde en 1980, « on a dressé en 1978 une liste de 25 sites à la fois prestigieux et menacés »(2). Ainsi naît ce qui deviendra le label « Grand Site de France », dont le premier objectif est de préserver et restaurer des paysages fragiles et attractifs. C’est dire le cynisme de cette politique des « Grands Sites Occitanie », qui, eux, visent explicitement l’inverse : augmenter la fréquentation touristique en valorisant des « gisements » insuffisamment exploités.

Pour réaliser tout ceci, la Région s’est donné les moyens d’une « politique marketing offensive » : il s’agit, dans une ambition toute orwellienne, de « construire sa nouvelle identité pour devenir une référence tant pour les habitants que les clientèles françaises et internationales »(3). Nous voici, habitants, sommés d’incarner un concept de novlangue publicitaire : « l’Occitalité ».  Pourquoi Occitalité ? Parce que « l’Occitanie », apprend-on sur le site de la Région, « doit être la marque de destination qui incarne le mieux l’hospitalité »(4). Et la diversité de cette vaste région se retrouve centrifugée en une sous-culture occitane de cassoulet-canoë fondée sur « le sourire », « la convilialité », « l’hédonisme ». On trouvera difficilement meilleure illustration de ce que signifie marchandiser un territoire.

Chère Carole Delga, notre sourire ne sert pas à ça. Nous ne voulons pas être les têtes de gondoles d’une politique climaticide. En revanche, pour reprendre un mot d’ordre qui a résonné dans les rues de Barcelone ces dernières années, nous serions très heureux que l’hospitalité devienne la valeur-clé de notre région : investissons donc ces 100 millions d’euros pour améliorer l’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés, créons des commerces de proximité, des ateliers de réparation et de dépollution, des coopératives agricoles et artisanales, où les nouveaux arrivants pourront travailler aux côtés des habitants de la région pour construire une économie plus digne des enjeux de la décennie à venir.

(1)  « Appel à projets Grands Sites Occitanie », p. 7 ; « Cap sur l’innovation touristique : Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs de la région Occitanie. », p. 26.

(2)   14/08/1980, cité par Mélanie Duval et Christophe Gauchon, Annales de Géographie, 2007/2 n° 654.

(3)    « Cap sur l’innovation touristique : Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs de la région Occitanie. », p. 5.

(4)    « Positionnement de la nouvelle destination de marque Occitanie », tourisme-occitanie.com

Première signataire :

Celia Izoard, journaliste ;

Signataires :

Membres de L’Atelier d’Ecologie Politique de Toulouse :

Frédéric Boone, astronome (IRAP-CNRS/CNES) ; Geneviève Azam, économiste (Université Toulouse Jean Jaurès) ; Adeline Grand-Clément, maître de conférences à l’Université de Toulouse Jean Jaurès ; Etienne-Pascal Journet, chercheur- agronome (CNRS Toulouse) ; Florian Simatos, mathématicien (ISAE-SUPAERO Toulouse) ; Hervé Philippe, Directeur de recherche (CNRS), Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale, Moulis, Ariège ; Jean-Michel Hupé, chercheur en neurosciences (CNRS) ; Julian Carrey, professeur des universités, physicien ; Laure Teulières, maître de conférence en Histoire à l’Université de Toulouse Jean Jaurès ; Mariette Gerber, Chercheur Honoraire INSERM, Expert ANSES, Montpellier ; Maya Mould, doctorante en écologie à Moulis, Ariège ; Steve Hagimont, Docteur et agrégé en histoire (Université Toulouse Jean Jaurès) ;

Pascal Pragnère, conseiller municipal d’Albi EELV ; Marie-Laure Arripe, socio-économiste, conseillère municipale de Peyriac-sur-Mer, Aude ; Elisabeth Coutou, conseillère municipale de Penne, Tarn ; Albert Cormary, Géographe-urbaniste militant EELV ; Manuel Garcia, Réseau éducation sans frontières, Tarn ; Daniel Coutarel, paysan et militant du réseau Nature et Progrès, Tarn ; Antoine Glory, guide de montagne Pyrénées Orientales (Mountain Wilderness) ; Marie Didier, médecin, écrivain ;Didier Denis, compositeur ; Mickaël Pardé, Eric Sevault, ingénieurs METEO-FRANCE ; Juliette Mezenc, écrivaine ; Alain Cornuet, comédien ; Liêm-Khê Luguern, Docteure en Histoire ; Frédéric Dedieu, consultant ; Florent Gaudez, socio-anthropologue ; Françoise Bru, artiste ; Jean François Alleman, professeur retraité de Lettres Classiques (Université Toulouse Jean Jaurès) ; Françoise Zamuner, directrice d’école, Haute Garonne ; Martial Penicaud, journaliste ; Nara Cladera, SUD éducation-Solidaires Comminges ; Sandrine Buresi, directrice de l’association GEFOSAT (association citoyenne spécialisée dans le conseil en maîtrise de l’énergie et la lutte contre la précarité énergétique) ; Isabelle Anglade, auteure illustratrice ; Thomas Bodinier, artiste circassien ; Anaïs Lafont, comédienne ; François Sylvestre, charpentier ; Rémy Puyuelo, psychanalyste…

 

Grand site ou pas, l’essentiel est ailleurs : la charte « cité du bien vivre »

Je propose dans le doc (et en résumé ci-dessous) un programme qui peut réconcilier tout le monde, si ces « tout le monde » veulent bien mettre en concret les mots vertueux employés dans la presse  ou les médias.
PROPOSITION 
Grand site, avenir urbain et touristique de Saint-Antonin
Et si on s’adossait à la charte « cité du bien-vivre » ! 
Les déclarations des uns et des autres font toutes références à un projet de qualité (voir annexe du document en pièce jointe). Il semble que la motion de synthèse se tient dans un document déjà signé par la commune de Saint-Antonin :  la charte et le  label Cité du Bien-vivre, traduction française de CittaSlow ou Slowcity…
Qu’il y ait Grand site ou non, cela n’ôte rien à l’importance de cette charte (qu’il ne faut pas confondre avec uniquement les produits locaux ou le vélo)… C’est un projet global à la fois traditionnel (le patrimoine nature et culture) et l’innovation (technique, sociale et démocratique).
Ce qui est en jeu, c’est un changement de modèle : se défaire de l’idée de croissance, de compétition (avec ses dérives) que sous-tend le marketing touristique pour adopter un autre modèle lié aux enjeux planétaires autour du défi climatique et écologique et construire un nouveau modèle de ville, de société tout aussi accueillante mais sur d’autres bases. Et cela dans une pratique de démocratie participative, avant et pas seulement après !
Les habitants de Sebastopol (Californie) sont venus deux fois nous voir. Voici sur leur site un dessin très parlant…

Lisez les quelques pages (formalisées rapidement et donc perfectibles), réagissez et si cela vous intéresse, travaillons ensemble à intégrer ces idées d’abord dans un projet et ensuite dans du concret (car vous le savez, le diable est dans les fiches actions et leur mise en opérationnel).

Entre ce qui a été dit depuis la candidature puis labellisation de Saint-Antonin et ce qui se fait dans le réseau mondial (et plus d’ailleurs), il y a du matériau !
Téléchargez le document (format doc) :  programme Grand site+bourg-centre
vous y trouverez entre autres la charte cittaslow actuelle.
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Lire également cet article sur ce site web https://nobilis-vallis.eu/archives/556