Etude : Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? »,

Une étude évidemment intéressante au moment où la DREAL se propose de protéger l’Aveyron et ses affluents… J’ai surtout remarqué la dernière phrase du résumé ; de l’importance de l’opérateur qui fédère… avec les deux mots « opérateur » et « fédère »…

Résumé de l’étude

Les paysages sont-ils du patrimoine ? Et si oui, en quoi ce patrimoine peut-il être considéré comme européen ? Une première partie fait appel à l’analyse sociosémiotique. Tout d’abord, nous rappellerons la manière dont un lieu devient paysage par une opération de traduction qui fait du paysage une représentation du lieu. Puis, nous examinerons ce que veut dire parler de patrimoine à propos du paysage. La seconde partie est consacrée à la présentation de trois exemples qui illustrent deux modalités différentes de traduction d’un lieu ou d’un paysage en patrimoine. Dans le premier exemple, le paysage est à l’origine du pays et ils font simultanément patrimoine (exemple du Val d’Orcia en Italie). Dans les deux autres exemples, le fonctionnement du pays est la condition de survie du paysage (exemple des Alpujarras en Espagne et des Cinque Terre en Italie). En conclusion, l’accent est mis sur l’impossibilité de détacher le paysage du lieu et sur l’importance de l’opérateur qui fédère les acteurs collectifs participant à leur sauvegarde en tant que patrimoine.

L’article est en ligne et accessible librement par ce lien :

http://journals.openedition.org/culturemusees/2748

 

L’auteurJean Davallon – Université d’Avignon, Centre Norbert Elias
Professeur émérite des universités en sciences de l’information et de la communication, Centre Norbert Elias (UMR 8562), Avignon Université, Jean Davallon travaille sur le rapport entre dimension symbolique et fonctionnement communicationnel dans les musées et le patrimoine. Parmi ses publications récentes, on peut citer : « Les musées, au cœur de la reconfiguration des patrimoines ? », p. 53-75 in Musées, Mutations… / sous la direction de Joëlle Le Marec, Bernard Schiele & Jason Luckerhoff. Dijon : Éditions universitaires de Dijon/Ocim (2019) ;  Référence papier

Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? », Culture & Musées, 33 | 2019, 19-59. – Référence électronique Jean Davallon, « Les paysages, patrimoine européen ? », Culture & Musées [En ligne], 33 | 2019, mis en ligne le 19 novembre 2019, consulté le 21 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/culturemusees/2748 ; DOI : 10.4000/culturemusees.2748

A propos du débat sur le tourisme : quel tourisme voulons-nous ?

Je n’avais pas pu être présent à ce débat, étant sous d’autres cieux dans un autre chantier : le patrimoine thermal.

J’avais préparé un document que j’avais souhaité faire lire mais cela n’a pas été possible, le débat ne s’étant déroulé comme imaginé. Mais, même si c’est trop tard et si le débat ne changera pas grand chose, je mets ici en ligne ce que j’avais écrit.

Grand site ? Bien des questions.

Dp 19/05/19

souvenir de saint-antonin

Je me permets d’intervenir à distance : ayant travaillé il y a 10 ans sur le commerce local, ayant porté le label Cittaslow ensuite à une époque où beaucoup n’y croyaient pas, étant impliqué dans le Pays d’art et d’histoire notamment sur le volet patrimoine industriel, dans le pays Midi-Quercy… Bref dans plein d’endroits où on agite les questions dont celles de ce soir… je réagis d’abord et surtout sur le dossier de candidature au Grand Site « Bastides et Gorges de l’Aveyron ».

Le document qui fait 231 pages (nous n’avons pas les annexes) propose un état des lieux (on peut discuter dans le détail, sur la continuité écologique, sur la présentation de ce qu’est CittaSlow), un catalogue d’actions époustouflant (dont certaines sont là par opportunité, d’autres sont intéressantes).

Il convient plutôt de rester dans les grands principes fondateurs :

QUELLE COHÉRENCE ? Le géographe s’inquiète ;

  • le rapprochement entre les deux communautés de communes a-t-il du sens ? Ou est-ce un effet d’opportunité (avoir la masse critique pour entrer dans le cadre régional) ? (voir ci-contre la carte des bassins de vie ; c’est moi qui ajouté en rouge les noms de Caylus et Saint-Antonin, pour aider à se repérer. cette carte de 2002 reste d’actualité).
  • Dans le même registre,les deux pays d’art et d’histoire, celui du pays Midi-Quercy et celui des Bastides du Rouergue – qui sont cités mais sans qu’on démontre en quoi ils ajoutent de la valeur au dossier – deviennent quoi ?

QUELLE FINALITÉ ?

Il est écrit d’emblée :

« Protéger, singulariser et promouvoir la destination « Bastides et Gorges de l’Aveyron » en l’inscrivant dans le cadre d’un label de qualité́ et de notoriété nationale, telle est notre priorité. »En soi, c’est neutre. Pour ce faire, il y a plusieurs voies possibles.

Plus loin page 136 ; la stratégie évoquée tourne autour : des filières touristiques, du rôle des offices du tourisme, de la promotion de la destination, d’une dynamique d’investissement et enfin une gouvernance favorisant l’innovation

POURQUOI JE SUIS FRUSTRÉ

Une stratégie correspond à un projet politique.« Protéger, singulariser et promouvoir » mais les démarches de développement, où le marketing prend beaucoup de place sont-elles compatibles avec deux autres impératifs dont l’importance va grandissant :

protéger(partout on met en cause la surfréquentation touristique où les marchands du temple mettent en péril le cadre naturel et culturel) ;

enfin, la crise écologique n’impose-t-elle pas de revoir toutes les politiques de croissance en revisitant les choix qui avant poussaient au toujours plus.

Dans le cadre du SCOT en cours d’élaboration, le patrimoine et le tourisme étant mis de côté, j’ai proposé une réflexion qui suggère un scénario disruptif (avec le mot à la mode) : abandonner la stratégie marketing (le mot attractivité étant central) pour autre chose : le bien commun de l’Humanité dont nous sommes une partie avec comme idées que :

  • La recherche de valeur ajoutée économique n’est plus centrale.
  • Qu’il faut tenir compte de la crise écologique, donc raisonner en termes d’équilibre.

Le concept de valorisation n’est plus dans son sens monétaire ; la valeur peut être dans la gratuité, l’échange, la participation, dans le « lent » comme dans l’approfondissement des liens.

Le patrimoine, dans sa grande diversité (nature, culture), dans toutes les périodes concernées, dans ses liens locaux comme mondiaux, pourrait être aussi une base d’une valorisation culturelle, intellectuelle, moins dévoreuse de ressources.

« une gouvernance favorisant l’innovation » est-il écrit. Mais seule une page est consacrée à ce volet essentiel : un projet se fait avec les intéressés (le bien commun) et se gouverne et évalue avec eux.

Or les intéressés, ce sont les élus, les professionnels du tourisme, des commissions thématiques et une commission grand site… Ce mode de fonctionnement est périmé : car non seulement le tourisme a un impact sur tout le reste, dont la vie ordinaire (donc les citoyens) mais il est aussi un pan du « bien commun » mis en avant dans le scénario alternatif : donc, la valorisation ne peut être du seul fait des acteurs locaux sans penser que nous avons un héritage à léguer et que la crise écologique qui devient centrale dans la plupart des choix de projet nous impose de raisonner autrement. Donc de revoir ambitions et fiches-actions pour non pas les supprimer, mais les configurer autrement.

De façon annexe, on pourrait se passer de servir la soupe à Google (plusieurs fois cité) alors qu’il existe des solutions open source…

Horseshoe Falls (Pays de Galles) – Roumégous (Saint-Antonin)

Dans le cadre des réflexions sur le patrimoine des chaussées, la continuité écologique, une comparaison fondée d’abord sur la forme  puis sur le fond, est ici abordée. (le document mis en pages est disponible en pièce jointe sous forme de pdf : cliquez ici  
horseshoe-falls_Roumegous )


 

Comparaison peut-elle être raison ? Horseshoe Falls Pays de Galles) – Roumégous (Pays Midi-Quercy)

dp/01/12/18

Une comparaison esthétique, une comparaison hydrologique, une comparaison patrimoniale…

Ce qui se fait au nord peut-il servir d’exemple au sud ?

Présentation des deux sites

Source : Wikipédia –


A/ Horseshoe Falls (Pays de Galles)
« Fer à cheval »

Au Pays de Galles, la chaussée en forme de demi-cercle (fer à cheval) a été aménagée sur la rivière Dee ; le seuil est modeste : il sert à dévier une partie du flux vers le canal qui s’en va alimenter moulins et usines en direction de Llangolen.

Dans ce parcours vers l’aval, toute une série d’équipements liés à la révolution industrielle sont mis en valeur : ponts, moulins, chemin de fer, bateaux… certains authentiques, d’autres comme moyens de mise en valeur touristique : la fréquentation des lieux est importante compte tenu du lien affectif qu’ont les Anglais avec leur histoire industrielle et de l’impact de la reconnaissance Unesco.

Description ici :https://www.waterways.org.uk/shrewsbury/towpath_walk__horseshoe_falls___llangollen

Horseshoe Falls (Pays de Galles)

https://www.pontcysyllte-aqueduct.co.uk/attraction/horseshoe-falls/

Le site, classé World Heritage Site en 2009, forme un tout, un système : l’aqueduc en fonte célèbre, mais aussi le canal et les ouvrages hydrauliques : Thomas Telford ; l’ingénieur, est un personnage important dans l’histoire de l’industrie de Grande-Bretagne : son nom est aussi un argument dans cette histoire, cette cohérence : son nom a été donné à une ville nouvelle.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Telford

Pontcysyllte Aqueduct and canal consists of a continuous group of civil engineering features from the heroic phase of transport improvements during the British Industrial Revolution. The canal brought water borne transport from the English lowlands into the rugged terrain of the Welsh uplands, using innovative techniques to cross two major river valleys and the ridge between them. It was built between 1795 and 1808 by two outstanding figures in the development of civil engineering : Thomas Telford and William Jessop. Through their dynamic relationship the canal became a testing ground for new ideas that were carried forward into subsequent engineering practice internationally.

Plan de site : on voit les équipements touristiques dans l’environnement immédiat. cliquez sur la vignette.

It was inscribed as a World Heritage Site in 2009 and to be included on the World Heritage List, sites must be of outstanding universal value and meet at least one out of ten selection criteria. Pontcysyllte Aqueduct and canal meet the following three criteria :

  • Criterion (i) : The Pontcysyllte Aqueduct is a highly innovative monumental civil engineering structure, made using metal arches supported by high, slender masonry piers. It is the first great masterpiece of the civil engineer Thomas Telford and formed the basis of his outstanding international reputation. It bears witness to the production capacities of the British ironmaking industry, which were unique at that time.
  • Criterion (ii) : The intensive construction of canals in Great Britain, from the second half of the 18th century onwards, and that of the Pontcysyllte Canal in particular in a difficult region, bear witness to considerable technical interchanges and decisive progress in the design and construction of artificial waterways.
  • Criterion (iv) : The Pontcysyllte Canal and its civil engineering structures bear witness to a crucial stage in the development of heavy cargo transport in order to further the Industrial Revolution. They are outstanding representatives of its new technical and monumental possibilities.

Roumégous (Saint-Antonin-Noble-Val)

La chaussée est aujourd’hui modeste car le niveau aval de l’Aveyron a été remonté quand le moulin des Ondes a modifié son installation : chaussée plus haute, niveau d’eau remonté.

La forme de la chaussée est ancienne, sinon d’origine (pour des raisons techniques, pour alimenter les deux moulins sur chaque rive : Roumégous au nord et Fontalès au sud.)

Carte de Cassini vers 1800  ; cliquez sur la vignette.

Carte de Cassini (vers 1800) : les deux moulins sont signalés (comme les autres du secteur) par un dessin qui symbolise la roue dentée (roue verticale ou turbine horizontale).

carte Etat-Major XIXe siècle ; cliquez sur la vignette.

 

La carte dite d’État-Major (XIXe siècle) reprend la même disposition avec des appellations différentes (qui correspondent aux utilisations qui ont été changeantes)

Conclusion : la comparaison des deux équipements est bien sûr superficielle : les aspects esthétiques sont intéressants car ils sont une composante du patrimoine paysager. En ce sens, ils sont un bien commun. Au Pays de Galles, ils sont un point d’attraction pour les visiteurs qui peuvent s’approcher, s’installer sur l’herbe, profiter du paysage. A Saint-Antonin, les bords sont artificialisés (gîte et moulin de Roumégous) ou privés (Fontalès). Pourtant, dans les deux cas, la vue qui est un bien commun est une richesse.

A Saint-Antonin, la chaussée a une autre fonction : elle crée un miroir d’eau qui met en valeur le bourg (fonction voulue quand la gare était active et que les voyageurs arrivaient par la rive gauche, fonction toujours active, mais plus perçue quand on se trouve place des Moines avec l’escalier construit avec l’établissement thermal).

La comparaison peut aussi être approfondie car ces chaussées ne sont pas là par hasard ; la Galloise a été voulue pour l’industrie métallurgique dans le secteur : canal, énergie, lien avec Ironbridge…

la Française – comme ses voisines en amont et aval – est liée à la valorisation par les moines des abbayes (Beaulieu, Saint-Antonin…) pour l’énergie mécanique qu’elle offrait.

Dans les deux cas, nous sommes dans un système « industriel » : XIXe siècle, XIIIe siècle.

Outre la beauté des lieux, il y a une histoire économique – une fonction – qui se matérialise dans la forme.

Question : les Gallois ont réussi à garder la qualité hydrologique et à valoriser leur patrimoine.

Que peut faire la commune de Saint-Antonin, le pays Midi-Quercy, dans une démarche similaire ?

D. Perchet

Le rapport Belaval évoque le rôle de l’Etat dans la défense du patrimoine : pour les moulins aussi…

Extrait de l’article de Didier Ryckner paru sur son site « la Tribune de l’Art » ce 16 novembre 2018

https://www.latribunedelart.com/les-secrets-du-rapport-belaval#nh2

Dans le rapport (désormais public) Ph. Belaval pointe – entre autres – l’affaiblissement des services de la Culture accusés d’être une entrave au développement, à l’efficacité (ce qu’il récuse) et la perte d’audience du ministère (qui sera accentuée encore plus dans les temps à venir avec les réformes concernant le droit de l’urbanisme, du logement…)

Lisant les lignes que nous avons soulignées en les mettant en gras, on ne peut s’empêcher de penser à la problématique des chaussées et des moulins qui sont peu défendus par le ministère de la Culture (qui a proposé une grille d’évaluation de leur valeur patrimoniale – mais grille qui n’est que rarement mise dans le circuit des études préalables) et qui sont dans le collimateur des DDT au motif de la continuité écologique.

Le ministère de la Culture, bras armé de l’État pour la défense du patrimoine

Face à certains qui aimeraient voir le ministère de la Culture se diluer dans on ne sait quelle entité ou se désagréger en plusieurs opérateurs, il (Philippe Belaval) affirme clairement qu’« il n’y a aucune raison sérieuse de revenir sur [la] situation » actuelle où « le ministère de la Culture est l’acteur principal de l’État en matière d’architecture et de patrimoine » (p. 10).

Cette question du ministère de la Culture, de son rôle essentiel et, surtout, de son unité, est au cœur de la partie suivante du rapport.
Il y a, d’abord, les relations avec les autres ministères car, comme le souligne Philippe Bélaval : « la politique patrimoniale a une dimension interministérielle forte » (p. 11). Il faut donc que « le ministère renforce sa position au sein du concert interministériel, où de nombreux signes témoignent d’une perte d’audience, ressentie par les acteurs du secteur ».

Deux domaines lui paraissent dans un premier temps nécessiter un renforcement du rôle du ministère : l’architecture et les archives.
Pour l’architecture, le rapport constate qu’en dehors de l’organisation de la profession d’architecte et de la formation, via les écoles d’architecture, le ministère n’est pas suffisamment impliqué dans les autres dimensions de cette activité, ce qui est pourtant nécessaire pour ses relations avec les autres ministères en charge de question proches.
Retenons néanmoins ce qui, dans notre domaine, est essentiel : la division actuelle « entre les sites présentant « du point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager un intérêt public », protégés par le code du patrimoine et le ministère de la Culture, et les sites présentant « au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque un intérêt général », protégés par le code de l’environnement et le ministère de la transition écologique ». S’il est important d’aborder la question de cette dichotomie, le rapport ne va pas jusqu’à proposer une unification dans un grand ministère du patrimoine de ces deux composantes essentielles du patrimoine : les paysages et les monuments historiques. Il est néanmoins important qu’il le traite et qu’il souligne la nécessité d’une meilleure coordination entre les deux ministères qui passe par un renforcement du rôle de celui de la Culture.

Un patrimoine photographique et une action de solidarité avec les réfugiés de Verfeil et Bruniquel : participez…

Une initiative originale qu’on ne peut que répercuter : 20 euros au profit des réfugiés accueillis à Bruniquel et Verfeil (après Rehoboth à Saint-Antonin).

Un diaporama de plus de 600 images anciennes (cartes postales, fonds variés dont Galup, Trutat, mais pas que…) classées par thèmes autour du Saint-Antonin ancien et quelques excursions dans les environs immédiats).  Beaucoup de ces images sont connues, mais gageons que vous pourrrez faire des découvertes dans cette grande moisson.

Vous adressez un chèque de 20 euros à l’ordre de M&V Johnstone à l’adresse suivante : Val Johnstone, Mas del Sol, 82330 Varen et vous recevrez par courrier électronique un lien vous permettant de télécharger un fichier de type powerpoint de 75 M0 (ce qui témoigne de l’importance du travail de compilation réalisé par John Dawson).

La même opération et les mêmes auteurs ont réalisé un autre diaporama de 200 images sur Najac : si cela vous tente, vous ajoutez 15 euros ou vous faites une commande groupée pour 30 euros.

Val Johnstone est l’animateur d’une page facebook intitulée taglines82 : https://www.facebook.com/groups/1007072769321766/?ref=nf_target&fref=nf

et un blog qui sert de trait d’union à la communauté anglophone :   http://tag-on-line.blogspot.fr/