Smart cities : Les villes peuvent-elles réenchanter la démocratie ? (Et nous ?)

Participation citoyenne, habitat, énergie, action culturelle… les projets innovants qui font bouger les villes, ces laboratoires où s’inventent les changements de société. Extraits….

LE MONDE | Par Vincent Giret

Antonin Malchiodi

 Changer la gouvernanceDans nos démocraties occidentales, cette « grande transformation » urbaine s’est doublée d’une interrogation angoissée : les villes parviendront-elles à enrayer la violente crise de défiance politique et civique qui mine chaque jour davantage nos vieilles nations fatiguées ? Peuvent-elles être le lieu d’un renouveau civique, après avoir inventé et incarné les premières la démocratie ?

En France, où la « monarchie municipale » et le goût du pouvoir vertical ont pourtant la vie dure, 70 % des maires ont fait de la participation citoyenne un enjeu majeur de leur mandat.

 

Les villes ont de nombreux atouts : leurs édiles sont les moins discrédités de tous les élus de la République, ils bénéficient même souvent d’une cote d’estime très supérieure à la moyenne. Hommes ou femmes de la proximité, ils incarnent une autorité publique authentique et une capacité concrète de décision dans les domaines les plus sensibles du quotidien. Mieux : la gouvernance des villes change enfin. Depuis la naissance des budgets participatifs à Porto Alegre, au Brésil, il y a trente ans, l’idée a fait du chemin : plus d’un millier d’expérimentations se sont développées à travers le monde. Des mouvements citoyens ont même réussi à s’emparer du pouvoir et inaugurent des formes nouvelles de gouvernance, comme à Barcelone.

En France, où la « monarchie municipale » et le goût du pouvoir vertical ont pourtant la vie dure, 70 % des maires ont fait de la participation citoyenne un enjeu majeur de leur mandat. « Les municipalités sont devenues les lieux de l’innovation sociale et politique », constate le sociologue Loïc Blondiaux. Les élus disposent désormais d’un « catalogue de techniques et d’outils assez complet, qui va des discussions de groupes jusqu’aux plates-formes de contributions en ligne et aux budgets participatifs, efficaces quand ils font l’objet d’un vrai travail de concertation et de restitution ». Car il ne suffit pas d’inscrire la participation citoyenne dans un programme : elle nécessite une réelle volonté politique et l’engagement dans un processus parfois long et exigeant

Démarche exemplaire

L’une des expérimentations les plus spectaculaires ces derniers mois s’est tenue à Hambourg, deuxième ville d’Allemagne avec 1,7 million d’habitants. Pour accueillir en un temps record quelque 50 000 migrants, s’assurer de l’acceptation de la population, favoriser leur intégration et éviter les ghettos, le bourgmestre (social-démocrate, SPD) a piloté une « consultation-participation » inédite à cette échelle et préparée par le laboratoire de la ville de l’université HafenCity.

A l’aide d’une plate-forme numérisant la ville et ses quartiers, les citoyens, organisés en groupes de travail, ont identifié eux-mêmes la localisation future des centres destinés aux nouveaux résidents, terrains et habitations disponibles, lieux à réhabiliter… Chacun des districts a dû prendre sa part, à charge égale avec les autres et selon des modalités définies collectivement. Cette démarche exemplaire devrait faire école. « Historiquement, la ville, c’est la capacité à faire se côtoyer la diversité dans le grand nombre », rappelle Thierry Pech, directeur général du think tank Terra Nova.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-prix-de-l-innovation/article/2017/04/06/les-villes-peuvent-elles-reenchanter-la-democratie_5106761_4811683.html#13FdiDRxmghlHt9m.99

La volonté de démocratie n’est pas liée à la taille de la collectivité : c’est un mode de fonctionnement : soit la monarchie (nous avons été élus et nous faison) soit le détour du dialogue, de la participation…

Documentation : Smart cities (villes intelligentes) : Un système de stockage innovant pour l’énergie renouvelable

Lors de l’appel à projet hydrogène en 2016, nous avions proposé de coupler le rééquipement des chaussées sur l’Aveyron et la production d’hydrogène. Apparemment, notre suggestion ne méritait pas le dédain… Mieux que la production d’électricité, le stockage d’hydrogène est la solution d’avenir.

Récompensée par le Prix de l’énergie « Le Monde »-Smart Cities, la start-up Sylfen a mis au point un dispositif permettant de conserver sous forme d’hydrogène l’électricité produite localement, et de la restituer en continu.

LE MONDE |   Laetitia Van Eeckhout

Schéma du Smart Energy Hub, l’unité de stockage hybride d’énergies renouvelables conçue par Sylfen.

Envisager 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 est un scénario pleinement réaliste aux yeux de Nicolas Bardi. Il est même convaincu qu’il sera possible, avant le milieu du siècle, de se passer du nucléaire et des énergies fossiles, à l’échelle des quartiers, si ce n’est de territoires entiers. Il compte bien y contribuer. Son entreprise, Sylfen, créée en 2015 à Grenoble, a mis au point une solution de stockage de l’énergie renouvelable, qui répond au problème posé par l’intermittence de cette énergie verte.

Aujourd’hui, avec les énergies renouvelables (solaire, éolien, biogaz…), les bâtiments deviennent producteurs d’énergie. Certains sont même conçus pour en produire plus qu’ils n’en consomment. Ces bâtiments dits « à énergie positive » restent néanmoins encore tributaires du réseau électrique national. « Pour établir le bilan d’un bâtiment à énergie positive, on ne fait que comparer sa production et sa consommation sur l’année. Or, minute après minute, il produit plus que nécessaire ou pas assez, observe Nicolas Bardi. Il a donc en permanence besoin du réseau, soit pour y injecter le surplus d’électricité créé, soit pour s’y alimenter lorsqu’il n’en a pas produit assez. »

L’équipe de Sylfen, aujourd’hui composée de six salariés, a mis à profit dix années de recherches, menées au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, sur la production d’hydrogène, pour concevoir une solution hybride, appelée Smart Energy Hub. Elle permet de stocker les surplus d’électricité produits et de les réutiliser lorsqu’on en a besoin. Un bâtiment peut être ainsi alimenté en continu avec l’énergie produite localement.

Compact et abordable

Cette solution, protégée par 22 brevets, réside dans la réversibilité du processeur d’énergie – une première mondiale, assure Nicolas Bardi. « Notre équipement est capable de fonctionner comme un électrolyseur pour transformer en hydrogène le surplus d’électricité créé localement et, inversement, en mode pile à combustible pour restituer cet hydrogène sous forme d’électricité quand on en a besoin », explique-t-il. Le système, doté d’une réserve permanente, peut basculer instantanément de la charge à la décharge et répondre aux brusques pics de consommation.

Le système, doté d’une réserve permanente, peut basculer instantanément de la charge à la décharge et répondre aux brusques pics de consommation.

Nicolas Bardi, ingénieur des Mines passé par Sciences Po, insiste sur le caractère compact et abordable de son système de stockage : « Une bonbonne d’un kilogramme d’hydrogène peut contenir 40 kWh d’énergie et revient vingt fois moins cher qu’une batterie pour stocker la même quantité d’énergie. »

Sylfen s’engage à assurer un coût de l’énergie équivalent à celui de l’énergie achetée au réseau national. « Tout en réduisant jusqu’à 80 % les émissions de CO2, ajoute Nicolas Bardi. Et, une fois le système complètement amorti, l’énergie devient quasiment gratuite. »

La start-up, qui dispose maintenant d’un prototype, boucle actuellement une levée de fonds – « entre 3 et 4 millions d’euros ». Et elle s’est mise en quête d’un lieu industriel pour assembler son système. Cet été, elle livrera une première unité à titre expérimental. Et son président-fondateur prévoit un déploiement de la commercialisation courant 2018, d’abord à l’échelle de bâtiments, puis d’écoquartiers. Tout en rêvant à de plus vastes horizons.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-prix-de-l-innovation/article/2017/04/07/un-systeme-de-stockage-innovant-pour-l-energie-renouvelable_5107379_4811683.html#G3ImuBSrUW72YTKm.99

Vous avez dit stupid village ? La ville intelligente suscite l’intérêt des petites collectivités

Smart city Publié le jeudi 24 novembre 2016

Le guide « Smart city versus stupid village ? » vient éclairer les enjeux du numérique pour les petites collectivités. Hors des grandes métropoles, la ville intelligente est un modèle scruté et apprécié, mais de nombreux obstacles subsistent.

Alors que nombreuses sont les métropoles françaises qui se félicitent de mettre en place des stratégies « ville intelligente », les plus petites collectivités peinent encore à décrypter, adopter et intégrer les solutions numériques au cœur de leurs compétences. Le lundi 21 novembre, à la faveur du forum Smart Cities (voir notre article ci-contre), l’Association des communautés de France (AdCF), l’Association des petites villes de France (APVF) et la Caisse des Dépôts ont présenté leur guide « Smart city versus stupid village ? », initialement paru en septembre 2016. Ce guide compile des travaux précédents sur la ville intelligente pour brosser un état des lieux des besoins des petites et moyennes villes dans leur transformation numérique. Les secteurs les plus impliqués dans l’action du bloc communal sont passés au crible pour décrypter leur digitalisation : protection de l’environnement, eau, gestion des déchets, éclairage public, performance énergétique, mobilité, stationnement.

Le numérique, un enjeu de taille pour les petites villes

Ceux qui promeuvent le numérique dans les collectivités ne prêchent pas dans le désert : d’après le document, 80% des petites villes identifient le numérique comme une priorité, et c’est même le cas de 90% des petites intercommunalités. Il s’agit, pour les élus, à la fois de rationaliser la gestion des services et d’affirmer l’attractivité du territoire. La smart city des petites villes commence, non par les ronflantes stratégies d’ouverture des données ou d’internet des objets, mais par des améliorations pragmatiques, au coup par coup, des services urbains, permettant une amélioration du service et une réduction des coûts. Parmi les innovations prisées, la télérelève des compteurs d’eau, les redevances incitatives pour le traitement des déchets, la géolocalisation en temps réel des véhicules de transport collectif, ou encore la modulation de l’éclairage public à distance, pratiquée par 25% des petites villes et intercommunalités : l’éclairage est l’un des secteurs ayant connu la mue numérique la plus rapide.

Smart city vs stupid village

Le « smart village », un marché encore en devenir

Pour autant, plus de la moitié des collectivités interrogées pour l’élaboration du guide considèrent ne pas connaître de solutions numériques répondant à leurs problématiques les plus pressantes. Autant dire que le besoin d’information et de partage des bonnes pratiques est criant. Faute de retours sur expérience, les projets numériques souffrent aussi des incertitudes sur le retour sur investissement envisagé, critère crucial lorsqu’il s’agit d’arbitrer entre différentes dépenses en contexte budgétaire contraint. A ceci s’ajoutent des limites humaines : un déficit de compétence locale, et, parfois, une certaine méfiance envers les changements que pourraient entraîner les outils numériques. Les petites collectivités ne constituent pas non plus le cœur de cible des industriels : ils sont 70% à reconnaître préférer les moyennes et grandes villes. Quand ils se portent sur les territoires moins urbains, ils ciblent en premier lieu les syndicats locaux et les exploitants de service public, pour s’épargner les subtilités de gouvernance des petites collectivités et de leurs intercommunalités.

Des pistes d’amélioration pour accélérer la transformation numérique

Les petites villes nourrissant pourtant une réelle appétence pour les innovations technologiques, il existe des marges de manœuvre pour permettre la rencontre entre la demande publique et le marché. Le guide « Smart city vs stupid village ? » préconise de mieux faire connaître les dispositifs d’aide au financement de l’innovation, et d’engager plus de mutualisation entre les collectivités dans la gestion des projets et des achats. Pour améliorer le retour sur investissement des solutions numériques, l’enjeu de l’intéropérabilité est aussi central : des progrès sont à fournir pour que les équipements numériques puissent être gérés de manière unifiée. Les petites collectivités craignent en effet que les innovations de pointe s’intègrent mal à leurs systèmes actuels. En somme, il reste à convaincre les élus que la ville intelligente, loin d’être seulement séduisante, est aussi réellement opérationnelle.

Pierre-Marie Langlois / EVS

source : Localtis