Problème de commerce à Saint-Antonin : à quand un projet ?

La fermeture de la Maison de la presse à Saint-Antonin met en évidence un problème qui va  croissant : la flambée des loyers appliqués aux locaux commerciaux d’un côté et la rareté des locaux en centre bourg de l’autre. Peut-être que l’un s’expliquer par l’autre ? Mais pas uniquement. Saint-Antonin devient peu à peu un « centre commercial » tourné vers la clientèle touristique à qui il s’agit de vendre de l’art, des pizzas, des souvenirs, des produits du terroir ou made in China.. En soi, pourquoi pas ? Mais quand il n’y aura plus que cela (et ces commerces sont souvent fermés quand les touristes sont rares, en basse saison, rendant la ville très triste), que restera-t-il pour la vie quotidienne ? Plus de boucherie, plus de boulangerie, plus de journaux, plus d’artisans « ordinaires » ?

On me rétorquera que nous n’en sommes pas encore là : heureusement mais la liste des commerces de vie  rétrécit peu à peu. On nous dira : oui, mais il y a les deux supermarchés  – qui sont tous deux de la même enseigne (vive la concurrence ?) Oui, il y a les marchés (mais eux-mêmes sont très « tourisme » en belle saison…

Les maires des villes moyennes, par la voix de leurs associations, disent : « il va falloir apprendre à gérer le déclin du modèle « grande surface » et zone périphérique ». A Saint-Antonin, on est dans le mouvement inverse. L’activité presse sera-t-elle reprise par Carrefour ? A Caussade, la presse n’est plus en ville (la librairie vient de fermer) et les journaux sont dans les linéaires des supermarchés ? Est-ce souhaitable ? La maison médicale pourrait aussi s’installer dans la zone d’activité de Fontalès : quand j’aurai une canne, je pourrai à petits pas franchir le pont pour y aller ? A moins qu’on nous installe une passerelle sur l’Aveyron pour mieux relier le supermarché à la ville : la vie rêvée dans les vieux murs et la vie réelle dehors ?

Pour en revenir à la Maison de la presse, il est difficile de trouver un local bien situé dans les rues commerçantes, là où traditionnellement se pose ce type d’ activité. Soir les locaux sont tout de suite réservés par des commerçants qui vivent du tourisme, soit ils sont en ruine (Fonsagrives par exemple). Dans nombre de villes, les élus ont décidé de préempter des locaux commerciaux bien placés, de les remettre en état et de les ré-attribuer à des activités jugées stratégiques. Cela ne peut être que la communauté de communes qui a la compétence économique : l’aide (un loyer à bas prix) est réglementée (ne pas distordre la concurrence) mais elle n’est pas interdite : c’est la même chose que pour les logements sociaux.

Quand arriverons-nous à une telle démarche à Saint-Antonin ? La communauté de communes lance une démarche bourg-centre pour Saint-Antonin et Caylus. Il faudrait aussi parler de centre-bourg. Faire comprendre q’une ville vit par sa centralité, par la rencontre dans l’espace urbain d’habitants et de commerce variés qui se téléscopent, rencontre qui crée de la vie.  C’est pas la même chose que les allées d’une grande surface où règne l’utilitarisme.

La boutique à l’essai est une tentative intéressante : on a vu d’ailleurs la difficulté de trouver des locaux à proposer et des activités à accueillir. Mais cela ne suffit pas : il faut avoir un stock, un parc immobilier et en arrière-plan, un projet pour la ville,  pour le commerce : une visée politique.

Place des Moines : compte rendu de la réunion-débat du 22 octobre : un débat et des propositions

deux états : l’ancien et le futur
Le maire, Gérard Agam, est resté droit dans son projet, malgré une demande de « sursis » à statuer.

les comptes-rendus sont publiés ici : http://savsa.net/compte-rendu-de-la-reunion-debat-sur-la-place-des-moines-images-son-textes

La Dépêche a publié un article qui a été relayé ici : http://savsa.net/revue-de-presse-la-depeche-place-des-moines-la-parole-aux-habitants

Les participants ont pu poser les questions de détail ou plus générales. Globalement, l’assistance a découvert les propositions de Silène de Beaudouin et Caroline Bernard, urbaniste et architecte avec un autre regard : mais cela n’a pas convaincu le maire qui souhaite faire voter par le conseil municipal en novembre sur ce dossier et faire adopter (avec quelques aménagements mineurs pour faire plaisir) le plan qui a été montré.

Ce dossier pose une fois de plus la question de la méthode d’élaboration des projets ; la concertation ne peut se résumer à une consultation in fine et à un travail avec une commission extra-municipale restreinte et qui ne peut entrer dans le fond des dossiers.

Patrimoine et mobilité ; quelques instantanés

Comment parler de développement « raisonné » ou durable centré sur le patrimoine tant qu’on n’a pas résolu la compétition pour l’espace…

Visite guidée en anglais de la ville et découverte de la maison romane : pour avoir un peu de recul et une vue d’ensemble de la façade, il faut pousser fort !

Cette autre photo (la quatrième, en bas de pageà prise un dimanche matin avenue de la gare est elle-aussi très parlante…

L’automobile à Saint-Antonin : conflit d’usage, conflit sur les fins… Débat

Plaidoyer pour :

  • Un centre ville qui retrouve la dimension humaine
  • des services pour la population et les activités économiques et sociales
  • un cadre urbain qui valorise le patrimoine, le bien commun
  • des innovations  : organisation différente des livraisons, service à la demande pour les habitants, mode « bas carbone ».

Avec les beaux jours qui reviennent, le conflit entre les quatre roues (les deux motorisées aussi)  et les deux pattes que sont les visiteurs (et les habitants permanents) revient aussi.

Le patrimoine se salit rapidement sous l’effet de la pollution, signe visible de ce qui se passe de façon invisible dans les poumons

Quels sont les données du problème (confiné au centre ancien, précisons-le) ?

  • le centre historique est inadapté à la circulation automobile, même s’il est possible de passer entre les pierres. Les initiés et les livreurs y arrivent quitte à faire quelques contorsions…
  • le centre historique est inadapté au stationnement : les places intramuros sont rares, recherchées, voire enjeux de rivalités.
  • la circulation est génératrice de pollution, de bruit (elle n’est pas seule : d’autres moteurs viennent augmenter les effets négatifs, y compris des véhicules de service public). La pollution est visible ou pas, mais elle est là…
  • le stationnement (qui génère de la circulation et de la pollution) a aussi ses effets pervers dont les conséquences les plus visibles sont le conflit entre le patrimoine (la ressource économique majeure de Saint-Antonin) et l’invasion automobile.

Quels sont les avantages de l’automobile dans le centre bourg ?

  • Desservir les habitants qui n’ont pas de capacité physique pour se déplacer (mobilité)
  • Desservir et livrer les commerces qui ont besoin d’être ravitaillés
  • Avoir des services publics plus proches : nettoyage, arrosage, sécurité…
Le moindre espace est l’enjeu d’une compétition. « Struggle for parking »

Pourquoi un débat sans fin ?

  • Parce que l’automobile est sacrée et que beaucoup de personnes valides ne veulent pas marcher, veulent se garer devant le magasin ou le bistrot le temps de l’apéro…
  • Parce que les commerçants à l’ancienne sont encore dans le modèle : no parking, no business. D’autres ont compris qu’une rue telle qu’il y en a à Saint-Antonin est plus attractive si le piéton (et les enfants) sont en sûreté et peuvent marcher et voir les magasins en toute quiétude.
  • Parce qu’électoralement, les élus sont tétanisés par cette injonction de circulation et de stationnement.
  • A l’inverse, l’urgence écologique pousse à trouver des solutions à tous les niveaux, dont celui, local, de Saint-Antonin. Mais entre les annonces et l’action, il y a la dure réalité !
Une placette comme celle-ci mériterait une autre fonction que de servir de parking : un arbre, des bancs, de l’air, de la lumière…

Quelles pistes pour en sortir ?

  • D’abord, rien ne se fait sans concertation. Mais comme la pente est savonneuse, il est important d’aborder le débat avec des réflexions et des exemples de solutions qui aident à sortir du binaire.
  • Et pour sortir du binaire, apporter des solutions forcément complexes : articulées dans le temps (matin et soir, été et hiver, ce n’est pas pareil), dans l’espace (rues étroites, places extérieures)…
  • Ces réponses pourraient se mettre en place avec le programme bourg-centre, l’appel à projet de la région Occitanie.

Réfléchir au rôle de l’automobile et repérer de nouvelles réponses

Desservir  :

  • pour les habitants, démêler les usages et trouver des réponses : le confort (aller à pied sur 100 m, est-ce possible ?), livrer des charges (organiser un service partagé ?), aider à la mobilité des personnes ayant des difficultés à se déplacer (service partagé encore?)
  • pour les entreprises : si la livraison est impérativement du porte à porte, service partagé ? Définir des règles strictes (calendrier, horaires, autorisation, bornes interactives…)
La maison romane est le joyau de Saint-Antonin : trop souvent, c’est un parking pour de bonnes ou mauvaises raisons

De fait, l’usage de l’automobile peut se concevoir mais à condition qu’elle serve à une fonction, réponde à un besoin, puis libère le centre bourg. Du coup, ce qui est appelé « automobile » peut prendre des formes différentes d’un usage privé.

Comme dans certaines villes (notamment du réseau Cittaslow), des solutions alternatives pourraient être réfléchies : service partagé, véhicule non polluant (électrique, hydrogène, cheval), marche à pied… Elles pourraient être couplées à un point de décharge intermédiaire où les livraisons faites par gros porteur pourraient être déchargées, stockées de façon courte et reprises ensuite soit par le destinataire, soit par un service dédié, équipé. Le modèle économique de ce service est à étudier mais il pourrait être conçu comme un service public ou associatif, financé par un stationnement payant hors les murs, équivalent à une taxe carbone destinée à compenser les dégâts environnementaux.

Stationner :

le moindre linéaire est rapidement occupé par des automobiles qui ne bougent pas beaucoup…

Près de chez soi, est-ce utile ? Dans l’urbanisme d’autrefois, il fallait un garage par logement. On s’est aperçu que cette disposition a priori vertueuse avait des effets négatifs car elle appelait la voiture en ville alors que l’urgence générale est de la dissuader en proposant des solutions aussi souples mais économes en tout (carburant, pollution, bruit, encombrement de l’espace)…

De fait, les villes mettent en place des stationnements périphériques et des liaisons vers le centre-bourg. C’est à la fois une facilité, une animation, un plus pour les commerces enfin plus visibles, accessibles et un changement radical dans le mode de vie. La rue redevient un espace collectif, on peut s’y poser, causer, échanger, embelllir. Les façades refaites ne redeviennent pas grisouilles tout de suite  : avez-vous comment la Maison romane commence à perdre de sa beauté, les pierres virent au gris et bientôt au noir sale !

In fine, si Saint-Antonin veut être grand site, assumer que la principale ressource économique dans son centre, c’est le patrimoine (le commerce est une façon de l’exploiter, ce n’est pas la ressource en soi), il faut en tirer les conséquences. En associant les deux impératifs : crise écologique (qui se traduit en crise urbaine aussi) et valorisation patrimoniale, on peut imaginer un projet urbain en rupture qui soit à la fois innovant, attractif et qui garde la notion de service : ce qui compte, c’est pas de rouler jusqu’au pied de chez soi, c’est d’être desservi  sans imposer à tout le monde son paquet de tôle, sa pollution… 

L’automobile est un animal qui occupe toujours plus que l’espace qui lui est attribué. Les régulations douces sont souvent inefficaces car le propriétaire a toujours de bonnes raisons pour ne pas respecter la zone bleue, pour enlever le plot qui barre la rue, pour faire tourner le moteur en continu, pour klaxonner…

Voir aussi cet article : https://nobilis-vallis.eu/archives/725

Cliquez sur l’une des images de la galerie pour accéder à la visionneuse…

Amsterdam ne veut pas ressembler à Venise… de la surfréquentation touristique…

C’est une information que l’on lit de plus en plus souvent : ici, c’est Amsterdam, mais bien d’autres lieux, petits ou grands, célèbres ou moins connus, commencent à se poser des questions. Dans le Canard Enchaîné, une brève raconte que le village de Rochefort-en-Terre, consacré plus beau village de France, n’en peut plus de la submersion par les touristes, la pollution, les crottes de chien…

Pour Amsterdam, c’est ici https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/11/02/le-pire-c-est-le-vomi-dans-les-jardinieres-amsterdam-en-a-assez-des-touristes_5209090_4832693.html?xtmc=amsterdam_venise&xtcr=6

J’ai reçu ces photos prises à Saint-Antonin que je mets en ligne…

Le magasin Bonobois avait un accord avec la municipalité : en échange de la rénovation du magasin et de l’installation de l’artisan, la neutralisation au sol du stationnement permettait de voir le magasin et d’inciter le chaland à s’approcher et découvrir les créations qui, pour une fois, ne viennent pas, de pays exotiques. Les marques de peinture s’effacent, n’ont pas été refaites et les automobilistes se battent pour se poser là, qu’ils soient des habitants de la ville ou des touristes…

La place de la Halle est également un lieu de confrontation – certes soft, mais réel – entre les camions de livraisons dont les moteurs tournent, puisqu’il faut alimenter les frigos, les voitures des fatigués qui vont en auto prendre leur café ou leur apéro, devant le stationnement « minute » et les visiteurs qui cherchent à voir la maison romane et les édifices historiques de la cité.

Elargissons le point de vue : depuis longtemps, à travers différentes études, le problème est posé mais n’est jamais débattu : l’équilibre entre l’économie touristique et la vie urbaine « ordinaire » : commerces, logement, espaces publics… tout est perturbé au risque d’une bascule dans ce que les habitants appellent « disneylandisation ».

Une autre façon de le dire (surtout dans une ville labellisée Cittaslow) : de la place de l’automobile dans une ville médiévale : comment font les villes italiennes pour « vivre » sur leur piton escarpé ? Manifestement, il y a incompatibilité entre les roues motorisées et les ruelles médiévales. Là encore, comment proposer une mobilité efficace aux habitants sans être envahi ? Quelles sont les solutions qui pourraient être transposées dans Saint-Antonin ?

Et les piétons ils passent où ?

Les pollutions sont nombreuses : on se met à la place des agents publics qui doivent gérer l’incivisme (de tous, pas que des touristes) ; mais régulièrement, on nous demande « où sont les poubelles ? » De même que les pisseurs au coin des ruelles sont peut-être des personnes sans gêne mais pourraient être aussi des personnes qui se demandent où sont les toilettes publiques. Quant aux propriétaires de chiens, ils ne trouvent plus les petits sacs plastiques (pour ceux qui voudraient ramasser la crotte de leur animal… Pour les autres, c’est une autre affaire.

On pourrait parler d’autres nuisances : le bruit, la lumière, les odeurs… bref tous les sens sont concernés. Il n’est pas question de revenir sur la fonction historique, culturelle, touristique, accueil de Saint-Antonin, mais c’est une question d’équilibre d’abord (donc de balance entre les fonctions urbaines classiques, au service des habitants, et les fonctions touristiques qui tendent à dénaturer le produit lui-même : Saint-Antonin).

Vous avez dit « règlement » ?

Cela pourrait être surtout une occasion de faire autrement et de se positionner sur des pratiques originales, soucieuses de développement durable, récusant la surexploitation et prônant un séjour, une découverte de la ville et des gorges de l’Aveyron moins massifiée, mais plus intelligente. Autant dire une révolution copernicienne !

Mais ce que nous disions au moment de l’étude FISAC, ce que nous pensions trouver dans la charte Cittaslow qu’a signée Saint-Antonin, nous le relisons ici sous une autre forme dans l’étude bourg-centre

Axe N°2 : REQUALIFICATION DES ESPACES PUBLICS DANS LE DOUBLE INTÉRÊT D’UNE VALORISATION PATRIMONIALE ET D’UNE RECONQUÊTE DES BOURGS

(Re)valoriser la dimension de l’espace public comme appui à la reconquête urbaine

En tant que piliers du projet urbain, les investissements opérés sur l’espace public demandent un temps de prise de recul avec une réflexion davantage ancrée dans une démarche de projet. Aussi et tout en ayant conscience des projets programmés ou en cours (place des moines, …) il n’en demeure pas moins qu’une réflexion globale évitant des agissements au coup par coup nous semble utile à ce moment majeur de la restructuration des bourgs se fait autour de deux programmes régionaux « Bourgs-Centres » et « Grands- Sites » appelant une harmonisation des interventions. Nos recommandations prioritaires, outre l’aspect « bien commun » de l’espace public, vont dans le sens d’une vision globale et d’une mise en cohérence des aménagements pour mieux les faire vivre et les rendre opérationnels. (source : étude MTP juin 2018 – page 15).

Certes, ces préconisations sont pertinentes, utiles voire courageuses. Mais elles ne vont pas assez en amont sur la réflexion* « quel projet pour les bourgs-centres »... et ne vont pas assez loin en suggérant dans les scénarios (qui n’existent pas puisque les préconisations sont un catalogue d’actions, faute de pouvoir s’articuler dans un projet re-fondateur) éventuellement des ruptures qui pourraient faire de Saint-Antonin un bourg à la fois « historique » et « innovateur » au lieu de bricoler des rues piétonnes, pas piétonnes, des stationnements a priodi régulés, mais débordés, de la végétalisation alors qu’on cimente et goudronne encore, du commerce pour tous mais en fait des marchands de pizza à gogo, du logement social, mais surtout du B&B…

*Je reste cependant prudent : n’ayant eu qu’un résumé du travail du bureau d’études (qui écrit une vision des bourgs-centres réaliste), ne connaissant pas le cahier des charges et la demande du comité de pilotage (fermé à la société civile);  il est possible que l’étude aurait pu être plus innovante, le bureau d’études ayant la capacité de faire des préconisations sortant des sentiers battus. Donc, présomption d’innocence. 

A propos de la méthode de travail  AFOM, voir dans ce site web, l’article « AFOM versus scénarios » dans la section « dictionnaire ».


Lire ici une synthèse sur la surfréquentation :  http://veilletourisme.ca/2012/05/16/en-quoi-consiste-la-surfrequentation-touristique-et-comment-la-controler/(extrait)

Lorsque sa capacité d’accueil est dépassée, la destination risque de subir des dommages environnementaux:

  • difficultés pour un milieu naturel à se régénérer, entraînant son éventuelle destruction;
  • surutilisation des ressources en eau et en énergie;
  • pollution d’un milieu;
  • dégradation visuelle des paysages due aux infrastructures touristiques;
  • etc.

Les conséquences peuvent porter sur la dimension socioculturelle et se faire sentir de différentes manières:

  • perte de la qualité de vie pour les résidents;
  • pénurie de logements;
  • problèmes de prostitution et de violence;
  • perte d’identité des résidents;
  • altération de la qualité du séjour des touristes;
  • détérioration des sites historiques;
  • etc.

Enfin, la surexploitation d’un lieu peut aussi avoir des effets sur le plan politico-économique:

  • inflation des prix;
  • hausse des taxes;
  • manque de main-d’œuvre dans les autres secteurs;
  • éviction des activités non touristiques (p. ex.: rachat de champs de cultivateurs pour la construction d’infrastructures, rachat de commerces pour y établir des hôtels et des restaurants);
  • etc.

À qui revient la responsabilité de réguler ce problème?

Un cadre juridique est nécessaire. C’est au gouvernement et aux autorités locales que reviennent le pouvoir et la responsabilité de réguler le tourisme, par la création de lois et de réglementations. Ils se doivent de créer un environnement qui favorise et encourage le secteur privé, les touristes et les autres parties prenantes à mener des actions durables. Cela peut être réalisé en établissant et en appliquant un ensemble de politiques pour le développement durable du tourisme et de sa gestion.

 

Un texte de Georges Julien (1978) : le centre ancien, atout majeur…

Lors de la journée d’hommage à Georges Julien (voir ici http://savsa.net/journee-georges-julien-2016 ) le président de la société des Amis du Vieux Saint-Antonin, Thiery Le Roi,  m’a demandé de lire ce texte écrit en 1978 par son prédécesseur, Georges Julien. Un texte qui reste d’actualité : aussi je souhaite le faire partager car il insiste sur une des ressources économiques de Saint-Antonin qu’il faut préserver, comme le lait sur le feu

Y a-t-il malentendu ?

Le rapport moral que j’ai, présenté en conclusion de l’assemblée générale du 20 août dernier portait uniquement sur les buts de notre société. Je voulais ainsi justifier la décision, prise par le conseil d’administration, de réserver la médaille d’honneur aux seules restaurations entreprises dans le vieux Saint-Antonin et. surtout, rappeler à nos adhérents ce qui, à mon sens, a été et doit rester la raison d’être de notre société : la conservation des sites et des monuments.

Le débat animé, âpre parfois, qui a suivi mon intervention a clairement mis en lumière des divergences de conception sur ce que je croyais être admis par tous : sauver de la ruine le Vieux Saint-Antonin, ruine engendrée par le déclin économique qui frappe notre ville depuis un quart de siècle, ruine aggravée par l’exode de beaucoup de ses habitants vers la banlieue au cours des vingt­­-cinq dernières années.

Or la topographie médiévale de la vieille ville, la qualité exceptionnelle de l’architecture de certains édifices anciens constituent l’élément majeur de l’attrait touristique de Saint-Antonin même si tous n’en ont pas conscience, et, par conséquent, un atout majeur pour le maintien d’une relative prospérité économique. Il y a donc « intérêt » à protéger cette source de richesse matérielle et c’est dans cette perspective que s’est exercée toute mon activité depuis huit ans. Mais ce faisant, je n’ai pas voulu être le naïf passéiste qu’on imagine. J’ai essayé de convaincre qu’il était possible de vivre dans le vieux Saint-Antonin; j’ai toujours affirmé qu’il ne suffisait pas de conserver et de restaurer mais qu’il fallait revitaliser le centre ancien. Je reste convaincu que c’est une entreprise réalisable. Que ceux qui veulent rester sceptiques se donnent la peine de regarder ailleurs. Partout, en notre région comme en d’autres, en France comme à l’étranger, on assiste à une remise en question, timide mais réelle, du principe, jadis proclamé comme définitif de vie hors du centre-ville. Partout des efforts considérables sont entrepris pour rénover et faire revivre les quartiers anciens désertés : voyez Montauban, voyez Conques, voyez Sainte-Enimie … et que serait Sarlat aujourd’hui s’il n’avait bénéficié de cette si heureuse renaissance ?

Chez nous. dira-t-on, ce n’est pas le même problème et c’est vrai que l’on doit déplorer, chaque année de nouveaux départs vers « le soleil, l’espace, l’horizon ». Mais, pour être juste, il faut bien admettre que se produisent aussi des « retours ». Qu’un médecin exerce, et habite. qu’un dentiste décide de s’installer, dans la vieille ville me paraît particulièrement significatif et encourageant. C’est là un argument de poids à ma thèse me semble-t-il ! Sans parler des commerçants qui continuent. pour la plupart, de vivre en ville, des artisans d’art qui y sont installés et ont fait revivre des maisons mortes depuis des années, et de tous les travailleurs qui y sont encore, pas toujours de leur gré, je l’avoue : mais c’est ici qu’intervient la nécessaire modernisation des logements anciens et insalubres.

Faute de moyens financiers, notre société ne peut encourager ces « retours », cette « fidélité » que par l’attribution d’une médaille. Voilà pourquoi, cette année, des médailles, trop nombreuses nous dit-on, ont été décernées uniquement à des habitants du centre ancien.

Tous nos adhérents ont, en cette affaire, leur mot à dire. Il est nécessaire de savoir si la majorité d’entre vous approuvent cette attitude ou si, au contraire, ils la désavouent. Une réflexion s’impose à chacun de nous et l’assemblée générale du mois d’août prochain devrait se prononcer clairement à ce sujet, et définir la ligne à suivre par les responsables. et le président en particulier.

Je souhaite donc vivement que vous puissiez assister très nombreux à cette assemblée ou, qu’à défaut et à tout le moins, vous me fassiez connaître, en temps utile, votre sentiment,

Décembre 1978 Georges Julien

A cet appel du pied aux adhérents, quelle a été la réaction ? Il faut se reporter au compte-rendu de l’assemblée générale de 1979 qui est accessible sur le site de la Savsa. Mais si Georges Julien revient indirectement sur ce sujet en déplorant que Saint-Antonin se dirige vers un sort à la « Cordes », envahi l’été, désert l’hiver, il n’y a pas trace de débat ou il n’apparaît pas dans le compte-rendu. On a parlé « médailles » alors qu’il aurait fallu parler projet urbanistique. Mais c’est une autre affaire !

Commerce de centre, commerce de zone périphérique

Comme il y a débat sur les projets de lotissements, il y a débat sur les dossiers de zones commerciales. En jeu, la paupérisation du centre ou sa transformation en zone touristique, l’artificialisation des zones encore vertes, le renforcement du poids des grands groupes qui pèsent fort sur l’existence des producteurs locaux et la destruction du lien social qui s’était construit dans les centres, bours, urbains…

Un article du Canard Enchaîné (19 juillet 2017)  revient sur l’inflation en matières de centres commerciaux : 78 alors qu’il y en a déjà 807 en France : le plus dément était celui d’Europacity près de Roissy (80 hectares de bonnes terres bétonnés pour 500 commerces sur 230 000 m2 de surface de  vente). Mais plus près de nous, Albi est également épinglé (Portes d’Albi  – près de 17000 m2 autour de Leroy-Merlin) qui prend la place d’une ferme aux bâtiments XVIIIe siècle) avec langue de bois de la maire « nous travaillons à maintenir le tissu commercial de notre centre ville. »

Pour en prendre la mesure, allez-voir ces deux sites qui analysent le tissu commercial d’Albi : le premier https://albicentreville.wordpress.com/  propose des chiffres,  des cartes, des photos qui sont un diagnostic et un constat implacable.

L’autre est édité par l’ Association Albigeoise pour un Développement Urbain Respectueux  http://associationalbigeoisepourundeveloppementurbainrespectueux.unblog.fr/a-suivre/

Lire  également en anglais l’article du New-York Times.

Comme dans toutes les communes de France, deux arguments « imparables » sont mis en avant : « nos concitoyens en veulent » et  » si ce n’est pas fait ici, ce sera ailleurs ; alors autant que ce soit ici ».  On parle création d’emplois (sans compter ceux qui sont détruits ailleurs), retombées fiscales. On déroule le tapis rouge (le vert a disparu) : aménagements, facilités. Puis, on sollicite l’aide de l’Etat pour essayer de sauver le commerce de centre-ville qu’on a laissé mourir en organisant sa concurrence.

 L’urbanisme commercial n’est plus qu’une affaire comptable (l’environnement étant mis de côté (voir le projet de pistes de ski à Europacity) ou mobilisé  comme cache-misère). Ce qui est le plus grave, c’est que les arguments »humains » disparaissent : ce qui est dit même par le patron des Monoprix (groupe Casino, lui même fauteur de grands centres commerciaux) : « les centres commerciaux de périphérie contribuent à la destruction du lien social »  (le Figaro, cité par le Canard).

De plus, les centres se cannibalisent et entraînent dans leur déclin tous les commerces qui sont venus se coller à eux et qui finalement n’ont pas les moyens de changer de pied, de repartir comme les grands groupes financiers.

A Saint-Antonin, nous n’avons pas de « grand » centre commercial : mais il est en périphérie et ne cache pas sa volonté d’offrir toujours plus de services, même si c’est au détriment d’autres activités déjà implantées. Les deux « super » sont de la même enseigne, ce qui est surprenant puisque la concurrence, du coup,  n’est pas possible (interrogés, les services de l’Etat nous ont demandé « à nous » de faire  la preuve qu’il y avait entrave à la concurrence puis n’ont plus donné signe de vie).

La commission « commerce » de la municipalité pourrait se pencher sur ces problèmes d’équilibre  (autant le commerce touristique se porte bien, autant le commerce de tous les jours pose des questions) ; si la disponibilité des fonds et des magasins (convoités par les marchands du temple) est limitée, il reste le recours aux camions-magasins qui pourraient accéder au centre bourg (en attendant de pouvoir se stabiliser dans un local en dur). 

Encore faut-il pouvoir en parler ! La grande distribution contrôle tous les niveaux du commerce (y compris le bio –  très rentable) : elle s’accommode fort bien des marchands du temple qui apportent le pittoresque, font venir les résidents secondaires qui ensuite deviennent ses clients. Elle pèse économiquement et politiquement très fort. Nicolas Hulot est contre le projet d’Europacity : pourtant le projet se fera très certainement…

Urbanisation : le grignotage et l’artificialisation des sols reprennent…

Urbanisation, accaparement : le grignotage des terres reprend de plus belle

Cet article qui tire la sonnette d’alarme au niveau français a des résonnances dans la communauté de communes QRGA et à Saint-Antonin… Voir sur la page facebook :

https://www.facebook.com/nobilisvallis/?hc_ref=PAGES_TIMELINE&fref=nf

Les récentes évolutions législatives ont été incapables d’enrayer le double phénomène d’urbanisation – qui reprend de plus belle depuis 2015 – et d’accaparement des terres agricoles. C’est l’amer constat de la FNSafer qui, dans son rapport annuel sur le prix des terres, demande à nouveau une vraie loi foncière.

« Les espaces agricoles seront au coeur de concurrences de plus en plus fortes, avec la croissance de la demande alimentaire mondiale, la pression foncière urbaine ou encore la lutte contre le réchauffement climatique. » C’est l’avertissement lancé par Emmanuel Hyest, le président de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer), en préambule du rapport annuel sur le prix des terres présenté le 30 mai. Si celui-ci voit des « avancées significatives » dans les dernières législations (notamment la loi d’avenir de 2014 et la récente loi sur l’accaparement des terres de 2017), « une prochaine loi foncière devra permettre d’apporter les réponses à ces enjeux majeurs », appelle-t-il de ses vœux.

En 2016, l’urbanisation a bondi de 22%

Ces dernières années, la fédération avait à maintes reprises alerté sur le risque de financiarisation des terres et d’accaparement par des sociétés écrans ou des multinationales. Elle avait un peu baissé la garde sur l’urbanisation et son corollaire l’artificialisation pour se concentrer sur ce nouveau risque mis brusquement en lumière par le rachat de 1.700 hectares dans l’Indre par un fonds chinois. Voilà que les deux phénomènes se conjuguent et « conduisent à des impasses », alerte encore Emmanuel Hyest. En effet, en 2016, le nombre de ventes de terres agricoles pour l’urbanisation (extension de villes, infrastructures…) a bondi de 22% ! Et les surfaces correspondantes de 24%. Ces ventes représentent 30.000 hectares en 2016. 2015 avait déjà constitué un seuil d’alerte : 23.000 hectares avaient perdu leur vocation agricole, soit une progression de 6%. Or depuis 2017 et, plus encore depuis 2008 avec le début de la crise, le rythme de l’urbanisation avait diminué de moitié.
En ajoutant aux chiffres de l’urbanisation, les surfaces effectivement artificialisées suivies par le ministère d l’Agriculture, la FNSafer estime aujourd’hui entre 50.000 et 60.000 hectares par an le rythme annuel de l’artificialisation des terres, comme au début des années 2000. Soit « l’équivalent de la surface agricole d’un département tous les cinq à six ans ». En se projetant en 2060, 9 à 11% de la surface agricole française pourraient ainsi avoir disparu de manière irrémédiable. Sur un siècle (1960-2060), « c’est le quart du potentiel agricole français qui serait perdu ». « Il y a donc urgence à freiner, puis à stopper, l’extension urbaine et celle des infrastructures », insiste la fédération pour qui « les politiques de préservation développées depuis plus de dix ans n’arrivent pas à contenir l’extension urbaine ». Selon elle, les mesures de « protection en confettis » – type zones agricoles protégées  (ZAP) ou périmètres de protection des espaces naturels et agricoles périurbains  (PPEANP) – n’ont fait que reporter la pression foncière d’un territoire à un autre.

Les exploitations ne représentent plus que 38% de la surface

Par ailleurs, pour la première fois, la FNSafer a pu livrer un aperçu du marché des parts sociales, comme le lui a permis la loi d’avenir de 2014 (et un décret d’application entré en vigueur en 2016) qui impose de tenir les Safer informées de toutes les ventes de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles. Elle a ainsi pu comptabiliser 5 330 transactions pour 4 270 sociétés en 2016 (chiffres non exhaustifs précise-t-elle), avec une forte concentration dans l’Ouest et la Bourgogne-Franche-Comté.
La tendance générale est à une montée en puissance du modèle sociétaire au détriment du modèle familial. La fédération rappelle  ainsi qu’entre 1955 et 2013, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par cinq. Et leur part dans la surface agricole totale est tombée à 37,7%. Elles ont perdu le tiers de leur surface en à peine 13 ans ! Dans le même temps (de 2000 à 2013), la surface occupée par les EARL avec un seul exploitant ou les regroupements d’exploitations individuelles (Gaec) est passée de 28 à 36,3%. Mais la plus forte progression est ailleurs. Les EARL à plusieurs exploitants ont presque doublé leur part, à 14,8%. Celle des SCEA, SARL et SA a bondi de plus de 70% ! A noter au passage qu’en 2016, la part des collectivités et de l’Etat dans les rachats a doublé (même si elle reste faible à 1%). Ce qui pourrait traduire l’effort de certaines collectivités de préserver les terres et d »installer des agriculteurs périurbains et/ou pratiquant l’agriculture biologique », explique la FNSafer.
Le modèle sociétaire n’est pas un mal en soit, cependant « la concentration des terres en France conduit souvent à des systèmes de production qui génèrent moins de valeur ajoutée et d’emplois », souligne Emmanuel Hyest.
Si la fédération n’aborde pas directement la question démographique, elle s’inquiète aussi des risques que le couple urbanisation-accaparement fait peser sur la souveraineté alimentaire. Elle rappelle à cet égard que l’Europe, en bilan net, importe l’équivalent de la production agricole de 35 millions d’hectares, soit le cinquième de la surface agricole de l’Union européenne.

Commentaire sur facebook

UN LOTISSEMENT À CADÈNE ; BIGRE !
La mairie, en son bulletin municipal arrivé ce lundi 15 mai dans nos boîtes aux lettres, annonce la création d’un lotissement à Cadène. A croire que les recherches des urbanistes et géographes ne donnent rien. Sur la photo satellite, le lieu est approximativement en haut à gauche, là où se voit le numéro de la route : D75 qui conduit à Saint-Cirq.
Trois remarques à chaud :
> le cadre rural est-il approprié à un lotissement ? On parle de sauvegarder les espaces ruraux, éviter l’articialisation des sols. C’est pas gagné
> les heureux habitants de ce secteur ne mettront pas souvent les pieds à Saint-Antonin et fileront direct à Septfonds ou Caussade. Quel est l’avantage pour la collectivité, mis à part de renforcer les réseaux et ensuite de les entretenir ?
> La création de lotissements dans les villages du secteur de Caussade coincide souvent avec la montée du Front National : Cayriech, Lavaurette… A l’analyse, il semble que les propriétaires de nouvelles maisons veulent se mettre à l’écart des « étrangers », étant plus fermés que les vieux de la vieille…
On nous dit qu’il faut faire du « vivre ensemble » : est-ce ainsi que cela se fait ?

Revue de presse : Patrimoine – 600 centres anciens à revitaliser : un plan national

Rue de centre-ville
© P. Gleizes / REA | Rue de centre-ville

Sur la base du rapport d’Yves Dauge remis cette semaine, le Premier ministre présentera dans les « prochains jours » un « plan national » pour la revitalisation des centres historiques en déclin. L’ancien sénateur, qui identifie 600 villes petites et moyennes nécessitant un travail de fond, appelle à un « renversement de politique ». D’ores et déjà une expérimentation va démarrer dans une vingtaine de communes de trois régions (Occitanie, Grand Est, Centre).

Il aura fallu attendre la fin du quinquennat pour que les centres historiques des villes petites et moyennes fassent l’objet d’une attention particulière. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a en effet annoncé, le 1er février, qu’il ferait des propositions « dans les prochains jours », à partir du rapport que vient de lui remettre Yves Dauge.
L’ancien sénateur maire socialiste de Chinon très impliqué sur ces questions avait été chargé au printemps par Manuel Valls de « définir les contours d’un plan national d’accompagnement de la mise en œuvre des nouveaux espaces protégés » prévus dans la loi liberté de la création architecture et patrimoine (LCAP) du 7 juillet 2006, à savoir les « sites patrimoniaux remarquables ». Si la loi Malraux de 1962 a permis de préserver les centres anciens, nombre d’entre eux sont aujourd’hui en déclin : « baisse de population, concurrences grands pôles urbains, dégradation de l’habitat ancien et installation des commerces en périphérie », résume Matignon, dans un communiqué.
Après s’être entouré de chercheurs comme Laurent Davezies, professeur au Cnam, le rapporteur a identifié 600 villes qui méritent un traitement de fond (habitat, commerce, activité économique et touristique, culture…)  et devraient se voir attribué ce label de sites patrimoniaux remarquables. Les plus dégradés d’entre eux seraient déclarés « ville en urgence sociale et patrimoniale » par décret préfectoral.

« Renversement de politique »

« C’est un plan sur dix ans, ce n’est pas un guichet de plus, ce plan passe par une modification assez radicale des modes de financement et d’intervention, clame Yves Dauge. On est aujourd’hui dans un système où malgré tout, on contribue à détruire le centre-ville. Je plaide pour un ‘renversement de politique’. »
Le rapport, que Localtis s’est procuré, se place dans le prolongement des nouveaux programmes de rénovation urbaine et donne la priorité à l’habitat de centre-ville « dont l’abandon est le signe le plus inquiétant du dépérissement » et a pour cause « la priorité constante apportée au logement neuf en périphérie, au détriment des aides en faveur du logement ancien en centre-ville ». Il propose de renforcer les mesures de défiscalisation existantes pour des travaux d’un montant compris entre 400.000 euros et 500.000 euros sur trois ans (avec un taux passant de 30 à 40% et jusqu’à 50% pour certaines opérations à caractère social). Par ailleurs, le taux de TVA pour les travaux serait ramené à 5,5% dans l’ancien et à 10% pour le neuf en centre-ville. Pour lever les blocages concernant les restaurations de parties communes, les règles de vote au sein des copropriétés seraient aménagées. Le dispositif Pinel (qui vise à favoriser l’investissement des particuliers) bénéficierait d’un relèvement du plafonnement global. Le rapport propose aussi l’élaboration d’un « projet global de développement » pour l’activité commerciale dont la situation est elle aussi « très préoccupante » et préconise un « moratoire » de cinq ans sur les surfaces commerciales. Il pointe à ce titre « l’un des pires exemples des politiques contradictoires que mènent les collectivités locales » : « D’un côté, elles affichent fort leur intérêt pour le soutien aux commerces des centres-ville, de l’autre elles ne renoncent pas aux risques de nouvelles implantations périphériques… » Le plan comprendra aussi des mesures sur l’attractivité économique et touristique et sur l’activité culturelle.
Dès à présent, le Premier ministre a fait savoir que des opérations allaient être lancées dans une vingtaine de collectivités volontaires de trois régions (Centre, Grand Est et Occitanie). Cette expérimentation sera conduite conjointement par les préfets de région et présidents de conseils régionaux et pilotée par le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires). Chaque région organisera des « ateliers de territoire » qui permettront de partager de l’expertise, de l’ingénierie… « Les régions se mouillent beaucoup, c’est fondamental pour elles, c’est là qu’elles vont pouvoir faire preuve de bonnes politiques », souligne Yves Dauge
A plus de 80 ans, l’ancien maire de Chinon a quelques faits d’armes à son actif : le classement de la Loire au patrimoine mondial de l’Unesco ou encore le maintien de l’hôpital de Chinon, dans le cadre d’un partenariat avec le CHU de Tours, sans parler de l’université de Chinon qui s’est spécialisée dans « l’ingénierie des milieux aquatiques et des corridors fluviaux ».

« C’est notre mode de vie qui est en jeu »

« On a sauvé l’hôpital en faisant preuve d’intelligence », se félicite-t-il. Ce sont ces partenariats avec de plus grandes villes qu’il souhaite promouvoir. « On ne va pas sauver nos villes sans s’allier aux plus grandes, il faut qu’elles s’entraident sur les questions de mobilité ou les grands équipements de santé ou culturels, y compris pour la programmation culturelle, tout cela se construit », explique aussi le président de l’ACCR (Association des centres culturels de rencontre) qui œuvre dans ce sens.
Le rapport préconise un partenariat large avec l’ensemble des institutions concernées, dont la Caisse des Dépôts qui a lancé son propre programme de redynamisation des centres-ville.
Selon Yves Dauge, l’enjeu du plan est davantage de mobiliser de la « matière grise » que de demander des moyens ou « un guichet de plus ». « Avec de l’argent, on a fait beaucoup de dégâts », insiste-t-il.
Pour accompagner ce plan, le gouvernement fera rapidement des propositions règlementaires et législatives en matière d’urbanisme ou de préservation du patrimoine. « C’est notre mode de vie, les fondements de notre société qui sont en jeu, alerte Yves Dauge. Ces centaines de villes petites et moyennes ont des ressources énormes, mais il faut quand même travailler. »

http://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250278493736