Au nord de Toulouse, des habitants d’un village médiéval refusent le «tourisme de masse»
Des habitants de Saint-Antonin-Noble-Val, au nord de Toulouse, s’opposent à la labellisation « Grand Site » du village, un projet incitant, selon eux, au «tourisme de masse ».
Ses ruelles, son ancien hôtel-de-ville, sa halle, sa caserne des Anglais… Au nord de Toulouse, le village de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne) est un musée à ciel ouvert ! Cette cité médiévale compte plusieurs édifices classés aux Monuments historiques. C’est aussi le point de départ de plusieurs balades en randonnée dans les Gorges de l’Aveyron. (…)
Le 16 juin 2019, des habitants ont lancé une pétition « Non au sur-tourisme à Saint-Antonin-Noble-Val » pour s’opposer à la labellisation « Grand Site Occitanie » de leur village. La pétition compte déjà 800 signataires en ligne, auxquels il faut ajouter « plusieurs centaines de personnes qui ont préféré signer la pétition papier », précise le collectif baptisé « Collectif intercommunal libreval ». Pour mémoire, ce petit village ne compte que 1 800 âmes…
Un contrat avec la Région
La communauté de communes de Quercy-Rouergue-gorges de l’Aveyron, dont fait partie Saint-Antonin-Noble-Val, s’apprête à signer avec la Région un dispositif de développement touristique.
Les habitants signataires de la pétition disent ne pas vouloir connaître le même sort que Cordes-sur-Ciel (Tarn), Rocamadour ou bien Saint-Cirq-Lapopie (Lot) :
Devenir « Grand Site », c’est laisser la Région promouvoir notre territoire par tous les moyens nécessaires pour augmenter le nombre de visiteurs. L’expérience montre que les bourgs labellisés « Grand Site » se sont hélas vidés et artificialisés… Saint-Antonin n’est pas une relique à vendre, c’est un trésor partagé, habité, à préserver. Oui à l’esprit de Saint-Antonin qui se manifeste dans l’essor de ses associations diverses, dans la vie culturelle et artistique, dans une humanité directe, dans le bonjour de ses rues et le sourire accueillant. C’est cela qu’il faut préserver d’une touristification à outrance qui fait de nous les Mickey d’un parc d’attractions « authentique et convivial ».
« Non au tourisme de masse »
Le collectif s’oppose notamment à la création d’un hôtel par une chaîne hôtelière privée, au bétonnage de parkings, au déménagement de l’office de tourisme… « Non à un projet incitant au tourisme de masse et à l’hypermobilité à l’heure de l’urgence écologique », écrivent les auteurs de la pétition. « Non à ces dépenses d’argent public qui, créant des effets d’aubaine, font flamber les prix et génèrent des inégalités. Non aux subventions Grand Site qui entraîneront notre commune dans une spirale de travaux d’aménagement et de dépenses de fonctionnement ».
Contacté par Actu Toulouse, Denis Ferté, adjoint au maire en charge du tourisme à Saint-Antonin-Noble-Val, dit ne pas comprendre cette polémique :
Nous n’allons pas voir débarquer des milliers de cars de touristes à Saint-Antonin-Noble-Val. D’ailleurs, notre logique a toujours été de défendre le « slow tourisme » et le « tourisme expérientiel ». Le label « Grand Site Occitanie » nous amène des financements supplémentaires pour mener à bien nos projets et communiquer sur notre patrimoine. La finalité n’est pas le tourisme de masse comme le fait croire le collectif.
(…)
Une pétition sans véritable ancrage local
Selon l’élu, les opposants ne sont « pas forcément des habitants de longue date », leur pétition a peu d’ancrage local. Denis Ferté estime que la labellisation est source d’attractivité pour Saint-Antonin-Noble-Val, citant l’exemple de Marciac, dans le Gers, labellisée « Grand Site » et célèbre pour son festival de jazz :
Les auteurs de la pétition prennent l’exemple de Cordes-sur-Ciel ou de Saint-Cirq-Lapopie. La situation est différente. Il y a beaucoup de touristes mais très peu de résidents permanents… Ce qui est loin d’être notre cas. Nous baignons dans le tourisme depuis le 19e siècle et le développement du thermalisme. Les pétitionnaires sont opposés à la création d’un hôtel mais il y a toujours eu un hôtel à Saint-Antonin-Noble-Val. Cela ne faisait que trois ou quatre ans que ce n’était plus le cas. Ils dénoncent le bétonnage de parkings alors que notre projet, au contraire, est d’aménager des parkings paysagers en plantant des arbres…
Une pétition « alimentée par des mensonges »
Dans un communiqué de presse, André Massat, président de la Communauté de Communes Quercy Rouergue et Gorges de l’Aveyron, dit entendre les craintes liées à ce classement. Des commissions de travail seront ouvertes dès cet automne à la population locale « afin de construire ensemble le projet touristique de notre territoire ».
En revanche, André Massat s’insurge sur le mode de communication de ces craintes. Selon lui, la pétition est « alimentée par des mensonges et des contres vérités colportées par des personnes qui sont venues s’installer sur notre territoire grâce au tourisme et qui vivent du tourisme » :
Il faut avoir à l’esprit que si nous avons aujourd’hui de nombreux commerces de proximité et un tissu associatif aussi riche, c’est en grande partie grâce au tourisme… Le contrat « Grand Site » permettra la réalisation de nombreux aménagements utiles à la population permanente .
André Massat cite la restauration de places ou de rues mais aussi la création d’un Musée de France à Saint-Antonin. « Ces investissements ne pourraient pas être réalisés sans cette labellisation et les financements qui l’accompagnent », conclut-il.
Si le collectif salue l’organisation des commissions de travail à l’automne, il demande, au préalable, la suspension du contrat Grand Site Occitanie :
« Nous maintenons que la population doit être consultée avant de s’engager par la signature de ses élus dans un contrat qui comporte des obligations, qui s’accompagne de campagnes publicitaires pour promouvoir nos villages et qui a pour effet d’augmenter la fréquentation touristique ».
A la suite de cet article, des mises au point ont été demandées :
Communiqué du Collectif intercommunal Libreval en réponse à la tribune d’André Massat, président de la communauté de communes QRGA, dans la Dépêche (01/07/2019)
« CLIVAGE n. m. : … En bijouterie : Taille initiale opérée, dans certains cas, pour dégrossir le diamant. »(Dictionnaire Larousse)
En réponse à notre pétition, Monsieur Massat écrit dans La Dépêche du 1er juillet 2019 : « Des commissions de travail seront ouvertes dès cet automne à la population locale afin de construire ensemble le projet touristique de notre territoire. » Nous nous en réjouissons. Le 2 juillet, Matthieu Simon, directeur général des services à la communauté de communes, nous écrit par mail que « chacun sera le bienvenu pour apporter sa pierre à l’édifice sur les thèmes suivants : la promotion, les hébergements, le patrimoine et les activités de pleine nature. » Là encore, c’est une ouverture positive.
Toutefois, une véritable concertation doit nécessairement porter sur la question centrale qui est : «Voulons-nous signer le contrat Grand SiteOccitanie?» C’est pourquoi il est indispensable de suspendre la signature du contrat Grand Site. En effet, nous maintenons que la population doit être consultée avant de s’engager par la signature de ses élus dans un contrat qui comporte des obligations, qui s’accompagne de campagnes publicitaires pour promouvoir nos villages et qui a pour effet d’augmenter la fréquentation touristique de 20 à 80 %/1.
Par conséquent, nous souhaitons que nos élus nous garantissent la suspension de ce contrat pour s’engager à ouvrir une concertation exemplaire tant dans ses modalités que dans ses effets. Pour commencer et sans attendre septembre, deux mesures peuvent être mises en place : mettre à disposition de la population les documents officiels en version numérique comme en version papier ; dédier à cette concertation des espaces d’expression et de délibération (salle, panneaux d’affichage).
Dans cette attente, nous poursuivons notre travail :
– d’information : au verso, une interview de la présidente du comité régional du tourisme
– de recueil de signatures : https://www.change.org/p/préservons-notre-village-de-st-antonin-nv-du- tourisme-industriel-grand-site-occitanie-non
Contact : lesprit.d.lieux@gmail.com
1/ « L’augmentation constatée dans les anciens sites Occitanie passe de 20 à 80 % » (Bulletin d’information municipal, décembre 2018, p. 8)
EXTRAITS – page 15. ENTRETIEN. VIRGINIE ROZIERE, PRESIDENTE DU COMITE REGIONAL DU TOURISME EN OCCITANIE.
Estimez-vous que l’Occitanie est aujourd’hui mûre pour accueillir massivement le tourisme de groupe?
La région a un tel potentiel, une telle diversité dans son offre, que nous disposons d’un large potentiel de croissance pour notre clientèle groupes. Nous ciblons ces clientèles : clientèle lointaine avec notamment la Chine et le Japon mais nous travaillons les clientèles de proximité, françaises ou européennes. Pour l’international, nous proposons des grands sites très emblématiques à forte notoriété qui sont des points d’attraction et d’intérêt. On pense bien sûr au Pont du Gard, à Lourdes, Rocamadour, Toulouse ou Carcassonne qui sont déjà très identifiés et programmés par les excursionnistes et les autocaristes.
Est-ce que vous souhaitez vraiment jouer cette carte du tourisme de groupe ?
Nous organisons régulièrement des rendez-vous afin de développer la fréquentation et la clientèle de groupes. Cela se fait bien sûr au bénéfice de tous les acteurs touristiques de la région. Destination Groupes Occitanie, en B to B fait d’ailleurs partie de ces grands rendez-vous. Lors de cet événement, nous invitons à la fois pour un tiers, les professionnels de l’hébergement, les responsables et les acteurs institutionnels que sont les offices du tourisme et les agences départementales. Nous avons aussi une démarche particulière pour aller chercher des cibles qui nous apparaissent comme stratégiques. Ce sont notamment les clientèles lointaines, la Chine, le Japon, l’Asie. On a une représentation assez importante : à peu près un quart des visiteurs professionnels pour nos rendez-vous ont des liens très forts avec ces marchés. Sur l’Europe nous travaillons surtout sur la Belgique et l’Allemagne avec, là encore, un partenariat stratégique avec les voyagistes leaders sur le marché.







