Revue de presse (Le Monde) : Cinq espèces de poissons font leur retour dans une rivière du Lot après la destruction d’un barrage

Cinq espèces de poissons font leur retour dans une rivière du Lot après la destruction d’un barrage

cette photo (Wilicommons) montre l’état de l’eau, vantée pour sa transparence et qualité.

Paru dans le Monde le 28 juillet,  cet article a mis en émoi le monde des moulins, notamment l’association des moulins du Lot et du Quercy (dont nous faisons partie) : construit à partir des communiqués de presse de l’Office français de la Biodiversité, il contient un grand nombre d’erreurs que les connaisseurs du dossier pointent aisément : les omissions sont également dommageables. Le Lot est un département voisin du Tarn-et-Garonne et les règles de l’OFB pourraient également s’appliquer au patrimoine des rivières ici.

Commentaires que nous avons pu faire:

Le problème avec l’OFB, c’est que le compromis n’est pas réellement leur tasse de thé. Nous parlons d’expérience : pas question d’une petite installation facile à remettre dans le bief, peu d’intérêt pour la valeur patrimoniale des chaussées ; quant à concilier échancrure (généralement large selon les agents de l’eau) et maintien d’une puissance hydraulique, cela demande à être vérifié par un physicien. Sinon, pourquoi faire des seuils ; seraient-ils inutiles ?

Je rappelle que la directive européenne n’oblige en rien à détruire : l’obligation, c’est une eau de qualité (j’ajouterais sans pollution chimique par exemple). Il n’y a qu’en France qu’on fait sauter les seuils : plus facile que de supprimer les intrants agricoles et les effluents de stations d’épuration déficientes. Je ne vois pas en quoi un seuil de 2 m – déjà ancien – sur le Célé ou ailleurs met en péril la biodiversité. N’y avait-il pas des saumons autrefois dans ces rivières déjà équipées de seuils et de moulins ?

Autres commentaires

Cet article est plus ou moins un copié-collé du communiqué de presse de l’Agence de l’eau paru en juin.
La démarche est emblématique de la politique actuelle : depuis quand une chaussée (on ne dit pas barrage, terme réservé aux seuils plus importants (20m), une chaussée de 2 mètres empêche les poissons de circuler et les chasses d’eau par les pluies d’hiver d’evacuer les sédiments; Cette chaussée existait depuis longtemps ; et je voudrais bien savoir ce qu’il y avait comme poissons au XIXe siècle (ou avant) : s’il y en a moins, c’est peut-être pour d’autres raisons qu’un moulin : il est plus facile de s’en prendre aux propriétaires de moulins qu’aux pollutions de toute nature qui mettent à mal les populations de poissons.
Et ce moulin, n’aurait-il pas pu produire de l’électricité, même modestement ?
Un moulin sans chaussée perd ses droits d’eau, patrimoine important ; ce n’est plus qu’un édifice sans valeur car en zone inondable.
Bref, une question complexe.

Et pour montrer qu’il y a de quoi se féliciter : La Dépêche – septembre 2018, relayait les résultats des pêches électriques de sauvegarde avant travaux : « La première surprise concerne le nombre et la qualité des prises ; plusieurs milliers poissons ont été comptabilisés » Ces pêches recensaient en amont et en aval du seuil : • 63 Truites autochtones (entre 16 et 38 cm) • Chevesnes • Gardons • Barbeaux • Gougeons • Vairons • Vandoises • Perches • Chabots (plus de 50 cm) • Lamproies de Planer • 1 Anguille (1,02 m) Donc déjà bien 11 espèces, et déjà la truite, le chabot, et la vandoise !

Le budget de cette destruction était (au stade esquisse) de 319 800 € TTC. Il a été financé à 100% par l’argent public via l’appel à projet « Effacement d’ouvrages » de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Sans commentaire ! J’aimerais bien savoir si le moulin (qui n’en est plus un) a une valeur patrimoniale.

Ajoutons ce paradoxe relevé par l’association : on refuse de subventionner à 100% une passe à poissons qui coûte entre 50 000 à 100 00à euros mais on met le paquet pour  une destruction à plus de 300 000 euros. !

Lire aussi cet article paru en juillet sur les nouvelles règles en la matière  : https://nobilis-vallis.eu/archives/2116

Revue de presse (la Tribune de l’Art) Rivières et moulins menacés : un nouveau décret scélérat d’Emmanuel Macron

Cinq espèces de poissons font leur retour dans une rivière du Lot après la destruction d’un barrage

La commune de Bagnac-sur-Célé a rétabli la libre circulation des eaux sur le Célé en 2018, dans le cadre d’un plan de restauration de la continuité écologique.

Par Emilie Echaroux

La truite fario et le toxostome sont de retour dans les eaux du Célé. Cette rivière qui parcourt les départements du Cantal et du Lot était traversée depuis 1902 par le petit barrage de Larive dans la commune de Bagnac-sur-Célé (Lot). Ce barrage a finalement été démoli à l’automne 2018 dans le cadre du plan de restauration de la continuité écologique des cours d’eau lancé par le ministère de l’écologie en 2009. Des échantillonnages piscicoles ont été réalisés par l’Office français de la biodiversité (OFB) avant et après la démolition de ce barrage. Conclusion de son expertise publiée en juin 2020 : cinq espèces supplémentaires peuplent la rivière et deux ont disparu, pour un total de onze espèces pêchées après travaux, parmi lesquelles le barbeau fluviatile, la chevaine, le gardon, le goujon, la lamproie de planer et le vairon.

Des résultats qui indiquent la bonne capacité du milieu naturel à revenir à un état dit originel. « A Bagnac-sur-Célé, on retrouve enfin une rivière vivante », résume Vincent Jarno, chef de service départemental du Lot de l’OFB. Un constat que corrobore Fausto Araqué, ancien maire de cette commune d’Occitanie (2001-2020), désormais premier adjoint au maire. « La qualité de l’eau s’est nettement améliorée et on a une biodiversité plus importante qu’auparavant », se réjouit-il. La continuité écologique a également facilité la pratique de la pêche, selon lui. « Les habitants de Maurs, une commune située juste au-dessus de la nôtre, ne sont plus obligés de venir vers chez nous pour pêcher. Désormais, il y a des poissons bien plus en amont », explique-t-il.

Le barrage de Larive, présent sur toute la largeur de la rivière et créant une chute d’eau de 2 mètres, avait été construit pour alimenter un moulin. Mais il empêchait le passage des poissons et bloquait le transport des sédiments (sables, graviers…) dans le cours d’eau. « La fragmentation des milieux aquatiques impacte fortement la biodiversité. Elle fait partie des facteurs principaux de son érosion, avec la pollution, l’exploitation des ressources et le changement climatique », explique Vincent Jarno. Selon le responsable de l’OFB, la restauration de la continuité écologique est nécessaire pour l’accomplissement du cycle biologique des poissons (reproduction, alimentation, migration…). La truite fario, par exemple, naît dans les zones de source sur les affluents des rivières. Elle se déplace ensuite vers l’aval pour croître et revient sur la zone de source pour se reproduire. Son parcours étant entravé par le barrage de Larive, cette espèce avait disparu des eaux du Célé jusqu’à aujourd’hui.

Continuité écologique

Au contraire, le rotengle, une espèce qui affectionne les eaux stagnantes, a quitté la rivière. Le barrage permettait de réfréner la force des courants, faisant du Célé un lieu de choix pour cette espèce de poisson. « L’objectif est que les espèces qui sont naturellement présentes sur ces cours d’eau puissent retrouver leur habitat », précise M. Jarno.

La destruction du barrage de Larive s’inscrit dans le cadre d’une politique globale sur l’eau engagée dans les années 2000 en Europe, puis en France. La directive-cadre sur l’eau (DCE), adoptée par la Commission européenne en 2000, sert de texte de référence quant au suivi et à l’amélioration de la qualité de l’eau. La directive impose notamment un objectif de non-dégradation des eaux et d’atteinte du « bon état » des cours d’eau. La loi de 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques, quant à elle, introduit la notion de continuité écologique, impliquant entre autres l’interdiction d’implanter certains ouvrages sur les rivières de France. En 2009, le plan de restauration de la continuité écologique des cours d’eau stipule que doivent être aménagés ou effacés les obstacles les plus problématiques pour la migration des poissons.

S’est ensuivie une politique de destruction et d’aménagement des ouvrages qui entravent la libre circulation de l’eau, parmi les 60 000 recensés en France en 2010 par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema, intégrée à l’OFB après sa dissolution en 2016). « Sur le bassin du Célé, il y a plus de deux cent soixante ouvrages qui ont été démantelés depuis 2010 », calcule M. Jarno. A Bagnac-sur-Célé, le propriétaire du barrage avait été appelé par l’Agence de l’eau à détruire ou à mettre aux normes l’infrastructure en intégrant une passe à poissons afin de favoriser la libre circulation de la faune. C’est finalement la première option qui a été retenue. « Au départ, on était réticents. Mais, une fois la démolition terminée, on était content d’avoir une rivière plus vivante », se souvient l’ancien maire, Fausto Araqué.

« Systématisation des destructions d’ouvrages »

A l’échelle nationale, ce sont à peu près six cents ouvrages qui sont mis en conformité chaque année. Des chantiers que Charles-François Champetier, président de l’association Hydrauxois, qui défend ce patrimoine, dénonce. « On fait face à une écologie autoritaire et très bureaucratique. Il y a une vraie systématisation des destructions d’ouvrages. Pourtant, quand on est sur des questions d’environnement et de cadre de vie, c’est là qu’il faut discuter et réfléchir avec les gens », souligne-t-il, regrettant un manque de démocratie et de concertation.

L’ancien maire de Bagnac-sur-Célé le déplore aussi. « Le propriétaire du barrage n’avait pas vraiment le choix. La construction d’une passe à poissons était trop chère pour lui, alors que la démolition de la chaussée était prise en charge par l’Agence de l’eau », explique-t-il. Vincent Jarno, quant à lui, relativise : « Les effacements d’ouvrages sont minoritaires par rapport aux ouvrages aménagés. En plus, les propriétaires donnent toujours leur accord », explique-t-il.

Emilie Echaroux

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